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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 12:58

Un si tendre absurde


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Après « Bouge plus ! » et « Christ sans hache », la compagnie L’Heure du loup a présenté au Périscope « One, two, one two three four ! », dernier volet de la trilogie de Philippe Dorin. Un bond dans un hors-temps et un hors-lieu. Une entrée directe dans un monde de l’incohérence et de l’absurde qui trouve la tendresse pour lien.

Quelque part, dedans, dehors – cela dépend –, Fabienne, Denis et Clément trouvent à se dire, sinon du moins simplement à parler. À se lier. À maintenir le contact avec l’autre, inconnu, ami, frère… On ne sait. Emblématique de l’œuvre, le leitmotiv de la liste : liste des magasins, des voitures, des jours de la semaine (et pourquoi pas ?), des possibilités, des conséquences… Le monde est vaste pour les mots. Êtres désertés vivant dans « l’angle mort de la vie », ils continuent, dans le proche écart qui les relie, à exister.

L’espace scénique propose deux lieux qui, un court instant, se rencontrent. Un voile opaque devient parfois translucide et laisse apparaître un groupe punk allemand aux voix rauques et gutturales. La pièce fonctionne par alternance, de façon néanmoins trop systématique. Les scènes se succèdent avec des moments de poésie, des intermèdes musicaux musclés et l’invitation du public à entrer dans l’espace du plateau.

« One, two, three, one, two, three, four ! »

Hormis cette régularité, une suite de scènes volontairement sans lien. « La pièce doit briller par son absence », dit Philippe Dorin. Ainsi, il n’y a pas d’histoire au sens d’une narration traditionnelle comme il n’y a pas de personnages précisément définis. Les phrases s’enchaînent bien souvent selon la libre pensée associative des personnages. Le lieu n’est pas précis. Les spectateurs sont quelquefois sinon acteurs du moins actants. Tout est sens dessus-dessous parce que le rationnel est loin d’ici. Le dire n’est plus un discours, mais le plaisir de la prononciation. En somme, peu importe le sens, même si des liens se créent, pourvu que continue la parole. Il y a là un plaisir réel à ôter les repères.

Sylviane Simonet, un peu à part de l’amitié masculine, est un personnage revêche et gouailleur, mais parfois tendre. Désiré Saorin, avec sa barbe hirsute, joue un alcoolique perdu depuis longtemps dans la solitude de sa bouteille. Florent Nicoud est un drôle d’être, bien loin dans un ailleurs, et d’une sensibilité délicate. Malgré quelques inégalités, la pièce est drôle et fraîche et elle laisse un parfum de poésie, teinté de tendresse et de mélancolie. 

Fatima Miloudi


One, two, one two three four !, de Philippe Dorin

Compagnie L’Heure du loup • 4, cours Nemausus • 30000 Nîmes

04 90 27 14 31

Mise en scène : Michel Froehly

Avec : Florent Nicoud, Désiré Saorin, Sylviane Simonet, Michel Froehly (guitare), Maxime Malka (batterie), Claude Saut (basse)

Création costumes : Sabine Siegwalt

Lumière et scénographie : José Guardiola

Production et diffusion : Krisje Beaumond

Théâtre de Nîmes, spectacle en coaccueil avec le Périscope • 4, rue de la Vierge • 30000 Nîmes

Réservations : 04 66 76 10 56

Les mardi 24, jeudi 26, vendredi 27, samedi 28 février 2009 à 20 heures, mercredi 25 février 2009 à 19 heures

Durée : 1 h 15

14 € | 9 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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