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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 18:14

Comédien : un devoir de joie


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Notre rédacteur en chef, Vincent Cambier, a été ébloui récemment et coup sur coup par la prestation d’Éric Verdin dans les rôles-titres de « Don Juan » et de « Nékrassov ». C’est pourquoi nous avons décidé d’un entretien avec lui.

Bonjour. Vous êtes ?

Je m’appelle Éric Verdin, je suis comédien de théâtre. J’ai fait quelques passages au cinéma et à la télévision, mais je suis sur les planches depuis que j’ai onze ans.

Comédien de théâtre ? Quelle drôle d’idée !

Pour moi, c’était une évidence. Quand j’ai commencé, j’ai pris conscience instinctivement de cet espace de liberté qui s’offrait à moi et j’ai compris que je pourrai m’y épanouir. La difficulté dans ce métier, c’est de garder la joie de l’exercer. Ne pas s’aigrir. Vous savez, ça ne fait que très peu de temps que je vis vraiment de mon métier. Aujourd’hui, j’ai du travail, mais j’ai bouffé de la vache enragée ! Quand je suis sorti de mon école, qui n’était pas très connue, j’ai monté une troupe avec d’autres étudiants de ma promo, et on est allé jouer partout où l’on pouvait. On était quasiment jamais payés, mais on jouait. Et, sur les treize que nous étions, beaucoup galèrent encore alors qu’ils sont aussi talentueux que moi…

J’ai évolué, bien sûr. Au départ, je voulais donner corps sur la scène à tous ces autres qui étaient en moi, les laisser s’exprimer. Maintenant, je veux me jouer « moi », au présent, en entier, avec tous mes manques, tous mes pleins, et mes contradictions, toutes mes faiblesses et toutes mes forces.

Bon, d’accord pour le théâtre. Mais les comédiens, tout de même…

Ce qui est terrible et c’est toujours pareil, c’est la question de ce qui anime le comédien. Sa raison profonde de monter sur les planches. Est-ce que tu évolues sur une scène pour ensuite dire « Je suis comédien ! » dans un bar branché, ou bien est-il question d’un mécanisme interne. Je connais des mecs qui sont allés dans le théâtre parce qu’il y avait plein de filles à draguer ! Alors, après, certains sont restés dans la même logique et d’autres se sont rendu compte que, au final, ils portaient ce métier dans leurs tripes.

J’ai du mal à comprendre ceux qui font la gueule, par exemple. En répétition, en représentation, ou après le spectacle, ceux qui restent guindés, sérieux. On se doit d’être joyeux en entrant sur la scène ! Moi, je m’emmerde quand je ne me marre pas. Et puis des répétitions sans rire, sans amusement, n’annoncent jamais un bon spectacle… Une équipe complice qui se marre en jouant, ça se sent tout de suite ! C’est probablement là que je renoue avec les raisons qui m’ont poussé à faire ce métier.

L’amour du théâtre ?

La joie, plutôt. Il me semble que c’est le rôle des artistes de donner de la joie aux gens. De la joie, pas de la comédie, ce sont deux choses différentes.

C’est ce que j’adore avec Mesguich : on n’arrête pas de se marrer. Mais il me rappelle parce qu’il estime le comédien que je suis, avant tout celui qui saura jouer le rôle qu’il me propose à la hauteur de son exigence.

J’ai réalisé, il n’y a pas longtemps, que tous les metteurs en scène avec lesquels j’ai travaillé m’ont tous rappelé un jour. Hormis les rares avec lesquels ça s’est vraiment mal passé, et que, de toute façon, je n’avais pas envie de voir ressurgir.

Vous avez une explication à ce phénomène ?

