Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 23:53

« Amédée »,
ou comment s’ennuyer


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


Roger Planchon, figure importante de la décentralisation théâtrale, vient à Paris et plus précisément au Théâtre Silvia-Monfort, avec sa dernière mise en scène : « Amédée ou Comment s’en débarrasser ». Il tient le rôle-titre de cette pièce d’Eugène Ionesco. Et, si l’originalité du texte est pleine de délices, le spectacle, lui, ne satisfait pas notre appétit de théâtre et frustre notre imagination.

L’histoire est pourtant stimulante à tous points de vue : un couple vit enfermé depuis quinze ans dans un petit appartement, absent du monde, à cause d’on ne sait quelle raison, qui prend la forme d’un cadavre. Le corps mort est installé dans la meilleure pièce de la maison, à savoir la chambre à coucher du couple. Il change à vue d’œil, car, c’est bien connu, « les morts vieillissent bien plus vite que les vivants », et grandit démesurément jusqu’à briser les portes et les murs de l’appartement, semant des champignons vénéneux dans tous les coins. Il est le symbole d’une faute ou d’un sentiment de culpabilité, qui lie et oppresse cet homme et cette femme. Mais comment s’en débarrasser ? Comment reprendre son envol ?

Pour le couple, la présence du cadavre est une habitude : leur vie s’est organisée autour d’elle. Lui est écrivain en manque d’inspiration (deux lignes écrites en quinze ans) et elle est standardiste. Même si elle met manteau et chapeau pour aller travailler, ce n’est que pour faire dix pas et se dévêtir à l’autre extrémité de l’appartement, où est aménagé son standard téléphonique. On sent bien, entre cette vie loufoque et ce cadavre incongru, tous les possibles qu’offre cette pièce. Malheureusement, les dimensions atteintes restent trop près du sol et l’on a l’impression d’assister à un mauvais boulevard (je ne dénigre pas ce genre, attention !) ponctué de quelques extravagances… Bref : c’est lourd.

© Philippe Guérillot

Les idées exploitées par la mise en scène ne servent que cette pesanteur assommante, rien ne transforme le propos du texte en une autre réalité. Les projections d’images montrant en gros plan les déboires du couple ne nous renvoient pas à l’autre côté qu’elles voudraient nous dévoiler. On n’y voit que ce que l’on voit déjà sur scène, en plus gros (encore !). Alors à quoi bon ? De même, la venue récurrente d’un travesti commence par être drôle, puis nous lasse par sa répétition dont on ne perçoit pas le sens, car l’absurde doit avoir sa logique pour nous toucher un tant soit peu.

Malgré tout, on sent que Roger Planchon s’amuse sur scène, nuance son personnage, tente de lui donner une vie intérieure. Mais sa partenaire, Colette Dompiétrini, reste à l’extérieur. Elle semble s’être fixée sur des rails qu’elle ne lâchera pas d’un bout à l’autre du spectacle. On dirait que son personnage n’est capable que de deux ou trois émotions différentes et d’une unique façon de s’exprimer, c’est-à-dire un ton de reproche égal dont on connaît vite la musique. Or ces trois notes-là nous exaspèrent rapidement. Pas d’envol avec ce spectacle… C’est énervant ! 

Claire Néel


Amédée ou Comment s’en débarrasser, d’Eugène Ionesco

Production Studio 24, Compagnie Roger-Planchon • 24, rue Émile-Decorps • 69100 Villeurbanne

04 37 69 79 79

Mise en scène : Roger Planchon

Assistant à la mise en scène : Patrick Séguillon

Avec : Roger Planchon, Colette Dompiétrini, Patrick Séguillon

Musique de scène : Stéphane Planchon

Décor créé et réalisé au T.N.P. de Villeurbanne

Théâtre Silvia-Monfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Réservations : 01 56 08 33 88

Du 4 mars au 19 avril 2009, les mardi, vendredi et samedi à 20 h 30 ; les mercredi et jeudi à 19 heures, le dimanche à 16 heures

Durée : 1 h 35

22 € | 15 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

zina 12/04/2009 20:31

Tout à fait d'accord avec cette critique!      Je pense que l'oeuvre de Ionesco aborde un sujet récurent que de nombreuses personnes connaissent. Ce sujet -l'usure du couple- il l'aborde avec humour et la lecure ne peut être que plaisante.      Cependant, quelle décéption lors de la représentation! Les seuls piteux rires qui se sont imposés n'étaient que synonymes d'exaspération  et même de moquerie. Je trouve le jeu des acteurs à la fois très monotone  et à la limite de l'histérie. Une incompréhension -pourquoi un rétro projecteur qui joue le rôle d'un retour en arrière? Les comédien désiraient-ils devenir acteur?-et une invraisemblance qui ne va qu' en crescendo ascendant, devient pour le spectateur complètement lassant, ennuyeux...Et arrivé à cette fin, à ce dénoument complétement loufoque, quel soulagement! J'étais enfin "débarassé" (pour reprendre le titre) de la représentation.     Néanmoins, aucun regret. Les choix faits par le metteur en scène mais aussi ceux faits par les acteurs sont toujours interessant à analyser, de même pour la comparaison entre le texte et la représentation.p.s: Mon avis reste mon avis, il ne constitue en aucun cas les sentiements que vous auriez pu avoir...L'âge y est peut-être pour quelque chose (j'ai 17 ans).Zina

Rechercher