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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 22:24

Un vaudeville très rock and roll


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


On peut faire du neuf avec du vieux sans faire pour autant du réchauffé. Belle leçon de force que nous offre ces jours-ci à la Croix-Rousse le jeune et prometteur Laurent Brethome dans sa puissante mise en scène d’un classique : « On purge bébé », de Georges Feydeau.

À quelques minutes du début de séance de ce samedi après-midi, la salle de la Croix-Rousse grouille de monde… On s’affaire, on cherche sa place, on se prépare pendant que le bruit continu d’une perceuse venu de derrière l’immense rideau rouge de la scène se fait entendre. Les lumières se baissent tandis que le bruit devient plus en plus assourdissant. Le rideau s’ouvre enfin.

Et là, tels les phares d’une voiture, de puissants projecteurs éblouissent les yeux mi-clos des spectateurs en pleine digestion. On découvre alors un espace scénique investi par cinq portiques qui ne séparent rien et n’ont d’autre intérêt que celui de permettre aux portes de claquer. Au beau milieu de cet ensemble un peu saugrenu se trouve M. Follavoine en compagnie d’une bonne très gourde et très aguicheuse. Ce dernier se réjouit à l’approche d’une juteuse affaire de pots de chambre à destination de l’armée française, qu’il s’apprête à conclure avec le dénommé M. Chouilloux. Mais on comprend vite que le pire reste à venir lorsque Mme Follavoine annonce à son époux la nécessité plus qu’urgente de purger bébé.

La mise en scène de Laurent Brethome a ceci de remarquable qu’elle rend un magnifique hommage à Feydeau en dépoussiérant le genre. On assiste à une mise en relief, une exacerbation des particularités de la pièce. Bien que le spectacle ne soit composé que d’un seul acte, on distingue ici deux temps. La première partie où l’intrigue s’installe et la seconde qui suit l’entrée en scène de bébé. Cette arrivée est déterminante puisqu’elle marque une accélération dans le rythme de la pièce : c’est le déversement. Des cris, des insultes, des explosions, des quiproquos et des humiliations se succèdent à partir d’un banal moment de vie, ici partagé avec les Follavoine. Et le registre de la scatologie n’est jamais loin dans cette histoire de purge.

Ici, les cinq comédiens campent des rôles outranciers, mais n’en demeurent pas moins convaincants. Démesurément maquillés, ils sont de véritables caricatures incarnées. Parmi eux, on retiendra l’enfant terrible, Toto, joué par un comédien d’une trentaine d’années qui rappelle étrangement le guitariste du groupe A.C.D.C. ; ce dernier ne cesse de trépigner et de terroriser son entourage. La mère, quant à elle, est une épouse acariâtre qui devient totalement hystérique lorsqu’il est question de bébé, auquel elle porte un amour totalement malsain. Enfin, la figure du cocu humilié touche à son comble avec le personnage de Chouilloux.

Ils évoluent tous dans une scénographie soignée, où les couleurs forment de véritables camaïeux de gris et de violet : un univers composé de cartons, de pots de fleurs et de pots de chambre disposés sur des meubles bancals. Quant à l’ingénieux système de portique, il permet aux portes de claquer dans des rythmes de plus en plus soutenus. L’éclairage associé à certaines chorégraphies des personnages contribue à une atmosphère très rock and roll. On est parfois proche du célèbre clip de Michael Jackson, Thriller ou de l’ambiance scénique d’un soir de concert.

Ainsi, cette explosive mise en scène de Feydeau s’apparente à un véritable bain de jouvence du genre. Le rendu est malin, osé, truffé de clins d’œil. Cette purge est une véritable réussite qu’on ne peut qu’applaudir des deux mains. 

Élise Ternat


On purge bébé, de Georges Feydeau

Mise en scène : Laurent Brethome

Assistante à la mise en scène : Anne-Lise Redais

Stagiaire à la mise scène : Noémi Carrique

Avec : Stéphane Auvray-Nauroy, Yann Garnier, Françoise Levry, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc, Anne-Lise Redais, Philippe Sire

Lumière : David Debrinay, assisté de Rosemonde Arrambourg

Scénographie : Julien Massé

Costumes : Steen Halbro

Stagiaire costumes : Noémie Cahuet

Photographie : Gérard Llabrès

Production (2009) : Le Menteur volontaire

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69317 Lyon cedex 4

Réservations : 04 72 07 49 49

Jeudi 26, vendredi 27, samedi 28 février 2009 à 20 heures et samedi 28 février 2009 à 15 heures

Durée : 1 h 30

Spectacle à partir de 12 ans

24 € | 20 € | 16 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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