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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 18:58

Contorsion

 

C’est dans un univers bien étrange que nous convie Andrey Barrin. Entre théâtre et performance, elle revisite une figure antique de l’amante, la « Bethsabée » du roi David.

 

Déclamant un texte âpre dans un corps qui se contorsionne, Audrey Barrin donne à son public de ressentir le désir qui vrille une femme « moureuse » (qui « se meurt d’amour »), et pas n’importe laquelle : Bethsabée, amante adultère puis épouse du grand David, et mère de Salomon. Changeant de perspective par rapport au livre biblique de Samuel, Audrey Barrin incarne un personnage féminin méconnu, déjà mis en mots par Marek Halter, dans Bethsabée ou l’Éloge de l’adultère.


Servant un texte étrange, Audrey mène son auditoire dans un univers oriental, plus proche des rives du Nil que de celles du Jourdain : sons gutturaux, voyelles initiales élidées, alternance d’une langue soutenue et d’une autre populaire, phrases syncopées, abondance de mots-valises… créent un sabir méridional, évoquant autant l’espagnol que l’hébreu. Ces mots trouvent dans les compositions de Régis Renouard-Larivière des résonances électro-acoustiques, parfois obsédantes.


Cet ancrage sémitique est renforcé par les nombreux emprunts à la poésie de l’Ancien Testament, entre psaumes et Cantique des cantiques, qui évoquent tout autant le désir de Dieu que celui de l’amant : « Je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau. » (Psaume 62) ; « Mon seigneur est mon berger, rien ne me manque. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait pique-niquer. Vers les eaux du repos, il me mène. » (Psaume 23).


Au cœur d’une si belle écriture, se glissent hélas parfois des calembours faciles (« J’ai qu’à ’llumer la paix ») et des grossièretés gratuites (« J’ai l’anus en fleur ») qui dénotent. Pourtant, que de trouvailles ! Les mots que Bethsabée déclame ou psalmodie convoquent à profusion émotions, ressentis, saveurs, odeurs et couleurs. Elle parle avec ses « instinctins » d’un amour « interminusable », « qui met toute sa chair en feu », lui met le « cœur en cymbale », la faisant consentir à un désir qu’elle « n’ovulait pas ». Cet amour prend chair dans un « ventre plein d’un inconnu » qui a « vidé [en elle] toutes ses gouttes ». Ses « nausées abondent ». Cette « enflure » devient enfant…


De ce texte déroutant, Audrey Barrin donne une interprétation qui déploie ses talents de contorsionniste et de clown : son corps s’arque, ses pieds deviennent mains… comme pour exprimer combien l’amour retourne tout son être. Mais, au-delà de la performance circassienne, le principe lasse vite, et l’effet recherché de donner corps au désir laisse place à la prouesse admirée en soi, au détriment du propos. 


Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Bethsabée, d’Audrey Barrin

Avec : Audrey Barrin

Chorégraphie : Guiti Duroudi

Musique : Régis Renouard-Larivière

Laurette Théâtre • 36, rue Bichat • 75010 Paris

Réservations : 08 99 15 37 16 ou www.laurette-theatre.fr

Du 5 au 28 mars 2009, les jeudi, vendredi et samedi à 20 heures, relâche du dimanche au mercredi

Durée : 1 h 15

12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Emmanuel 11/03/2009 15:18

Moi j'ai adoré !!!! C'est trop canon ce truc !!!! Merci pour la très belle critique.A très vite !PPRR

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