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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 22:35

Un nouveau souffle
pour la comédie bourgeoise de Guitry


Par Camille Gaubert

Les Trois Coups.com


« Le Nouveau Testament » de Daniel Benoin fait halte cette semaine sur la scène des Treize-Vents à Montpellier. Servie par d’excellents acteurs, la pièce écrite en 1934 par Guitry et adaptée deux ans plus tard pour le cinéma, prend, ici, une dimension nouvelle pour le plus grand plaisir du spectateur. Le testament du médecin Jean Marcelin, ouvert par erreur par sa femme, un couple d’amis et leur fils, va bouleverser l’ordre que tous ces personnages pensaient convenu.

Le public est dès son entrée agréablement bousculé dans ses habitudes. Le dispositif scénique constitué de canapés et de tables basses intrigue et fait comprendre au spectateur qu’il prend place dans un très confortable intérieur bourgeois. La scène s’ouvre sur deux côtés vers le public et brouille la distinction spectateurs-acteurs : certains sont même assis au côté des comédiens. Le spectacle débute par une vidéo. C’est un bulletin d’informations de l’année 1933, comme il était possible d’en voir dans les salles obscures en attendant le film. Il situe l’action dans le contexte difficile des années 1930 et de la montée des fascismes.

En tout cas, c’est le texte de Guitry qui est mis en valeur à travers la qualité du jeu des comédiens et la mise en scène simple mais efficace. Le Nouveau Testament est sans conteste une comédie très juste sur l’hypocrisie des mœurs de la classe bourgeoise. En outre, la réflexion que Sacha Guitry introduit à travers le rire reste moderne. Les thématiques abordées sont actuelles : le couple et l’adultère, le temps qui passe et le regard que portent les personnes d’âge mûr sur la jeunesse, la recherche du bonheur. Mais le problème principal est celui de la difficulté de se séparer pour le couple qui ne s’aime plus et qui continue à se supporter par habitude, et peut être aussi par attachement. Ces questions, grâce à la proximité provoquée par le dispositif scénique, échappent au huis clos et concernent directement le spectateur, qui a alors le sentiment de se trouver dans son propre salon.

« le Nouveau Testament » | © Fraicher-Matthey

À cet égard, Daniel Benoin apporte une dimension originale au texte de Guitry. Au contraire du dramaturge qui se refusait à contextualiser ses pièces, Daniel Benoin réintroduit le cadre de l’écriture. Cette liberté de la mise en scène n’affadit en rien le propos de l’auteur. Ce parti pris assumé permet de voir cette comédie bourgeoise sous un angle différent et réussit à rendre le propos contemporain, alors même qu’il se trouve circonscrit dans le temps. Les trahisons et cachoteries de ces bourgeois des années 1930 gagnent ainsi en universalisme. Cette mise en contexte introduit par ailleurs une distance. Elle suggère qu’il existe au-dehors d’autres personnages qui jouent une tragédie d’envergure historique. Le domestique Jean fait le lien entre les deux univers, c’est-à-dire entre l’appartement du médecin entouré de ses proches et l’Histoire qui se joue simultanément à l’extérieur.

Daniel Benoin a donc réussi « le défi qu’[il s’]est lancé » de monter le Nouveau Testament à l’aide du dispositif scénique qu’il a imaginé pour son adaptation de Faces de John Cassavetes. Cette disposition d’une scène ouverte sur ses côtés a entraîné quelquefois des difficultés pour entendre le texte, mais ce désagrément a été très minime. La simplicité et le parti pris de distanciation ont donc mis en valeur le comique du texte de Guitry et sa réflexion très juste sur la psychologie humaine. Quant aux acteurs, ils ont fait vivre avec naturel des personnages attachants et ont fait de cette représentation un très agréable moment. 

Camille Gaubert


Le Nouveau Testament, de Sacha Guitry

Mise en scène : Daniel Benoin

Assistante à la mise en scène : Emmanuelle Duverger

Avec : Jacques Bellay, Denise Chalem, Paul Chariéras, Paulo Correia, Catherine Marquès, François Marthouret, Philippine Pierre-Brossolette, Marie-France Pisier

Costumes : Nathalie Bérard-Benoin et Jean-Pierre Laporte

Décor et lumière : Daniel Benoin

Théâtre des Treize-Vents • domaine de Grammont C.S. 69060 • 34965 Montpellier cedex 2

Réservations : 04 67 99 25 00

Du 3 au 7 mars 2009 à 19 heures, le vendredi et le samedi à 20 h 45

Durée : 1 h 40

21 € | 14 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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