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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 22:08

La vacuité de l’amour moderne ?


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Sept danseurs, trois musiciens et un chanteur. Christian Rizzo a misé sur l’interaction et la transversalité pour réaliser « Mon amour », une chronique chorégraphiée des états de l’âme d’une génération bancale. Grands enfants ou adultes régressifs, ils pourraient fort probablement être ceux que les sociologues appellent « adulescents ». Tout un mode relationnel, donc, disséqué par le mouvement et le rythme.

Sur un plateau presque nu, blanc et enfumé, les danseurs nous tournent d’abord le dos. Leur look de squatteurs androgynes est emprunté à la culture de rue. Filles et gars portent les mêmes jeans et sweats à capuche, des vêtements identiques qui conduisent à une confusion des genres. Ces silhouettes, interchangeables, asexuées, évoquent une séduction juvénile. Progressivement, des plantes envahissent le lieu. Impression aérienne, légèreté. Des sphères gravitent mystérieusement, se déplacent comme guidées par une conscience autonome. Elles captent notre regard et finiront par conquérir l’espace en repoussant les danseurs à la périphérie.

Des couples se forment puis s’étiolent, oscillent entre attraction et répulsion, caresses et attitudes défensives. Les corps se touchent, s’agrippent, s’enlacent puis se rejettent, dans une lente et gracieuse répétition, réitération de mêmes gestes. Le corps de l’être aimé est un poids qu’on accepte de porter, de déplacer, mais pas de conserver contre soi. Il faut vite le déposer au sol ou le céder à un autre…

Côté technique, on pense à la danse contact. Côté sensation, on s’interroge sur la passion perdue. Car il n’y a rien de violent, rien d’absolu ou d’urgent dans ce qui se joue là. Les déplacements sont à la fois convenus, craintifs et économes : ne pas s’engager, ne pas se donner. La vacuité de l’amour moderne ?

Sur un balcon, en fond de scène, les musiciens jouent et pimentent ces situations un peu fades, un peu trop connues. L’impulsion donnée par le batteur est à peu près la seule énergie, la seule incandescence du spectacle. Ce rythme est salutaire pour épicer des mouvements qui laissent trop de place au calme, pas assez à la tempête. Par bribes, on entend parler d’amour, de souvenirs et de pertes. La voix du chanteur, Mark Tompkins, nous effleure et nous berce de ses tonalités traînantes et caressantes. On se doute que la subtilité se joue là, dans cette langue anglaise familière mais floue, cette langue étrangère, ce corps étrange.

Cependant, même en étant très attentifs, le sentiment frustrant de passer à côté du sens nous imprègne vite. On a lu le programme, on sait donc que les textes sont de William Carlos Williams et de Patti Smith. Mais, si l’on n’est pas bilingue, ce n’est guère que la musicalité du texte qui peut nous atteindre.

On peut considérer qu’on a passé un bon moment. On peut aussi se lasser rapidement des gestes prévisibles des danseurs. Voir être agaçé par ce parti pris élitiste qui nous dispense de surtitrages. Au final, l’impression d’avoir assisté à un très bon concert souligné par des instants chorégraphiés. L’inverse m’aurait semblé plus logique. 

Aurore Krol


Mon amour, chorégraphie de Christian Rizzo

Une proposition de l’Association fragile-Christian Rizzo (2008)

Chorégraphie, scénographie et costumes : Christian Rizzo

Avec : Christine Bombal, Philippe Chosson, Yoann Demichelis, Kerem Gelebek, Wouter Krokaert, I-Fang Lin, Tamar Shelef

Lumières : Caty Olive

Musique originale : Didier Ambact, Bruno Chevillon, Gerome Nox

Chant : Mark Tompkins

Chansons interprétées par Mark Tompkins : I Know It’s Over et The Boy with Thorn in His Side de Morrissey ; Something More de Mark Lewis Tompkins ; Mystery of Love de Marianne Faithfull

Textes extraits de Asphodel, That Greeny Flower de William Carlos Williams et de Présages d’innocence / Mummer Love de Patti Smith

Assistante à la mise en scène : Sophie Laly

Régie générale : Jean-Michel Hugo

Régie son : Juliette Wion

Régie lumières : Arnaud Lavisse

Réalisation des sphères : Jérome Dupraz et Luc Moreau (prototoutyp)

Construction des éléments scéniques : les ateliers de l’Opéra de Lille

Administration/Production : Catherine Meneret, assistée de Garance Crouillère

Production : l’Association fragile

Coproduction : l’Opéra de Lille, le Théâtre de la Ville de Paris, de Singel à Anvers, A.R.C.A.D.I. (Action régionale pour la création artistique et la diffusion en Île-de-France), l’Opéra de Dijon

Coproduction dans le cadre de leur accueil studio : le Centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort, le C.N.D.C. / Centre national du Havre/Haute-Normandie

Ce spectacle est soutenu par le ministère de la Culture et de la Communication dans le cadre du dispositif D.I.C.R.E.A.M., par la S.A.C.D. dans le cadre de son fonds musique de scène et par Ars numérica

Avec l’aide de La Chaufferie-Compagnie D.C.A. Philippe-Decouflé

Remerciements : Patti Smith, Thomas Delamarre et Marie Lannurien

L’Association fragile est aidée par le ministère de la Culture et de la Communication-D.R.A.C. d’Île-de-France au titre de l’aide à la compagnie chorégraphique conventionnée

Elle est également soutenue par Cultures France pour ses tournées à l’étranger

Depuis 2007, l’Association fragile-Christian Rizzo est en résidence à l’Opéra de Lille

Théâtre national de Bretagne, salle Jean-Vilar, • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Du 21 au 23 janvier 2009

Renseignements et réservation : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Durée : 1 h 20

Tarifs : Tarifs : 23 € | 17 € | 12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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