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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 16:29

Triste fête


Par Ingrid Gasparini

Les Trois Coups.com


Prototype du « théâtre de la menace » cher à Harold Pinter, « l’Anniversaire » est une pièce qui fissure la représentation du confort domestique. Une pièce qui se joue entre les mots, dans les interstices. Porté par une distribution ultra-musclée et monté pour la Comédie des Champs-Élysées, ce spectacle avait tout pour faire l’évènement. Hélas, la mise en scène de Michel Fagadau s’enlise dans un faux rythme assumé. Ennuyeux et hors sujet.

Le rideau s’ouvre sur une pension de famille du bout du monde. Meg prépare le pain perdu pendant que son mari lit le journal. Ils attendent le réveil de leur seul et unique pensionnaire : Stanley. Ou Stan, le petit préféré de la vieille Meg, qui veille à son bonheur comme une mère incestueuse. Stanny, le pianiste capricieux et virevoltant dont le passé en pointillés génère des projections de toutes sortes. Mais cette atmosphère en apparence paisible est vite mise à mal par l’arrivée de deux nouveaux visiteurs : McCann et Goldberg, deux porte-flingue hauts en couleur, à la fois menaçants et décalés. Hasard ou coïncidence, leur apparition tombe le jour même de l’anniversaire du jeune homme, qui semble de plus en plus préoccupé.

Une pièce de Pinter, c’est toujours un peu comme un rébus pour le spectateur. Les pistes d’interprétation sont diverses. Dans l’Anniversaire, l’auteur britannique jette les préceptes bruts de ce que l’on nommera par la suite le « théâtre de la menace ». On part d’une situation banale, où des personnages sans relief évoluent dans un cocon amidonné. Une barricade les coupe du monde extérieur jusqu’à ce que des inconnus malveillants viennent faire voler cette façade en éclats. Ici, Goldberg et McCann incarnent à merveille cette figure de l’envahisseur. On hésite sur la nature même de ces perturbateurs. S’agit-il de mafiosi contrariés, d’anges ou démons en mission, ou encore d’exécutants d’un régime totalitaire ? Peu importe finalement la nature de l’oppresseur : ce qui compte ici, c’est la mécanique de la terreur. Celle qui transforme ses victimes en pantins soumis et désincarnés.

« l’Anniversaire » | © D.R.

Chez Michel Fagadau, cette terreur n’a plus rien de politique. Elle est motivée par l’angoisse d’entrer dans le monde des adultes. Une relecture à la Peter Pan qui, bien que fort originale, ne convainc pas. Pourtant, avec son physique d’adolescent filiforme, Lorànt Deutsch avait de quoi soutenir cette vision d’un Stanley enfantin. Il joue du tambour, fait la moue, monte sur les tables. Mais son élan juvénile perd vite en intensité. Un parti pris peu assumé qui débouche sur un premier acte légèrement délavé.

Un sentiment de grisaille à peine contrebalancé par la présence sur scène d’une prestigieuse brochette de comédiens. Jean-François Stévenin, qui joue ici sa première pièce au théâtre, ne fait pas dans la dentelle : son Goldberg est raide et empesé, bien que servi par une jolie gouaille. Nicolas Vaude joue, quant à lui, divinement bien de l’ambivalence terreur-ridicule de son personnage. Son McCann est un psychopathe éthéré, le seul à renouer avec l’intention comique du texte. Mais la reine du bal est sans conteste Andréa Ferréol, perdue dans sa grande robe rouge, errant sur le plateau en quête d’une jeunesse oubliée, essayant en vain de recoller les morceaux d’une sérénité éclatée.

Côté décors, rien à signaler. Si ce n’est une table-podium à ranger du côté des fausses bonnes idées. Et la présence sur scène de trois grands miroirs déformants. Un paravent envahissant sans doute censé nous rappeler cette parole du dramaturge anglais : « La vérité au théâtre est à jamais insaisissable ». Insaisissable certes, mais pas inintelligible. 

Ingrid Gasparini


L’Anniversaire, de Harold Pinter

Mise en scène : Michel Fagadau

Avec : Lorànt Deutsch, Jean-François Stévenin, Andréa Ferréol, Nicolas Vaude, Jacques Boudet, Émilie Chesnais

Assistante à la mise en scène : Nathalie Hancq

Scénographie et costumes : Florica Malureanu

Lumières : Laurent Béal

Musique : Michel Winogradoff

Comédie des Champs-Élysées • 15, avenue Montaigne • 75008 Paris

Réservations : 01 53 23 99 19

Du 30 janvier au 11 avril 2009, du mardi au samedi à 21 heures, matinées samedi et dimanche à 16 h 30

Durée : 2 heures

De 22 € à 44 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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