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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 15:46

Viva Vilar !

 

À l’occasion de la parution du dernier numéro des « Cahiers de la Maison Jean-Vilar », Jacques Téphany, directeur de la Maison Jean-Vilar à Avignon, répond aux questions de la rédaction des « Trois Coups ».

 

Vient de paraître un numéro spécial des Cahiers de la Maison Jean-Vilar consacré à Stéphane Mallarmé, d’une qualité unanimement saluée. Quoi de commun entre l’auteur d’Igitur et Jean Vilar ?

Jacques Téphany. — À mes yeux, l’effort de Vilar est proprement mallarméen : ne céder à aucune facilité, surtout dans la quête du public populaire. Parier plutôt sur l’intelligence du public, ce peuple du théâtre, et non sur sa soif de divertissement facile. Il s’agit pour Vilar d’une tension douloureuse et exigeante, qu’il est parvenu à faire partager à un nombre important de spectateurs – une minorité, certes !, relativement à la population, ce qui permet de dire aux comptables que cela demeure un luxe. Mais cette utopie a réussi à dépasser la sphère étroite des « théâtreux » et prouvé qu’elle pouvait être érigée en « politique culturelle » s’il l’on voulait bien lui donner les moyens de son effort. Il y a donc bien un parallèle pas si paradoxal entre l’hermétisme populaire mallarméen et le concept « élitaire pour tous », déjà formulé par les romantiques et Schiller, et réaffirmé par Antoine Vitez – une formulation que Vilar n’aurait pas démentie.


À travers ce numéro Mallarmé, vos Cahiers semblent s’orienter vers une nouvelle ligne éditoriale… Une manière de vous démarquer des autres revues de théâtre ?

Jacques Téphany. — Les Cahiers de la Maison Jean-Vilar ne sont pas une revue théâtrale généraliste. Nous ne couvrons pas l’actualité du spectacle vivant, nous ne nous inscrivons pas dans le compte-rendu critique, voire polémique de tel ou tel spectacle en particulier. Nous essayons plutôt de nous tenir comme en arrière de la main et, par exemple, comme nous aimons l’affirmer, en arrière du Festival d’Avignon. C’est en ce sens que nos Cahiers sont « vilariens ». Non seulement nous observons le spectacle vivant à la lumière de l’œuvre et de la pensée de Jean Vilar (le re-lire est urgent !), mais nous tentons de nous placer au croisement des disciplines qui composent l’histoire culturelle. D’où cette approche plurielle qui mêle, souvent sous la forme d’entretiens, des analyses d’artistes interprètes, de metteurs en scène, d’auteurs, mais aussi de programmateurs, d’universitaires, ou encore de responsables politiques…


Quelle est votre ambition ?

Jacques Téphany. — Alimenter la réflexion du spectateur citoyen et inviter le spectateur « consommateur » à plus de curiosité. Mais sans jamais apparaître en censeurs ou en donneurs de leçon. C’est la raison pour laquelle nous nous interdisons tout sectarisme, tout terrorisme intellectuel, même si c’est au prix d’un permanent grand écart…


Avez-vous les moyens de garder longtemps cet esprit de liberté et d’indépendance qui caractérise votre démarche ?

Jacques Téphany. — Non, c’est là toute la question ! Alors, à l’heure de la révision des politiques publiques de la culture, nous misons sur l’audace : nous avons augmenté notre pagination, amélioré notre présentation, élargi notre rédaction, animée, à mes côtés, par Rodolphe Fouano. Plus que jamais, nous devons manifester notre ambition en pariant sur l’action culturelle plus que sur la défense de la culture. Mais nous avons un besoin urgent d’être encouragés et soutenus. C’est aux lecteurs – c’est-à-dire au public – de trancher…


Où se procurer vos Cahiers ?

Jacques Téphany. — Quelques librairies théâtrales la proposent au numéro. Mais nous privilégions les abonnements (4 numéros / 25 €), plus faciles à gérer pour une petite structure comme la nôtre. Précisons que les numéros précédents sont téléchargeables gratuitement sur le site de la Maison Jean-Vilar (http://www.maisonjeanvilar.org).


Quels seront les prochains sommaires ?

Jacques Téphany. — Le nº 108 sera consacré à Gérard Philipe, dont on célébrera le cinquantième anniversaire de sa disparition. Nous y évoquerons la grâce du comédien, son engagement dans la cité aux côtés de Jean Vilar, tout en proposant une réflexion sur la place de l’icône, de la vedette dans nos sociétés, hier et aujourd’hui. Sont ensuite prévus des numéros sur la gloire de Shakespeare (l’auteur le plus souvent monté en France et à Avignon), sur Tchekhov… Mais laissez-nous vous ménager quelques surprises.


La Maison Jean-Vilar est aussi un centre ressources qui conserve les archives personnelles de Jean Vilar et du TNP du temps de sa direction (costumes, maquettes, lettres, relevés de mises en scène…). Au-delà de la revue, vous développez de nombreuses activités tout au long l’année…

Jacques Téphany. — La bibliothèque (animée par les personnels qualifiés de la Bibliothèque nationale de France) et la vidéothèque, spécialisées dans les arts du spectacle, sont fréquentées par de nombreux visiteurs et étudiants onze mois sur douze. Nous dispensons également une éducation artistique aux enfants des écoles, aux collégiens, aux lycéens, même si notre pic de fréquentation se situe bien sûr en juillet pendant le Festival à l’occasion des expositions et des débats quotidiens que nous proposons. Jeanne Moreau, Éric-Emmanuel Schmitt, Olivier Py, Jack Ralite, Muriel Mayette, Philippe Avron, Wajdi Mouawad, et beaucoup d’autres y sont venus à la rencontre du public. Ils seront encore nombreux en juillet prochain, alors que nous proposerons en parallèle deux expositions : l’une sur la marionnette chez Craig, l’autre sur Gérard Philipe. 


Recueilli par

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Maison Jean-Vilar • 8, rue de Mons • montée Paul-Puaux • 84000 Avignon

Renseignements : 04 90 86 59 64

Télécopie : 04 90 86 00 07

contact@maisonjeanvilar.org

http://www.maisonjeanvilar.org

La Maison Jean-Vilar est ouverte du mardi au vendredi de 9 heures à 12 heures et de 13 h 30 à 17 h 30, le samedi de 10 heures à 17 heures.

La bibliothèque, en accès libre, est ouverte l’après-midi et le samedi.

La vidéothèque est ouverte sur rendez-vous, aux heures d’ouverture de la Maison Jean-Vilar.

Tous les documents sont consultables sur place uniquement.

Horaires spéciaux pendant le Festival d’Avignon (juillet).

Fermeture annuelle en août.

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Publié par Les Trois Coups - dans Livres | Revues | D.V.D.
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