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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 01:37

Quelle plaie !


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Le Théâtre de la Huchette est célèbre dans le monde entier pour sa fidélité à Ionesco frisant l’obsession : on y donne « la Cantatrice chauve » depuis cinquante-deux ans. En parallèle, le théâtre propose à son public plusieurs spectacles, dont « la Peste », adapté (ou presque) du roman de Camus. Une torture d’une cruauté barbare ! Si cela n’avait pas été pour « les Trois Coups », je serais partie en courant, les dix premières minutes m’ayant suffi pour savoir que je préférais franchement le choléra !

Ce que je me prépare à dire ne me fait pas envie : il n’est pas agréable pour un critique de « descendre » un spectacle. Je le rappelle à tous ceux qui se récrient contre les plumes un peu féroces : nous ne sommes jamais plus heureux que lorsque nous pouvons soutenir le travail d’artistes dont l’humanité nous touche ! Pas de mesquinerie basse, pas de sadisme pervers, pas plus que de piques gratuites. Bien sûr, nous sommes parfois très durs, mais pensez à l’injustice, le talent que l’on refuse, le nouveau que l’on n’écoute pas, les carnets d’adresses qui campent sur les planches, et le conformisme régnant partout. Nous sommes durs lorsque nous sommes révoltés, lorsque notre sang bout. Nous ne sommes pas des spécialistes froids qui analysent, nous sommes des êtres de sensibilité, et c’est cette expérience quelle qu’elle soit que nous vous rapportons.

Si je vous dis tout cela, c’est que je me trouve dans le cas extrêmement rare et étrange de ne ressentir nulle révolte pour un spectacle abominable. Je n’ai donc pas envie d’être trop sévère et, pourtant, je le dois. Comment dire la vérité sans trop d’accrocs ? C’est une chose bien délicate. Je vais vous le dire simplement : n’y allez pas, c’est mauvais.

Ce spectacle n’en est d’ailleurs pas un puisqu’il s’agit bel et bien d’une récitation aussi frémissante que la conférence d’un universitaire pendant la période des amours. Rien ne permet de sauver cette représentation puisque ni jeu de scène, ni interprétation, ni costume, ni décors, ni adaptation (si ce n’est un découpage assez correct) ne peuvent être pris en compte, car ils n’existent pas.

Loïc Pichon – pauvre Thespis ! (1) – ne semble rien d’autre qu’un papa racontant très bien une histoire à son petit garçon pour qu’il s’endorme… et je jure que si je n’avais lutté contre le poids de mes paupières, il serait parvenu sans difficulté à me perdre dans les limbes ! Le pompon, c’était la carafe d’eau à laquelle le récitant s’abreuvait pour alimenter le débit de ses paroles désincarnées. J’en venais à douter de mes souvenirs de lecture. Était-ce possible que cette œuvre m’ait réellement plu ? Les mots m’en semblaient quelconques, la poésie inutile et maigrelette. Il flottait dans l’air comme une odeur de naphtaline. Je ne sentais plus ni la révolte ni l’intelligence aiguisée de l’auteur. Où était passée la fine analyse du comportement humain ? Où était cet amour des hommes qui m’avait touchée ?

Aimer Albert Camus et le spectacle vivant forme une mauvaise combinaison pour assister au spectacle de Loïc Pichon. Mais, qui sait ?, si vous n’aimez ni l’un ni l’autre, peut-être alors apprécierez-vous. 

Lise Facchin


(1) Thespis d’Icare (en grec : Θέσπις, – 580-† ?), poète et dramaturge de la Grèce antique, est considéré comme le plus ancien tragique grec, et le premier acteur.

En – 550, Thespis introduit en Attique un genre mi-religieux mi-littéraire, où se mêlent le chant et la danse. Il s’agit du dithyrambe. Puis imagine de diviser le chœur et d’insérer des tirades parlées par un personnage seul, séparé des choreutes. Selon la légende, il aurait interprété lui-même ce premier rôle d’acteur en – 534.


La Peste, d’après Albert Camus

Mise en espace et interprétation : Loïc Pichon

Costumes : Aline Metayer

Lumière : Ider Amekhchoun

Théâtre de la Huchette • 23, rue de la Huchette • 75005 Paris

Réservations : 01 43 26 38 99

Les samedis du 21 janvier au 11 avril 2009 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

25 € | 15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Suzanne Thave 25/02/2009 12:10

C'est bizarre, j'aime Camus, j'aime le spectacle vivant, et je n'ai pas vu passer le temps à l'écoute de ce spectacle. J'ai été emportée par l'écriture de l'auteur, sa sensibilité, l'impermanence de ce texte. L'absence de décor ne fait que renforcer le cheminement de la peste. Le comédien (narrateur, je le rappelle) nous fait passer avec talent dans ce monde si proche du notre. Je suppose que la journaliste manquait terriblement de sommeil pour ne pas apprécier.

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