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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 20:29

« Goûter l’étrange »


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Nicolas Jules produit son spectacle « Drôle de powête » sur la scène des Trois Baudets, qui vient de rouvrir ses portes. Un florilège de couleurs et de lumières, de belles chansons, un son désuet de vieille Gibson mélancolique, un humour décalé qui fait mouche : c’est un trublion qui promet. On regrette cependant un bavardage incessant qui frustre un peu les sens…

Il arrive en scène et effleure un bonsoir. C’est un Petit Prince sans grelots, enfant aux cheveux d’or que le temps aurait vaguement vieilli, à la voix profonde d’homme que le serpent n’effraie plus. Il présente son invité surprise, sa première partie spontanée : Matthieu Bouchet. Ce chanteur raffiné traîne une guitare classique, qui souligne en arpèges des textes rares, minés de traits acides et d’amour malgré lui, « comme beaucoup de faux misanthropes qui, en réalité, aiment trop les humains pour les tolérer médiocres * » (Pierre Desproges). Un duo avec Nicolas Jules, quelques chansons de son dernier spectacle, et le voilà qui remballe ses accords rimés pour céder la place à la vedette.

À la droite de Nicolas Jules, un batteur fou : Roland Bourbon. Vêtu d’un tablier de cordonnier avec des bas noirs sur son physique de garçon boucher, il est au spectacle ce que les bulles sont au champagne. Aussi acteur que batteur, il crée des situations hilarantes et fait montre d’une ressource musicale peu commune (il a même inventé un instrument formé d’une anche et de deux tuyaux métalliques… une expérience sonore à vivre !). On sent entre les deux artistes une vraie joie d’être ensemble, une confiance à toute épreuve. Ces deux-là s’aiment et c’est bon.

Si Roland Bourbon est délirant, Nicolas Jules est fou furieux. Des galipettes vocales improbables et sidérantes ponctuent ses chansons d’une poésie clownesque. Sa voix peu commune se déploie dans une étendue de registre impressionnante, même si les basses lui réussissent mieux. Une autodérision constante accompagne son jeu de scène, des mouvements de hanche à la Elvis Presley jusqu’à la rigidité burlesque.

M. Coquin, magicien des lumières, mérite un coup de chapeau. Il apporte une contribution superbe à la création des ambiances, comme dans la chanson la Mort, une salle odeur : son noir mouvant nous propulse au caveau !

Des textes inattendus, des mots touchants, un duo superbe, une voix désarçonnante… Mais pourquoi diable ce parti pris de la parlotte omniprésente ?! De manière générale, j’ai du mal avec la frustration, mais dans l’art c’est encore pire, et j’accuse cet artiste de m’avoir frustrée dans mon ressenti, dans mon imagination. L’expérience de spectateur a cela de merveilleux qu’une chimie opère entre le monde étrange de la scène et le quidam blotti dans son fauteuil. Il advient que l’on s’ébranle, que l’on se modifie, se décante. L’imagination prend la tête des troupes et cavale au petit bonheur la chance, guidée certes, mais libre encore. Or, par une redoutable technique de boute-en-train, vous êtes parvenu, Nicolas Jules, à empêcher systématiquement mes voyages. N’ayant jamais pu décoller plus haut que le dossier de mon siège, je n’ai pas été transportée plus loin que la salle des Trois Baudets, où vous vous produisiez. Croyez-moi, je le regrette encore : vous eussiez pu me ravir et vous ne m’avez fait que légèrement frémir… Je vous en prie, ne parlez pas tant. L’art comme l’amour mérite un peu de silence ! 

Lise Facchin


* Pierre Desproges, Des femmes qui tombent.


Drôle de powête

Avec : Nicolas Jules, Roland Bourbon et un invité surprise par date

Les Trois Baudets • 64, boulevard de Clichy • 75018 Paris

Réservations : 01 42 62 33 33

www.lestroisbaudets.com

Métro : Blanche (ligne 2) ou Pigalle (ligne 12)

Les 6 et 7 mars, 22 et 23 avril, 5 et 6 mai 2009 à 20 h 30, et du 9 au 20 juin 2009 à 20 h 30, relâche le 14 et le 15 juin 2009 à 20 h 30

Durée : 2 heures

15 € | 12 €

Matthieu Bouchet connaît quelqu’un, mais ne veut pas dire qui…

Avec : Matthieu Bouchet, Sylvain Groleau, Régis Flores

Le Limonaire • 18, cité Bergère • 75009 Paris

Réservations : 01 45 23 33 33

http://limonaire.free.fr

Métro : Grands-Boulevards (lignes 8 et 9)

Les mardi 3, 10, 17, 24 et 31 mars 2009 à 22 heures

Entrée libre, sortie au chapeau

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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