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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 11:07

Rare : spectacle en esperanto !


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


La Piscine - Firmin-Gémier est un endroit surprenant, chargé d’histoire tout en étant moderne. Cette ancienne piscine (1938) a vécu de nombreuses transformations avant de devenir en avril 2008 le nouveau pôle culturel de Chatenay-Malabry. Celui-ci a invité ce 12 février 2009 la Russie, avec le Teatr Licedei et son spectacle « Semianyki » – « famille » en français –, des clowns hilarants de cruauté et de tendresse.

L’originalité du lieu mérite qu’on s’y arrête. Il est formidablement conçu pour accueillir toutes sortes de spectacles vivants dans une salle modulable à souhait, dotée d’un immense plateau et dont la jauge peut varier de 550 à 1 000 spectateurs. L’agence Nicolas Michelin & Associés, en collaboration avec le scénographe Gérard Fleury, a su mettre l’ancienne architecture au service du spectacle. Ainsi la salle du Pédiluve a été conservée et recyclée en salle de concert, et l’énorme structure, qui permettait à l’eau de la piscine d’être chauffée par combustion des déchets ménagés de toute la ville, trône au-dessus de la salle de restauration. Une merveille. Marc Jeancourt la dirige depuis sa réouverture et accorde la beauté du lieu à ses choix artistiques et ses initiatives culturelles. Il rend cet endroit doublement attractif et a augmenté la fréquentation du public de 180 % !

L’originalité du Teatr Licedei mérite aussi d’être connue. La compagnie de clowns et de mime est née en 1968 à Leningrad. Elle a traversé et résisté à l’ère soviétique et à la chute du mur de Berlin, pour injecter du rire et de l’âme russe dans le monde entier. Son langage est universel, elle nous parle sans mots dire et nous entendons les turbulences sans limites de la vie quotidienne d’une famille russe. La mère est incontestablement enceinte de quintuplés, vu l’énormité de son ventre ; le père est alcoolique et ses quatre enfants essaient de le tuer en toute occasion, surtout quand il dort, à coups de pinces à linge, de sparadrap, ou de bâtons de ski. Cette famille s’aime autant qu’elle jubile de se détruire, les bisous pleuvent entre ses membres comme les polochons sur les spectateurs lors d’une bataille collective. Eh oui ! Le public n’est pas là que pour regarder : il est arrosé, battu, engueulé, il répond au téléphone et se fait enrubanné dans un final anthologique. Et il en redemande !

© Franck Girard

Les excellents Licedei poussent la situation la plus minuscule à son extrémité pour la rendre grandiose de drôlerie. Il y a (et c’est peu dire) de la démesure dans leurs délires. Une absurdité toutefois très concrète surgit de la mutation que subit le moindre évènement quotidien. Leur théâtre ressemble à un troupeau d’éléphants en tutu qui surgirait des trous d’une prise de courant dans une salle à manger, et viendrait se mettre à table en nous offrant de la vodka en digestif et une colonie de pingouins pour nous la servir. Sans manières.

Cet univers déjanté, franc et jusqu’au-boutiste porte en lui une poésie nostalgique. C’est celle de l’enfance, qui peut pincer le cœur et nous extraire une larme à travers un rire si… pur, éclatant de l’ivresse du jeu, dans ce monde sans frontières que nous conservons chacun, quelque part en nous. Il y a là des échos à une certaine Belgique, je pense aux Flamiches noirs, dont nous avons parlé en novembre 2008 aux Trois Coups, le même esperanto sans mots, très personnel et très transmissible parce que infiniment drôle et touchant.

Les comédiens et toute l’équipe technique sont des virtuoses, ils mettent tout leur art et leur savoir-faire au service du rire assuré. Ils sont incroyables de précision, et c’est une surprise de plus. La bande-son, elle, est presque toujours présente, et on se demande qui du régisseur ou des comédiens est le chef d’orchestre. On se régale aussi de voir arriver des objets de n’importe où, mais toujours du bon endroit à la bonne place, d’autant plus que le rythme est sans relâche. Vous l’avez deviné : il faut les connaître ! C’est la fin de leur tournée en France (qui dure quand même depuis deux ans !). Ils jouent encore une fois, le 17 février 2009 à Saint-Étienne (salle Jeanne-d’Arc à 17 heures). 

Claire Néel


Semianyki, d’Olga Eliseeva, Alexander Gusarov, Marina Makhaeva, Kasyan Ryvkin, Elena Sadkova, Yulia Sergeeva

Teatr Licedei • Saint-Petersbourg • Russie

Production : PassaShok - www.passashok.com

Teatr Licedei, en accord avec André Gintzburger - www.gintzburger.net

47, rue de Richelieu • 75001 Paris

01 42 97 45 36

Mise en scène : collectif Licedei

Avec : Olga Eliseeva, Alexander Gusarov, Marina Makhaeva, Kasyan Ryvkin, Elena Sadkova, Yulia Sergeeva

Scénographie : Boris Petruschansky

Lumières : Valery Brusilovskiy

Son : Sergey Ivanov

Habilleuse : Anna Mamontova

Régie plateau et effets spéciaux : Ravil Baygeldinov

Régie plateau : Nikolay Oriov

Théâtre Firmin-Gémier - La Piscine • 254, avenue de la Division-Leclerc • 92290 Chatenay-Malabry

Réservations : 01 46 66 02 74

www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

Le 12 février 2009 à 20 h 30

Durée : 1 h 40

22 € | 16 € | 10 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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