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31 mai 2006 3 31 /05 /mai /2006 16:57

Lettre d’un spectateur non professionnel

 

Je viens de choisir mes spectacles en étudiant le programme de la 60e édition du Festival d’Avignon élaboré par l’équipe de direction dirigée par Hortense Archambault et Vincent Baudriller, et la collaboration de l’artiste associé Joseph Nadj. Après les remous de l’an passé, il était particulièrement attendu. Quel est le constat pour un spectateur moyen ?

 

Le public avignonnais avait fait part de ses remarques lors de la première et traditionnelle réunion mensuelle après l’édition 2005. Je constate que le dialogue n’est pas un vain mot dans cette enceinte et que nous avons été écoutés. Malgré des critiques tendancieuses en provenance d’un quarteron de journalistes en mal de dénigrement, la direction du Festival a su concilier les attentes du public avec la cohérence de son projet. Elle a montré sa confiance dans ses conceptions du spectacle vivant et le rôle des artistes-acteurs. Dans un monde où beaucoup de nos élites surfent sur les humeurs de l’opinion, ils ont manifesté une réelle force de caractère ; cette attitude est tout à leur honneur.

 

Force est de constater que le programme de la 60e édition du Festival est une entité cohérente, artistiquement bien construite et qui répondra à l’attente de nombreux amateurs de théâtre.

 

De plus, ce programme réserve des surprises intéressantes, surtout pour nous spectateurs qui disposons d’un budget restreint. N’hésitez pas à vous plonger dans les propositions du Festival, car du matin au soir, vous pourrez participer à des activités diverses, nombreuses et gratuites, du premier au dernier jour ! Vous trouverez ainsi quelques pièces libres d’entrée chez un partenaire du Festival (merci pour l’esprit public au comité d’entreprise d’EDF).

 

À travers ce parcours gratuit et la sélection des pièces que j’ai effectuée, je me rends compte que ce Festival est devenu un lieu où s’articulent : une présence artistique forte, une recherche et un dialogue. La chose est assez rare pour mériter d’être soulignée.

 

Finalement, mes interrogations et la diversité des réponses que je cherche trouvent un écho dans la 60e édition du Festival. Quel intérêt d’aller me disperser dans un autre parcours ?

 

Qu’en est-il du Festival off ?

 

Certes, il n’est pas encore possible d’en étudier les programmes. Mais, depuis quelques années, ce Festival off me donne l’impression d’être une grande avenue marchande. Chaque année, il ouvre de nouvelles boutiques où la marchandise n’est pas toujours de premier choix. Ce point de vue est certes simplificateur et ne tient pas compte de la grande diversité des situations ; mais la dénonciation des marchands du temple dans une telle optique n’est pas dénuée de fondements. Si la tendance actuelle se poursuit, l’écart entre un Festival qui a trouvé son chemin et dont la lisibilité s’améliore d’année en année et le Festival off ne fera que se creuser. Dans ce sens, une rupture est nécessaire, mais elle ne doit pas se transformer uniquement en une querelle pour le partage de la galette.

 

En tant que spectateur, je ne souhaite pas voyager uniquement dans un festival officiel qui finirait par s’endormir sur ses lauriers (ce dont je doute, puisqu’il produit désormais sa propre remise en cause). Mais ne sachant pas de quoi l’avenir sera fait, j’ai besoin de trouver aussi un autre univers où le spectacle vivant existe et s’épanouit.

 

Maintenant que deux organisations rivales se disputent le Off, j’ai décidé de choisir mon parti et de lui indiquer mes attentes. Paraphrasant Jean Vilar, je dirai : le virage doit maintenant être sec et rapide pour en atténuer les dommages.

 

M. Benedetto, vous êtes à l’origine d’une pratique théâtrale qui s’est développée hors des lieux traditionnels du festival officiel de l’époque et qui, pour cela, a été appelé « Off ». Aujourd’hui, le théâtre submerge chaque été notre cité. Tout est mélangé et votre propre théâtre côtoie un lieu du In. Le nom Off n’a plus aucun sens.

