Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 12:49

La campagne sous tension


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Sous un titre aussi bucolique que « la Campagne », la compagnie stéphanoise du Métrognome nous invite à prendre place dans un univers qui n’a que peu de choses en commun avec le calme et la sérénité qu’on serait en droit d’attendre : ici nous entrons au cœur d’une intrigue, aux allures d’enquête policière.

À l’arrivée dans la salle, le public est tout d’abord surpris par une disposition un peu plus particulière qu’à l’habitude. En effet, l’espace parfaitement modulable dont dispose le théâtre L’Élysée a pu, une fois encore, être mis à profit pour donner au public l’occasion d’une véritable incursion dans un huis clos. Ainsi, les fauteuils encerclent la scène et les spectateurs deviennent malgré eux les témoins d’une intrigue menée à la manière d’un roman policier. La pièce aborde la question du triangle amoureux, l’histoire d’un couple venu à la campagne pour des raisons que l’on ignore. Et l’aventure commence lorsque Richard ramène une jeune femme trouvée sur le bas-côté de la route.

Véritable fil conducteur, la tension est présente à chaque instant et sous de multiples aspects, assurant ainsi cohérence à l’ensemble. Le doute est palpable dans les dialogues tout d’abord. Sabine Cros a choisi  pour cette mise en scène de respecter l’écriture hachée de Martin Crimp propice aux chocs réciproques, aux coupures de parole, une écriture qui ne laisse aucune place à l’hésitation et au compromis, qui sonde perpétuellement l’autre, son intimité.

« la Campagne »

La tension se trouve également dans le choix des objets. Doté d’une portée symbolique forte, chaque élément fait écho à un univers fantasmé. Les ciseaux de Corinne renvoient par exemple au cliché de la femme castratrice. Quant à Richard, son époux, il dispose d’innombrables paires de gants en latex, qui renvoient à sa profession de médecin, mais peut-être aussi à la volonté de ne pas laisser de traces de ses actes passés.

Enfin, c’est une esthétique aussi efficace que personnelle qui définit le choix de la scénographie en parfaite cohérence avec l’ambiance électrique et les rapports entre les personnages. Une cohérence manifeste dans les tenues vestimentaires, pantalons de velours, chaussures des années 1970 à talons… Concernant le décor, on note un ensemble d’éléments simples mais évocateurs : des miroirs déformants, des bouquets de roses pendus au plafond, des pans de papier qui constituent les parties d’un tout homogène. Mais qui sont également autant de surfaces de projection sur lesquelles diverses lumières pourront réfléchir et créer des ambiances toujours plus particulières.

Ainsi, cet effort de cohésion et d’efficacité, que l’on retrouve en chacune des dimensions de la pièce et que l’on se doit de saluer, tend à retranscrire avec précision et finesse un univers glacé fait de cruautés, de jalousie, de passion. Cet ensemble de rapports malsains et de tensions ici déclinés sont autant de registres du doute propre à l’adultère. Le rendu est encore un peu fragile mais laisse présager un au-delà très intéressant puisque la justesse, la précision et la pertinence ont trouvé leur place dans ce spectacle. 

Élise Ternat


La Campagne, de Martin Crimp

L’Arche éditeur

Traduction de Philippe Djian

Compagnie Métrognome

04 77 46 62 57

http://solkanar.club.fr/index.htm

Mise en scène : Sabine Cros

Avec : Béatrice Bompas, Thibaud Grange, Christelle Tarry

Scénographie : Stéphane Cavallini

Lumières : Hervé Recorbet

L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté

Théâtre L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Réservations : 04 78 58 88 25

Tram-métro : Guillotière

Du 18 au 21 et du 25 au 28 février 2009 à 19 h 30

Durée : 1 h 20

10 € | 12 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher