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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:30

Chapeau bas pour Kurt Elling


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Le chanteur et vocaliste Kurt Elling a enchanté le public avec The Laurence Hobgood Trio. Le baryton américain est aussi à l’aise dans la ballade chantée que dans le scat, et son art sans esbroufe a fait regretter à plus d’un que le charme ait été rompu après une heure de spectacle.

À peine le trio de Laurence Hogbood (Laurence Bishop Hogbood lui-même au piano, Robert Harvey Amster à la contrebasse et Ulysses Owens Jr aux percussions) a-t-il esquissé quelques mesures que Kurt August Elling fait son entrée en scène : costume gris, chemise marron au col ouvert, pochette assortie, chaussures souples de la même couleur, le cheveu soigneusement calamistré, strictement tiré en arrière. L’émule et le successeur des Franck Sinatra et Nat King Cole a tout à fait l’allure du gendre idéal, loin de toute excentricité. S’il cherche l’originalité, ce n’est sûrement pas dans sa mise. Il a bien raison, d’ailleurs, son art suffit à lui conquérir les cœurs.

Le premier morceau, Into the Night, donne rapidement un aperçu de ses qualités, reconnues par d’innombrables distinctions : « Meilleur chanteur masculin » selon les critiques de Down Beat et les lecteurs de Jazz Times pendant six années consécutives, nommé sept fois aux Grammy Awards dans la catégorie « Meilleur album de jazz vocal », dont la dernière pour Nightmoves (2007), trois fois récompensé comme « Meilleur vocaliste de l’année » par l’Association des journalistes de jazz, lauréat du prix Billie-Holiday décerné par l’Académie du jazz de Paris.

L’art de ce chanteur quadragénaire – il est né à Chicago en 1967 –, c’est d’abord un remarquable sens du swing, même dans les morceaux les plus lents. Il en donnera une preuve de plus en interprétant de façon très personnelle Je tire ma révérence (paroles et musique de Pascal Bastia, 1938), en français, pour le plus grand plaisir des auditeurs. Mais cette chanson lui a également offert l’occasion d’un dialogue très intéressant avec son contrebassiste. Cette science rythmique (que l’on assimilerait à de la magie si l’on ignorait que Kurt Elling a beaucoup travaillé et beaucoup appris dans les meilleures universités américaines) est servie par une voix de baryton, chaude, souple et très nuancée, qui ne couvre pas moins de quatre octaves.

Ce soir, nous avons pu l’apprécier, entre autres, dans You Are Too Beautiful ((Richard Rogers / Lorenz Hart), pièce qui a permis à Laurence Hobgood de montrer à la fois la délicatesse et la force de son jeu au piano. La complicité du chanteur et de l’un de ses accompagnateurs attitrés, qui est aussi son collaborateur principal en matière de composition, faisait vraiment plaisir à voir. Dans la même pièce, Elling dialoguait aussi avec son batteur, Ulysses Owens Jr, dans un scat éblouissant. En effet, Kurt Elling n’est pas seulement un chanteur, même exceptionnel, il doit une grande partie de son succès à ses qualités de vocaliste, comme on dit un pianiste ou un violoncelliste. Sa science de la voix comme matériau, du rythme, du phrasé, de la dynamique des sons et des mots en fait un artiste qui peut être comparé à un instrumentiste de jazz virtuose.

Que retenir encore de cette soirée ? Son interprétation impeccable de Samurai ou celle de Dream Clock ? Un blues remarquable ? À tout prendre, je préférerais And We Will Fly (Alan Pasqua / Kurt Elling & Phil Galdston) sur un rythme de bossa-nova.

Mais, s’il ne faut rien cacher, les deux moments qui m’ont le plus touché ont été le second bis, une interprétation de Luiza (Tom Joplin), et surtout le dernier rappel, un scat de saxophone proprement éblouissant, en solo et a cappella. La salle a salué la performance par une ovation debout bien méritée.

Si Kurt Elling passe près de chez vous et si vous aimez le jazz de haute volée sans fioritures inutiles, précipitez-vous à son concert. Si vous n’avez pas cette chance, il vous reste ses albums (six parus chez Blue Note et le dernier, Nightmoves, chez Concord Records) et de nombreux aperçus disponibles sur Internet. Émotion garantie.

Jean-François Picaut


Kurt Elling en concert

Avec

The Laurence Hobgood Trio :

– Laurence Bishop Hogbood : piano

– Robert Harvey Amster : contrebasse

– Ulysses Owens Jr : percussions

Photo : Christian Lantry

Théâtre national de Bretagne • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Billetterie : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

23 € | 12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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