Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 21:19

Le cran des Siciliennes


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


« Ô corde mio ! », Cataldo Liuzzo est passé dans l’autre monde. C’était dimanche à Bobigny et « les Trois Coups » passaient par là – un crochet dans leur Standard idéal à la M.C.93. Ils se sont joints à la joyeuse douleur de sa presque veuve, l’excellente Licia Maglietta, pour de rire… sous cape… voile… voilette, avec cette histoire de crêpes et d’humour noirs. Une petite mort à l’italienne tout en dentelle.

Le lundi, c’est Gaspare Calandrino de Riposto. Le mardi, Nando Calabrò de Calatapiano. Mariano Coppola de Piedimonte Etneo le mercredi, Peppuccio Schiferò de Linguaglossa et Carmelino Lo Monaco de Randazzo, les jeudi et vendredi. C’est ça le cran des Siciliennes : un mort chaque jour, à chaque jour son mort. Coquetterie de veuve. Et le dimanche ? Justement, Manca solo la domenica (« Il ne manque que le dimanche »). Trop vivants les cimetières de Catane le dimanche. Il serait malvenu de venir fleurir une tombe déjà prise (par pitié, pas de blague avec les règles du savoir-vivre – voir le code des veuves siciliennes). Alors, on préfère raconter des histoires le dimanche.

« On » : comprendre l’excellente Licia Maglietta, sa petite moue, ses gestes retenus, son visage faussement impassible coiffé d’un chignon noir, et son acolyte accordéoniste joueur (quel joueur !) de bayan, le désopilant Vladimir Denissenkov, un Russe roux à la gueule d’atmosphère chromatique, et au faux air de Cataldo Liuzzo. Roux, lui aussi, et émigré en Australie. Cataldo dit feu l’époux de Liboria Serrafalco, ou l’Inconnu (celui qui ne donne pas de nouvelles de l’Autre Monde). Pour le meilleur… car Liboria, ou Borina, n’aimait pas beaucoup les maladies de peau de son mari. Elle se réjouit de pouvoir porter le deuil et ses voilettes, bas, dentelles et autres étoffes de femme convenable, sinon enviable.

« Manca solo la domenica » | © Fabio Esposito

Conteuse élégante et généreuse, Licia Maglietta a elle-même adapté et mis en scène la nouvelle de Silvana Grasso (c’était il y un an, au Teatro Nuovo de Naples). Elle convoque en V.O., avec des presque-riens, et dans une pénombre de caveau, toutes les odeurs de Sicile, et les musiques de Catane. L’accordéon aidant (l’accordéoniste aidant, c’est un comédien lui aussi) et le cliché comme esthétique, elle donne à cette « hypothèse rhétorique et absurde » pleine de style une teinte délicieusement passée de carte postale.

… Et pour le pire ? Cataldo Liuzzo n’est pas mort. Trente ans ont passé, le voilà qui reparaît, malade et fatigué. Et Borina de prier le cœur de Jésus et la Madone qu’il disparaisse à nouveau, en vain. Jamais mieux servie que par soi-même, elle renonce (sage) à s’en remettre à Dieu et « opère en direct »… La péripétie amène quelques longueurs ? Qu’importe, retenons l’ambiance, fameuse, doucement policière, gothico-poétique qui règne quand la « voleuse de maris éteints », à pas feutrés, regard en coin, s’introduit dans les cimetières, un bouquet innocent à la main, pour faire ses emplettes macabres : jeune veuve cherche « petite tombe à adopter » ; macchabées trop roux, trop vieux, trop fleuris, trop mal lotis s’abstenir. Et notre crochet en « Sicilie » s’arrête ici. On est attendu chez Shakespeare, dans moins d’une heure aux alentours de Cracovie. 

Cédric Enjalbert


Manca solo la domenica (« Il ne manque que le dimanche »), d’après la nouvelle Pazza è la luna de Silvana Grasso

En italien surtitré

Production Teatri Uniti

http://www.teatriuniti.it

Mise en scène, scénographie : Licia Maglietta

Avec : Licia Maglietta et Vladimir Denissenkov (au bayan)

Costumes : Katia Esposito

Lumières : Cesare Accetta

Son : Daghi Rondanini

M.C.93 • 1, boulevard Lénine • 93000 Bobigny

Réservations : 01 41 60 72 72

Dans le cadre du festival Standard idéal du 24 janvier au 8 février 2009, les 30 janvier, 2 et 6 février à 21 heures, les 31 janvier et 5 février à 19 h 30, le 1er février à 16 heures, le 7 février à 18 heures, le 8 février à 15 heures

Durée : 1 h 20

25 € | 17 € | 9 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher