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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 03:05

Sublime ordinaire

 

Laure Salama écrit et interprète le long monologue d’une femme qui étouffe dans sa vie d’épouse et de mère, en conflit entre ses désirs et ses devoirs. Cette femme – pas si ordinaire – finit par percer et déchirer sa chrysalide.

 

La Comédie Saint-Michel est, à deux pas du Sénat, une très belle petite salle de théâtre, mais peu confortable, comme il en existe beaucoup à Paris. Cependant, le public qui vient voir Laure Salama dans sa Vie et mort d’une parole ordinaire oublie vite ce petit inconfort, subjugué par le talent d’une artiste qui mérite vraiment le détour.


Interprétant au souffle près un texte incisif et ciselé, dans une gestuelle nerveuse et très maîtrisée, une captivante présence, elle nous dévoile le cœur d’Édith Émoi et ses fêlures, frôlant parfois la folie. Étouffant entre sa vie d’épouse et de mère, dans ce « supermarché de sa vie », Édith aspire à retrouver l’aisance d’un mouvement que le quotidien a contraint et « ose dire tout haut ce qui lui passe par la tête, mais que d’autres ne disent que tout bas ». Son propos est réaliste, amoral plus qu’immoral, incorrect, parfois trash.



Édith découvre la double puissance de son ventre : elle seule peut réaliser le désir de son mari de fonder une famille ; sa progéniture sera, en grandissant, le témoin du vieillissement puis de la mort de son époux. En un retournement de l’asservissement du corps féminin, ce ventre tient et la famille et la vie de son homme. Loin des opinions convenues, Édith déteste voir sa fille grandir : « Comment pourrais-je t’aimer, ma fille, toi qui me fait vieillir en grandissant ? »


Outre le jeu de la comédienne et le travail de sa voix, ce spectacle est servi par les costumes décalés des plus sexys et les chapeaux improbables de Delphine Ciavaldini : une armure de tissus qui se désagrège pièce à pièce, puis une robe tentaculaire et un chapeau qui se mue en porte-voix, une moustiquaire – enfin – où Laure se dérobe aux yeux de son public, abritée dans un espace, redevenu intime, d’une grande sensualité.


Sommet de tant de talent, c’est surtout le regard de Laure Salama qui subjugue, attestation d’un jeu qui donne tout mais aussi d’une présence sans dérobade à son public. Entre la voix et le geste, un tel regard transperce et dévoile une belle âme de femme. 


Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Vie et mort d’une parole ordinaire, de Laure Salama

Mise en scène : Jean-Emmanuel Pagni

Avec : Laure Salama

Scénographie : Delphine Ciavaldini

Costumes : Delphine Ciavaldini

Compositeur : Ben Foskett

Lumières : Jean-Luc Chanonat

Comédie Saint-Michel • 95, boulevard Saint-Michel • 75005 Paris

Réservations : 01 55 42 92 97 ou www.comediesaintmichel.fr

À partir du 17 février 2009, les mardi et mercredi à 20 heures, relâche du jeudi au lundi

Durée : 45 minutes

21 € | 15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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