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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 17:13

Petits strips entre amies


Par Nicolas Belaubre

Les Trois Coups.com


« Kiss Me Quick » est une adaptation d’entretiens extraits du livre « Carnival Strippers » de Susan Meselas, réalisée par Ishem Bailey et mise en scène par Bruno Geslin. C’est une pièce qui tente de réactiver les clichés de l’Amérique des années soixante et de nous faire entrer dans l’univers glauque des boîtes de strip-tease. Sexe, drogue et rock’n roll. Un leitmotiv programmatique et alléchant, mais qui ne s’accommode guère de la nostalgie et des leçons de morale.

Patty, la patronne, ne danse plus. Elle gouverne. Lilly Carabine et Léna ont pris la relève. La première tient la barre tant bien que mal tandis que les deux autres y frottent leur entrejambe. Et ce n’est facile pour personne. Même quand on aime son métier… Strip-teaseuses dans une boîte minable en sursis, ces trois femmes souffrent du besoin permanent de se prouver que tout n’est pas foutu et de nous montrer autre chose que du cul. Le leur, cela va sans dire.

Une lumière tamisée, de longs voiles transparents et une cascade de satin rouge. L’ambiance suggestive est au rendez-vous. Un bout de loge côté jardin, des chaises en plastique sur un plateau pivotant, une cage de verre, une batterie et un orgue Hammond ainsi qu’un vieux fauteuil côté cour. Le décor est posé.

La pièce se veut réaliste. On voit tout. Évidemment, les corps nus et, malheureusement, trop souvent hésitants des deux plus jeunes comédiennes. Mais on découvre également une autre intimité, tout aussi difficile à dévoiler. Les blessures du passé et les rêves fuyants comme des mirages. Les contradictions d’une condition humiliante, dont la seule issue est le mépris envers ceux qui vous regardent, qui vous méprisent les premiers et, finalement, vous permettent de vivre. Mais, ici, encore une fois, les comédiennes n’ont pas les épaules suffisamment solides. Elles subissent, avec quelques maladresses, le rythme linéaire de la mise en scène qui alterne sans surprise les confessions, les numéros d’effeuillage et les prises de bec quotidiennes.

« Kiss Me Quick » | © Jean-Julien Kraemer

Néanmoins, le dispositif mis en place permet quelques effets intéressants bien qu’attendus. On apprécie, entre autres, les jeux d’ombres chinoises qui cachent la nudité pour mieux la dévoiler et les vidéos projetées sur la scène venant perturber le show de Léna, enfermée dans une cage de verre. Pendant un moment, notre regard s’affole et jongle avec les différentes sources d’images. Plus on me prive de la vue de son corps nu et plus je le guette… La démonstration est faite. Est-ce condamnable, mon père ?

Et, d’ailleurs, qu’en est-il de l’homme dans tout ça ? Il s’incarne une première fois, métaphoriquement, au sein du public. C’est le consommateur désigné de ce genre de shows. Il passe, pourtant, peut-être un peu inaperçu, ce gros mâle dégoûtant qui n’attend qu’une chose : voir ses grosses joues coincées entre les cuisses d’une fille à peine majeure. Toutefois, il n’est pas totalement exclu du plateau. Il s’introduit dans cet univers féminin sous la forme d’un employé discret et muet. Un technicien qui entretient le local la journée et qui, la nuit, se glisse derrière le micro. Matthieu Desbordes, batteur-percussionniste, nous régale d’une savoureuse voix de crooner à la Sinatra. Il meuble le texte avec une prestation parfaite de musicien polyvalent, au clavier comme à la batterie.

C’est un exercice périlleux qu’a tenté Bruno Geslin en s’attaquant au monde érotique du strip-tease. Trouver l’équilibre entre sensibilité et provocation sans tomber dans la pornographie. Éveiller notre tendresse tout en stimulant notre désir… Il a certainement fallu beaucoup de courage aux comédiennes pour se dénuder et assumer le principe qui fonde leurs rôles : l’exhibition. On regrettera d’autant plus que l’alchimie n’opère pas et de devoir se contenter d’un spectacle pas tellement excitant. 

Nicolas Belaubre


Kiss Me Quick, d’Ishem Bailey et Bruno Geslin

Adapté d’entretiens réalisés par Susan Meiselas et extraits de son livre Carnival Strippers

Compagnie La Grande Mêlée • 10, rue Marcellin-Berthelot • 94140 Alfortville

01 48 93 86 57 

contact@lagrandemelee.fr

www.lagrandemelee.com

Conception, mise en scène et images : Bruno Geslin

Dramaturgie et texte : Ishem Bailey

Avec : Evelyne Didi-Huberman, Lila Redouane, Delphine Rudasigwa et Matthieu Desbordes

Collaboration artistique : Émilie Bauvais

Vidéo : Romain Tanguy

Coproduction : La Grande Mêlée, centre dramatique national Orléans-Loiret-Centre, Théâtre de Nîmes, Comédie de Valence, scène nationale d’Évry et de l’Essonne, scène nationale de Foix et de l’Ariège, Théâtre Garonne-Toulouse, Le Bateau-Feu-Dunkerque

Avec l’aide de la D.R.A.C. Île-de-France

Théâtre Garonne • 1, avenue du Château-d’Eau • 31000 Toulouse

Réservations : 05 62 48 54 77

Samedi 28 février à 20 heures et dimanche 1er mars à 18 heures

Durée : 1 h 35

20 € | 16 € | 11 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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