Oui : je fais bien mon boulot, et je ne suis pas chiant. Vous savez, ça ne suffit pas d’avoir du talent. Un exemple : j’ai été juré au Conservatoire national de Paris et je peux vous dire que ceux qui parviennent au troisième tour sont vraiment des brutes, de très bons comédiens. Seulement, on voit tout de suite ceux qui sont chiants. Il faut faire un choix, et ce ne sont pas eux qui sont sélectionnés. En revanche, on a envie de les attraper à la sortie et de leur dire : « Vous avez du talent, alors stop ! Laissez tomber tout ce bordel autour, soyez juste vous-mêmes et ça suffit ! ». L’orgueil des jeunes comédiens, c’est quelque chose ! Je crois n’avoir jamais eu ce truc-là.

Vous avez poussé le vice théâtral jusqu’à jouer plusieurs fois sous la direction de Jean-Michel Ribes (directeur du Théâtre du Rond-Point)… Mais pourquoi ?

Comment dire… Ce qui est génial, c’est d’interpréter ses textes. Je trouve que c’est un immense auteur. Il voit clairement ce que d’autres ne sont même pas capables d’effleurer. Il perçoit la tragédie contemporaine et la transcrit sous la forme la plus difficile qui soit à mon sens : la comédie. Il est infiniment plus facile de dire « Je suis malheureux, la vie est affreuse ! » que de le suggérer avec le rire.

Par contre, il est vrai qu’il faut entrer dans son monde. Il a une personnalité assez écrasante, et il faut pouvoir exister en tant que comédien sans se perdre. Le théâtre de Ribes est très difficile, il faut des comédiens aguerris pour s’en emparer, de fortes personnalités, et Ribes fait précisément le choix de ces comédiens parce qu’il sait qu’ils sont très importants.

C’est un homme impressionnant, vraiment. Il a toujours une longueur d’avance sur vous. À peine avez-vous commencé une phrase qu’il sait déjà comment vous la terminerez. C’est aussi un homme d’une mémoire hallucinante : il sait quand je joue, ce que je joue, où, et si le spectacle est bon. Et il le sait pour tout le monde ! Il sait tout ! Parfois, c’est presque agaçant…

Il a aussi le mérite d’avoir redressé le Théâtre du Rond-Point. C’était un pari risqué de reprendre un théâtre pour n’y faire jouer que des textes d’auteurs vivants ! Personne n’y croyait. Pourtant, il a persisté, et ça marche ! C’est un double pied de nez, d’abord à ceux qui disent qu’il n’y a plus d’auteurs vivants de théâtre (il y en a plein, il suffit juste de se donner la peine d’aller les chercher), et ensuite à tous ceux qui ont mené la vie dure à Ribes. C’est un type qui a beaucoup galéré. Il est parti de rien et, pendant longtemps, c’était un paria du théâtre. Il revient de loin. Il tient une belle revanche !

D’autres metteurs en scène vous donneraient-ils envie de travailler avec eux ?

J’ai toujours le vieux rêve de travailler avec Peter Brook, mais il ne fait plus grand-chose. Wajdi Mouawad, Robert Lepage sont des metteurs en scène dont le travail me fascine, et j’adorerai travailler avec eux. C’est un hasard, mais ce sont tous des étrangers ou des exilés… Ah si, je travaillerai bien avec Christophe Perton ! Et, si Christian Schiaretti me proposait un rôle, je ne cracherai pas dessus…

Allons bon, est-ce possible ! Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bonne chance ! 

Lise Facchin


Nekrassov, de Jean-Paul Sartre

Mise en scène de Jean-Paul Tribout

Avec : Jean-Paul Tribout, Éric Verdin, Jacques Fontanel, Xavier Simonin, Henri Courseaux, Catherine Chevallier, Laurent Richard, Emmanuel Dechartre et Marie-Christine Letort

– 17 mars 2009 : Garches

– 18-19 mars 2009 : Luxembourg

– 20 mars 2009 : Les Ulis

– 21 mars 2009 : Maisons-Laffitte

– 24 mars 2009 : Vierzon

– 26 mars 2009 : Saint-Germain-en-Laye

– 28 mars 2009 : Pouzeauges

– 31 mars 2009 : Courbevoie, et dernière

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