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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 15:57

Valeria Bruni-Tedeschi, jolie, jolie, jolie…


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Ambiance Cinecittà à La Madeleine. Le petit théâtre (prévoir ses jambes en kit qu’on prendra soin de laisser au vestiaire) caché dans un coin de place (il y en a quatre, des coins…), rue de Surène, fait dans la comédie à l’italienne. Avec en tête d’affiche, Valeria Bruni-Tedeschi, qui s’entend dire par Stéphane Freiss, alors fils d’Édith Scob : « Je t’ai épousée par allégresse »… C’est de l’amour de cinéma, pas crédible, donc, guilleret, qui fleure bon la « dolce vita », mais tourne un peu court.

« Où est mon chapeau ? » Premiers mots du toujours excellent Stéphane Freiss (alias Pietro). À quoi répond une logorrhée version Tedeschi à peine interrompue par son impassible mari, sur l’utilité du chapeau conservé dans la naphtaline par temps de pluie, l’enterrement du couturier Lamberto Genova qui se révèle ne pas être le couturier qu’elle a rencontré aux grottes du Pigeon, le médecin mort d’une thrombose, le susnommé Genova… Pendant ce temps, Pietro s’habille, boit une tasse de café (manifestement vide). La bonne Vittoria déplace des cartons (manifestement vides ; ah ! les tiroirs vides au théâtre…), cherche le chapeau. Pietro s’éclipse, Giuliania (Valeria Bruni-Tedeschi) se tourne vers Vittoria. Et blablabla. Bien vu le ménage à trois (en tout bien, tout honneur) avec la bonne.

Pietro revient, et rebelote : il se déshabille, se rhabille, met une cravate, boit un verre de vin (manifestement allongé au sirop). S’étonne que l’appartement ne soit pas en ordre, que Giuliana languisse toujours au lit. On la comprend, la qualité des costumes, des décors et des lumières, à l’unisson, est une ode au bien-être. Reprenons : Pietro a faim. On hésite entre aubergines farcies et spaghettis. Pietro : « Moi, j’adore les spaghettis. Viens manger ». Giuliana : « Si je prends mon bain après avoir mangé, je mourrai ». Voilà ce qu’on appelle une tranche de vie. Fin du premier acte.

« Je t’ai épousée par allégresse » | © Pascal Gély

On ne sait trop que penser de cette forme à mi-chemin du néoboulevard, sans les portes qui claquent, et du néoréalisme (rose), quand l’un dit : « Je t’ai épousée par allégresse », que l’autre rétorque : « Moi, pour ton argent ». Quant à l’écriture, tantôt enlevée et souple, tantôt en longueurs et circonlocutions inutiles, elle recèle de grosses faiblesses dramaturgiques. Natalia Ginzburg dit avoir écrit « en vitesse », « à toute vitesse et par ennui », « en glissant ». On la croit. Le second acte patine encore : Pietro s’habille à nouveau, se re-recravate, fume une cigarette qui l’encombre, boit un verre dont il ne sait plus que faire. Valéria Bruni-Tedeschi, elle, savonne ses tirades. Il faudra attendre l’arrivée de maman Scob, mère de Pietro, et de sa fifille (Armelle Bérengier) attendues à déjeuner pour que la pièce reprenne son souffle.

La fantaisie des situations et l’allégresse du style zyeuteraient alors du côté de chez Levin, et de sa musicalité. Valeria Bruni-Tedeschi, jolie, jolie, jolie… ne se lasse pas de sa « monocordie » usuelle (un impénétrable problème de diction), qu’on vient à oublier, bien dans son rôle. De belles scènes dansées, impromptues, donnent un rythme proprement cinématographique à l’ensemble. Stéphane Freiss est hilarant lorsqu’il s’étouffe avec ses spaghettis trop cuits, viatique à la rencontre Giuliana/Belle-maman, sa mère, justement, qui donne le ton avec ses reproches incessants et son petit air ulcéré. La pimpante Vittoria (une Marie Vialle à surveiller) débarque alors, à son aise, deux poulets sous le bras, et prend sa place, indue évidemment, en vrai bonne de théâtre. Jolie, jolie, jolie… un jour ou l’autre il faudra bien qu’on les marie… Un petit air chantant nous viendrait presque à la bouche, mais Giuliana dit un dernier mot : « Je pense que je n’ai jamais rencontré Lamberto Genova ». Fin sans ambages (il faudrait penser à intégrer la variante, moins brutale). Non, pas d’entracte. C’est fini. On applaudit et on s’en va. Alors que d’allégresse, il commençait tout juste à être question. 

Cédric Enjalbert


Je t’ai épousée par allégresse, de Natalia Ginzburg

Adaptation de Nathalie Bauer, Marie-Louise Bischofberger et Valeria Bruni-Tedeschi

Création au Théâtre de la Madeleine avec le soutien de la fondation Jacques-Toja

Mise en scène : Marie-Louise Bischofberger

Avec : Valeria Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss, Édith Scob, Marie Vialle et Armelle Bérengier

Décors : Arthur Aillaud

Costumes : Bernadette Villard

Lumières : Roberto Venturi

Son : André Serré

Théâtre de la Madeleine • 19, rue de Surène • 75008 Paris

Réservations : 01 42 65 07 09

www.theatremadeleine.com

À partir du 20 janvier 2009, du mardi au samedi à 21 heures, samedi à 18 h 30, dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 30

36 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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