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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 23:41

Jacques Weber, ce héros !


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


La trilogie de Pagnol au théâtre, c’était un défi. Non seulement il s’agissait de s’affranchir du médium cinématographique, mais de surcroît il fallait passer après des acteurs tels que Raimu ou Fresnay. Dans une certaine mesure, la mise en scène de Francis Huster parvient à se libérer de l’influence de Pagnol. On regrette cependant qu’il ne soit pas allé plus loin dans la théâtralisation. Pour le reste, cela se résume en tous points par « Weber, ce héros ! »… Il sauve le spectacle !

Marius, Fanny et César sont trois films de Marcel Pagnol, qui retracent l’histoire de Marius, jeune homme travaillant comme garçon de café dans le bar de son père (César) et dont l’aspiration au voyage est en lutte avec l’amour qu’il éprouve pour Fanny, son amie d’enfance. Sans surprise, cette fresque familiale a pour décor la ville de Marseille et se nourrit du charme provençal. C’est là que se pose la première difficulté : l’accent. Les quelques Provençaux qui se trouvaient dans la salle du Théâtre Antoine en avaient le feu aux oreilles, tant les comédiens en faisaient des caisses. Pas un qui donnât l’impression d’avoir fait la démarche, somme toute fondamentale, d’aller faire un tour sur le Vieux-Port pour se former les oreilles. C’étaient des caricatures parisiennes de l’accent marseillais. Je vais donc rétablir la vérité : dans le Sud, on ne dit pas « paeing » pour désigner ce qui sert de base à notre alimentation. Ainsi, les comédiens nous offrent un panel original d’accents méconnus, dont le marsecquois, intonation marseillaise saupoudrée de neige en provenance de Montréal. L’effet général de ces dissonances produit une telle irritation auditive qu’il porte préjudice au jeu des acteurs qui n’est pas toujours mauvais.

Stanley Weber, tentant comme une granny-smith, interprète un Marius citadin qui semble être un fils de professeur rêvant d’une année sabbatique avant d’entrer en prépa littéraire… Le côté éthéré et fragile d’un héros romantique qui rêve des flots bleus en fabriquant des nuages d’alexandrins. On le sent trop adolescent, alors qu’il s’agit d’un jeune homme.

Si Hafsia Herzi (Fanny) offre un jeu intéressant dans la seconde partie du spectacle, elle fait montre dans la première d’un tic de jeu manifeste au vu de ses précédents films (Française de Souad el-Bouhati et Un homme et son chien de Francis Huster) : elle braille à tout bout de champ… Grâce pour nos oreilles, mademoiselle, vous avez tellement mieux à nous offrir ! Si vous parvenez à ne retenir que la sincérité de votre interprétation de Fanny et à vous dépouiller de ce qui la recouvre, vous avez devant vous une vraie carrière au théâtre.

Quant à Francis Huster, il campe un Panisse un peu vulgaire, voire libidineux, dont le comportement psychotique dans la deuxième partie nous pousse à nous demander si cet acteur n’est pas hanté par la peur de perdre sa vigueur dramatique… La caféine n’est pas une solution !

Les décors sont somptueux, les lumières subtiles, les costumes justes. Cependant, l’on a trop l’impression de voir des comédiens évoluer non pas sur une scène mais entre les parois d’un décor de cinéma. Trop réel. Trop illusoire. On regrette les vrais spaghettis dans les assiettes, le vin dans les verres, les plans de voilures, les huîtres, les auréoles de transpiration sur le maillot de Marius au réveil. Tous ces détails frustrent l’imagination et volent la magie du théâtre, ce n’est pas aux accessoires de nous convaincre, ce sont les êtres humains évoluant sur la scène qui doivent nous prendre à leur jeu.

Et puis… Et puis il y a Weber, qui porte le soleil et incarne à lui seul l’univers de Pagnol. Son jeu est fluide, sincère, brillant ! C’est bien simple, il nous fait oublier Raimu. Et ce n’est pas peu dire ! Son jeu est libre, léger, franc. L’homme est allé chercher la Provence, et le comédien nous la restitue avec malice et subtilité. Sans vous, Jacques Weber, ce spectacle serait certainement complaisant. Mais vous êtes là et du haut de vos yeux noirs et pétillants, vous m’avez fait rire, vous m’avez attendrie, vous m’avez convaincue. Monsieur, vous êtes un héros ou un magicien qui avez accompli le tour de force de me faire demeurer sur mon siège, quand j’eusse voulu partir et, qui plus est, sans le regretter. 

Lise Facchin


César, Fanny, Marius, de Marcel Pagnol

Mise en scène : Francis Huster

Assistantes à la mise en scène : Christine Suzanne, Sylvette Le Nevé

Avec : Hafsia Herzi, Stanley Weber, Urbain Cancellier, Charlotte Kady, Éric Laugerias, Jean-Pierre Bernard, Serge Spira, Arnaud Charrin, Lisa Masker, Benjamin Nissen, Fabrice Darzens, Serge Esposito

Costumes : Pascale Bordet

Décors : Thierry Flamand

Lumière : Nicolas Copin

Production :Théâtre Antoine

Théâtre Antoine • 14, boulevard de Strasbourg • 75010 Paris

Réservations : 01 42 08 77 71

www.theatre-antoine.com

À partir du 30 janvier 2009, du mardi au vendredi à 20 h 30, samedi à 16 h 30 et à 20 h 45, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi

Durée : 2 h 45, avec entracte

20 € | 35 € | 45 € | 55 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Nicolas 04/03/2009 10:48

Je suis bien d'accord avec toi sur ce beau spectacle (avec ses quelques défauts quand même !)J'en parle là :http://dupanache.over-blog.org/article-28156145.htmla+ !!

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