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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 22:23

L’amour, une chanson douce ?


Par Maud Sérusclat

Les Trois Coups.com


Dans son théâtre, et presque dans son salon, Michel Raskine nous présentait hier soir sa nouvelle création. Comme il l’avait fait pour « Huis clos » l’an dernier, il offre à son public une mise en scène décapante d’un classique de la littérature. Il s’agit cette fois de la plus célèbre pièce de Marivaux, « le Jeu de l’amour et du hasard ». Avec un savoureux mélange d’humour, de modernité, de fraîcheur et de profondeur, le metteur en scène lyonnais dépoussière le théâtre du xviiie et redonne à l’œuvre toute l’intensité qui lui revient. À voir absolument.

Le Jeu de l’amour et du hasard est une pièce que les lycéens aiment. Elle est relativement brève, le langage est simple, l’intrigue est plaisante. Le père de Silvia a décidé de la marier promptement avec un jeune marquis, Dorante. Elle n’est pas vraiment réjouie par la nouvelle et se méfie. Pour une demoiselle, elle semble en connaître long sur les hommes… Elle décide alors, avec l’autorisation de son père, d’échanger son rôle avec celui de sa servante Lisette, afin de juger (jauger ?) en toute discrétion celui qui deviendra son époux. Ce projet enchante littéralement sa servante (jouée par une étonnante Christine Brotons), et amuse son père et son frère Mario, qui savent en secret que Dorante et son valet Arlequin ont eu la même idée. On sait déjà qu’il n’y aura pas de hasard.

On s’attend donc à une gentille comédie, cela semble très simple. À l’image du décor : quelques canapés d’époque, un escalier et deux portes, quelques tableaux nonchalamment posés par terre, un laquais assis dans un coin de la scène. Un plateau presque vide, en somme. On remarque alors plus facilement quelques détails inhabituels : un ordinateur accompagné de son technicien, à vue et mis en lumière tout au long de la pièce, ou encore un aspirateur dans un recoin. L’entrée des comédiens est tout aussi surprenante puisque Raskine a choisi de faire jouer ces deux couples d’amants par des acteurs qui n’ont plus vingt ans. L’idée est de refuser le conformisme parfois inhérent aux œuvres classiques, de ne pas tomber dans le piège de « la musique des mots » et de s’obliger à « faire entendre » non pas seulement les mots de Marivaux mais leur sens.

« le Jeu de l’amour et du hasard » | © Michel Cavalca

Il s’agit d’un parti pris audacieux et courageux, qui désarçonne un peu au départ, mais le jeu des comédiens choisis est tellement convaincant, leur expérience si justement mise à propos qu’on se laisse faire sans ciller. Il s’agit d’ailleurs des mêmes comédiens qui ont joué Huis clos l’an dernier et dont j’avais, alors, déjà souligné les qualités. Marief Guittier incarne une Silvia à la voix rauque et profonde, qui fume au lieu de s’agiter devant un miroir. Christian Drillaud est un Dorante émouvant et un Arlequin en jogging Adidas maladroit à souhait. J’attire aussi votre attention sur le couple de valets Christine Brotons et Stéphane Bernard, dont la force comique est incroyable et qui nous ont offert quelques moments d’anthologie. Enfin, il me faut vous dire que Michel Raskine ne s’est pas contenté d’être le metteur en scène de cette joyeuse troupe, il a choisi de jouer le rôle de Mario et s’est risqué à quelques acrobaties chorégraphiques et vocales aussi inattendues qu’hilarantes.

Vous l’aurez compris : cette pièce est drôle. Mais c’est tout sauf une gentille comédie. Si le spectacle proposé par Raskine dure deux heures trente, c’est parce que chaque moment de tension est souligné, sublimé, entre deux intermèdes drôles et parfois burlesques. La seconde ruse de Silvia, par exemple, prend tout son sens. Et des questions, pas franchement comiques cette fois-ci, viennent siffler au creux de nos oreilles. Faut-il se réjouir d’un mariage ? De quoi dépend l’amour ? Sommes-nous si déterminés ? Sommes-nous si transparents ? Et, quand bien même la ruse du déguisement aurait fonctionné, comme dans le texte de Marivaux, où cela pourrait-il nous mener ? La modernité du texte classique est révélée par la mise en scène qu’on m’a proposée ce soir, notamment la fin imaginée par la troupe, qui est tout aussi étonnante que bouleversante. L’amour, dans ce spectacle, est tour à tour une chanson douce et une dernière danse…À méditer et à savourer d’urgence ! 

Maud Sérusclat


Le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux

Mise en scène : Michel Raskine

Avec : Stéphane Bernard, Christine Brotons, Jean-Louis Delorme, Christian Drillaud, Marief Guittier, Guy Naigeon, Michel Raskine

Costumes : Josy Lopez, en collaboration avec Sylvie Gelibert

Décor : Stéphanie Mathieu

Lumières : Julien Louisgrand

Assistant : Olivier Rey

Régie générale : Martial Jacquemet

Technicien plateau : Bertrand Fayolle

Technicien lumière : Thierry Pertière

Technicien son : Jonathan Cardaillac

Production Théâtre du Point-du-Jour

Théâtre du Point-du-Jour • 7, rue des Aqueducs • 69005 Lyon

Réservations : 04 78 150 180

www.lepointdujour.fr

Les 26 février à 19 h 30, 27 février à 20 h 30, 2 mars à 19 h 30, 3 mars à 20 h 30, 5 mars à 19 h 30, 6 et 7 mars à 20 h 30, 8 mars à 16 heures, 24 mars à 20 h 30, 25 et 26 mars à 19 h 30, 27 et 28 mars 2009 à 20 h 30

Durée : 2 h 30

20 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

paris 28/02/2009 17:03

merci pour les infos

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