 

Vous avez assisté à la naissance et à la croissance de votre enfant. Vous avez le droit de le renier, de nous le faire savoir et de nous en proposer un autre. Certes, le Festival off est un marché qui permet aux programmateurs de faire leurs choix et il est une nécessité vitale pour les compagnies. Vis-à-vis des spectateurs que nous sommes, il ne peut pas se réduire à cela, sinon, il ne sortira pas de sa situation et repartira dans une impasse. Cela, M. Benedetto et associé(e)s, vous le savez tous.

 

Bien sûr, les théâtres sont libres et indépendants, ils choisissent leurs programmations et celle-ci reflète les goûts et les passions de leurs propriétaires. Construire un projet dans ces conditions n’est pas une tâche facile, elle revient à faire de l’équilibre sur une lame de rasoir. Mais vous n’êtes pas les seuls concernés, et les compagnies, qui ont mis tous leurs espoirs dans le Festival pour simplement exister, attendent de votre part une proposition et non des palabres de marchands de tapis.

 

Vous devez proposer un projet autre que le rafistolage dans l’urgence d’une organisation qui n’est plus capable d’assurer son unité. L’avenir du spectacle vivant est dans le dialogue et le décloisonnement entre les différentes écritures. Vous pouvez marcher à côté du Festival d’Avignon en l’accompagnant ou en contrepoint, mais vous devriez surtout utiliser et valoriser le potentiel des hommes de métier et de terrain qui vous entourent pour nous bâtir une maison harmonieuse, attractive et dotée d’une entité forte.

 

Je comprends l’angoisse des compagnies pour le Festival qui arrive, mais il faut aussi qu’elles ne se voilent pas la face, dans les conditions d’organisation qui sont les vôtres et, vu la dimension, les intérêts divergents, les éthiques qui se sont accumulés en désordre au fil des ans, tout est à revoir et rien ne sera plus comme avant.

 

De nombreux sentiers sont déjà balisés, malheureusement, ils n’ont encore que peu de visibilité.

 

Les scènes avignonnaises en constituent le socle, épaulées par les théâtres qui ont fait du dialogue entre les disciplines leur raison d’être. Vu la diversité des langages, des régions, des cultures, des pays d’origine, l’imagination des créateurs et le besoin d’expression dans des conditions correctes et décentes des jeunes artistes, ne me dites pas que tous les matériaux ne sont pas réunis pour édifier un beau bâtiment. En tant que spectateur, j’estime que c’est vers cette voie que vous devriez vous orienter. Vous êtes assez imaginatif pour trouver un fil d’Ariane qui permette de vous unir.

 

Je suis convaincu qu’un Festival organisé par une telle maison sera un évènement riche et attractif. Alors, vous nous intéresserez et vous mettrez les marchands du temple à leur place.

 

Le débat est ouvert, vous ne pouvez pas y échapper, ce sera ça ou crever pour notre plus grande tristesse.

 

La balle est dans votre camp. Dépêchez-vous de nous la renvoyer. Vous ne pouvez pas rater votre service.

 

En exergue au programme de la 58e édition du Festival, Thomas Ostermeier écrivait : « Car le théâtre que nous aimons consiste à RÉUNIR, alors que le monde d’aujourd’hui – où s’opposent riches et pauvres, Est et Ouest, Nord et Sud, etc. – conduit à séparer. » Cette citation trouvera alors son aboutissement. Salut l’artiste !

 

J’allais oublier. Merci Josef Nadj : vous allez nous interroger dans le sens noble du terme et exciter notre imagination. Vous allez contribuer à nous réconcilier avec des peuples que les gesticulations d’un clown sinistre ont profondément froissés. Salut l’artiste ! Tous les immigrés d’origine hongroise ne sont pas tous comme vous ! Parlez en à notre ministre de l’Intérieur, si vous le rencontrez !

 

Michel Andersson, spectateur du In et…

 

Recueilli par

Vincent Cambier

www.lestroiscoups.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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