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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 13:05

Amour, bières et disco

 

Deux personnages qui ont pour surnoms « Porc » et « Truie », et qui se sont autoproclamés roi et reine de « Porc City ». Une version théâtrale de « la Ferme des animaux » ? Non. Plutôt l’histoire trash et décalée de deux adolescents (aussi appelés Darren et Sinead) paumés dans l’Irlande moderne. Ça décoiffe !

 

La Manufacture des abbesses se revendique comme un lieu de création contemporaine et mérite bien cette appellation avec Disco Pigs, pièce qui fait découvrir au public parisien la verve de l’écriture dramatique d’Enda Walsh. Et, comme dans beaucoup de pièces irlandaises modernes, il y a de la provoc’ dans l’air : un vocabulaire coloré et grossier, des références pornographiques explicites et de la violence physique. Mais avant que vous ne fuyiez, laissez-moi vous convaincre que toute cette brutalité est justifiée et contrebalancée par la fragilité exposée d’une jeunesse sans repères.


La note d’intention est explicite. Il s’agit ici de faire du théâtre « coup de poing ». En anglais, on appelle ce courant théâtral du doux nom de in yer face (« dans ta gueule »). Dans les deux langues, la même idée : créer un théâtre percutant, qui ose secouer le spectateur et lui rappeler la dureté de nos sociétés modernes. Dans Disco Pigs, c’est la jeunesse qui trinque, une bière à la main, sans savoir que faire de sa vie.


En tant que metteur en scène, Nicolas Morvan met l’accent sur le mouvement des corps. Darren et Sinead dansent, courent, se battent sans jamais s’arrêter. Ils confondent l’ivresse du mouvement avec la liberté. Mais, à trop vouloir se libérer des contraintes de la société, ils ne font que s’embourber dans un mal-être sans issue.


Les deux interprètes – Anne-Laure Gruet et Nicolas Morvan – allient énergie physique et mentale pour créer des personnages intenses. Cette intensité tragique parcourt la pièce, et nous tient en haleine. Mais, si les deux adolescents sont en perte de repères, Sinead fait preuve d’une lucidité salvatrice. De temps en temps, elle ose s’arrêter et contempler le monde. Les moments de repos, comme autant d’instants de doute et de réflexion, l’aident à mûrir. Darren, lui, s’évertue dans l’excès, dans la course éperdue d’un idéal inatteignable.


La force visuelle du spectacle tient beaucoup à la création lumière de Vincent Cussey. Les faisceaux incisifs et précis définissent les ambiances sans figurer les lieux. En utilisant des lumières intenses et clignotantes, l’espace scénique se fragmente et renforce l’idée de mouvement perpétuel et destructeur. La musique de Stereolive aux influences rock et punk contribue aussi à nous plonger dans l’atmosphère tumultueuse et contemporaine de « Porc City ». Saturation des sens, émotions intenses… on en sort tout ébouriffé. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Disco Pigs, de Enda Walsh

www.discopigs.fr

Traduction : Éric Devanthery

Mise en scène : Nicolas Morvan

Assistante à la mise en scène : Justine Ferrand

Avec : Anne-Laure Gruet et Nicolas Morvan

Création costumes: Collectif Moto 777

Création lumière : Vincent Cussey

Musique : Karim Berraf, Stereolive

Manufacture des abbesses • 7, rue Véron • 75018 Paris

Réservations : 01 42 33 42 03

Du 7 janvier au 14 février 2009, du mercredi au samedi à 19 heures, représentations supplémentaires les mardis 3 et 10 février 2009 à 19 heures

24 € | 13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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