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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 18:28

Jazz barré


Par Sonia Déchamps

Les Trois Coups.com


Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, une chose est sûre : Bruno Desplan, c’est tout un personnage ! Avec la complicité de ses deux François, il crée un univers bien à part auquel on ne peut pas rester indifférent. Pas totalement séduite, je dois l’avouer, cela ne m’empêche pas d’être ravie de voir son spectacle prolongé : il est de ces artistes que l’on a envie d’encourager !

Chercher à comprendre les paroles, et, au-delà, leur sens, est une tâche ardue que l’on abandonne bien vite pour ne profiter que de la musique. En effet, les passages les plus intéressants, les plus vivants, les plus touchants sont ceux où seule la musique s’exprime, sans que Bruno Desplan ne chante. Piano, contrebasse et batterie se mélangent, le jazz est là, et on apprécie. Si le garçon a de la voix, il en use et abuse, joue avec celle-ci d’une façon qui manque bien souvent de naturel. Le résultat ? Cette voix, au demeurant belle et puissante, au lieu de séduire finit par agacer.

Entre presque chaque chanson, Bruno Desplan a un petit mot pour le public… Mot qui a rarement un sens. Mais, à voir à quel point il est touché par la présence d’un public et les applaudissements de celui-ci, on l’excuse facilement. Bêtement peut-être, on se retrouve « touché de le toucher ».

Sur certaines chansons – sur certaines seulement –, et c’est bien dommage, on a l’impression de voir trois musiciens individuels sur scène et non pas un groupe. Parfois, on ne ressent pas en effet cette énergie de groupe qui fait décoller, qui fait qu’on a l’impression de ne voir sur scène qu’un seul et même corps uni par la passion. En tout cas, Bruno Desplan est passionné, émerveillé d’avoir un public. Assis sur son tabouret de piano, s’il pouvait en bouger, il décollerait. Il gigote dans tous les sens, habité par sa musique.

Que l’on adhère totalement ou bien que l’on soit, comme moi, plus sceptique, on ne peut que saluer la capacité de cet artiste à se créer son univers propre, qu’être content de son succès. Il manque peut-être un brin de rigueur. À se trouver dans cette salle en sous-sol, avec très peu de places, des spectateurs dans les escaliers, on se croirait aux premiers essais d’un ami. Les prolongations laissent à penser que Bruno touche un certain public, car les gens viennent, applaudissent… Tout en n’étant pas totalement conquise, j’en suis ravie parce que ce groupe donne vraiment envie qu’on le soutienne. 

Sonia Déchamps


Bruno Desplan

www.myspace.com/desplanbruno

Avec :

Bruno Desplan : piano et voix

François Camin : contrebasse

François Porcher : batterie et percussions

Les Déchargeurs • 3, rue des déchargeurs • 75001 Paris

Métro : Chatelet

Réservations : 0892 70 12 28 (0,34 €/min)

Du 6 mars au 25 avril 2009, les vendredi et samedi à 20 heures

Durée : 1 h 10

16,50 € | 13,50 € | 11,50 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Mingsan Ly 06/04/2009 03:44

Une contrebasse rentre, seule en scène, rejointe lentement par la batterie et le piano. A l'image de cette musique, les musiciens se cherchent, se trouvent et se perdent, sans que le charme ne retombe, au contraire. On peut être surpris par un style sans codes, des paroles sans repères, mais rapidement, portés par le piano, les mots s'envolent, nous avec, rythmes scandés ou chuchotés par la batterie, contrebasse comme se frottant aux autres. Unité et sincérité. Pour certains les chansons traîneront de longueur, un certain côté "jazzy" laisse toujours une incertitude au final... Mais la finalité est d'aller au bout d'un sentiment, d'une chanson, de faire ce voyage et d'emmener le public, libre choix à lui. Pour d'autres les mots paraîtront hermétiques, ici pas de texte à consommer, les notes qui s’étirent laissent les mots se livrer au fil du temps et se consumer lentement. Reste à faire le grand saut, à s’abandonner à son instinct et à se laisser aller à la musique. Dixit Alain Bashung, « Osez (Joséphine) », « L’imprudence » est rare en ce bas monde. Ce qu’a en commun Bruno Desplan avec lui, c’est la liberté de forme et de ton, un univers tourné vers l’essentiel et qui s’évertue à élever les cœurs.

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