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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 12:22

Un conte brûlant de vie


Par Sonia Déchamps

Les Trois Coups.com


« Désolée, il n’y a plus de places !, « Finalement, c’est bon, on vous a ajouté des chaises sur le côté ! »… Ça commence plutôt mal… Les portes de la salle minuscule se referment, et chaque murmure de spectateur prend de l’importance et irrite. Un peu agacée et impatiente, je dois l’avouer, je décide de me concentrer uniquement sur ce qui va se dérouler sur scène. Je n’ai pas besoin de faire beaucoup d’efforts : on oublie tout dès lors que Catherine Gendrin entre en scène. « Algéria, de miel et de braise » est de ces spectacles qui réussissent à nous emporter merveilleusement loin de notre quotidien.

Lorsque l’histoire commence, Zineb se prépare à sa première rentrée scolaire. La conteuse nous propose alors de suivre sa vie en Algérie, jusqu’à ce qu’elle devienne, comme le dira avec une grande fierté son grand-père, institutrice ! Tout au long de son enfance, sa grand-mère lui raconte des histoires, des légendes… Se succèdent alors, sur scène, évoluant au gré du spectacle, des femmes fortes, porteuses de changements, de rêves.

Construit à partir d’histoires inventées, de légendes mais aussi d’histoires vraies, le spectacle tire une puissance toute particulière du travail de recherches effectué par Catherine Gendrin. Précision, minutie donnent à l’écriture une réelle profondeur. Les personnages, les paysages, les émotions… croisés au détour du conte sont marqués par la poésie et le merveilleux.

Catherine Gendrin conte et chante, vibrante de vie. Elle partage sa passion avec un public conquis dès les premiers instants. Jamais le rythme ne retombe : tout s’enchaîne avec cohérence ; notre hôtesse tantôt accélère, tantôt ralentit, change de tonalité, se met dans la peau de différents personnages, joue avec les silences… le tout avec une fluidité assez déconcertante.

Le décor est des plus simples : deux chaises et une table… Et, pourtant, en sortant de la salle, c’est inimaginable le nombre d’images qui se bousculent dans la tête du spectateur : des mille couleurs du souk au bleu de l’oasis en passant par le rouge du sang, le noir de la mort. Avec ses mots, Catherine Gendrin réussit à rendre visible au spectateur la moindre chose qu’elle décrit. Chaque lieu, chaque personnage, dans sa bouche, prend vie.

À la narration de la conteuse vient s’ajouter une voix masculine enregistrée. Elle indique des précisions historiques et politiques au spectateur. Des précisions qui ne contrastent pas réellement avec le récit, mais y apportent une autre dimension, davantage ancrée dans la dure réalité de ce pays meurtri. Quelle réalité ? Celle des dix années de terreur islamiste intégriste et de la difficile reconstruction qui s’en est suivie.

La complémentarité des deux voix, et de ce dont elles témoignent, est intéressante, mais, à la fin du spectacle, c’est un sentiment de lassitude qui vient poindre à cause de ce procédé. Si l’utilité des propos tenus par la voix masculine n’est pas à remettre en cause, il n’en reste pas moins que la langueur avec laquelle ils se trouvent exprimés finit par impatienter le spectateur.

En tout cas, devant Algéria, de miel et de braise, on a l’impression d’être de nouveau cet enfant passionné par la lecture qui lui est faite d’un conte, d’une histoire merveilleuse ; cet enfant qui – à l’image de Catherine Gendrin – a des milliers d’étoiles dans les yeux. On voyage, on se laisse emporter, et la rue parisienne semble bien grise quand il est temps de sortir. 

Sonia Déchamps


Algéria, de miel et de braise, de Catherine Gendrin

Association Isée • 5, avenue de la Convention • 94110 Arcueil

Mise en scène : Christophe Waïss

Avec : Catherine Gendrin

Voix enregistrée : Andeslem Abdelhak

Mise en chants : Aïni Iften

Création lumière : Morane Asloun

Théâtre de l’Aire-Falguière • 55, rue de la Procession • 75015 Paris

Réservations : 01 56 58 08 32

Du 20 janvier au 4 mars 2009, mardi et mercredi à 20 h 45, dimanche à 17 h 30

Métro : Volontaires, Pasteur, Plaisance

Durée : 1 h 30

15 € | 10 € | 7,50 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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