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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un appel engagé et qui engage
Après un « Stabat mater furiosa » mis en scène par Anne Conti (voir la critique par Angèle Lemort), la Maison de la poésie à Paris nous convie à entendre cette tout autre conception scénique du même poème anti-guerrier. Poème qui se révèle nécessaire, comme un remords de conscience douloureuse et brisée.
Le texte saisissant de Jean-Pierre Siméon est un manifeste-cri destiné à la lecture ou à la récitation. D’où une énorme difficulté à saisir cette poésie sanglante et la fixer sur une scène de théâtre. Le choix scénographique de cette adaptation paraît donc plus que juste. Car, nous ne pouvons plus, face à cet appel violent et à ce témoignage cruel, rester passifs, de notre côté des remparts.
Dès lors, Catriona Morrison, la comédienne porteuse des paroles nous met tous en scène, autour d’elle, debout. Nous devenons ainsi une partie vivante de la scénographie, plus encore, nous – les spectateurs inavertis et innocents – nous transformons en témoins actifs et compatissants, touchés au vif par la terreur qui s’abat sur nous. De plus en plus. Brutalement.
Maintenant, un grand défi est lancé à la femme – comédienne, celle qui incarne et prononce le verbe de toutes les femmes. Celle – la mère, la sœur, la fille, l’épouse – qui refuse de comprendre, c’est-à-dire d’accepter la pulsion meurtrière de l’homme guerrier. Car Yves Lenoir, l’homme-metteur en scène, a souhaité faire arracher ce monologue-cri du corps de la comédienne en un seul souffle, dans une sorte de rythme organique et émotionnel d’une femme blessée et révoltée.
D’où le danger auquel n’échappe pas toujours la comédienne. Celui d’expulser le texte d’un seul trait, de l’expédier avec force, sans s’arrêter. Celui aussi d’inonder le spectateur avec le flux des paroles couvertes par une émotion fabriquée, surjouée, ou pathétique, qui ne prend pas suffisamment en compte l’impact physique et l’engagement corporel. C’est pourquoi, les rares moments, où Catriona Morrison met son corps en jeu, sont d’une beauté rare et d’autant plus bouleversante.
Sur une scène dénudée, habitée par quelques spectateurs-témoins, une relation intime et profonde s’installe entre la voix de la comédienne et les créations musicale et sonore, naissant en direct sous la baguette de Patricia Dallio. Comme dans une transe, cette présence musicale originale rythme et nourrit la poésie incarnée.
Il s’agit là d’un spectacle engagé et qui engage à son tour. Car la puissance artistique et humaine de ces deux femmes finit par nous saisir et nous rendre responsables. Afin de rompre le non-dit et le silence, afin de relancer le débat, et de porter en nous cet appel douloureux à la non-violence. ¶
Maja Saraczyńska
Les Trois Coups
Stabat mater furiosa, de Jean-Pierre Siméon
Mise en scène : Yves Lenoir
Avec : Catriona Morrison et Patricia Dallio
Collaboration artistique : Lionel Parlier
Création musicale, interprétation claviers et capteurs : Patricia Dallio
Assistant musical : Carl Faia
Ingénieur son : Xavier Bordelais
Création lumières : Michel Bergamin
Assistant scénographique : Mathieu Bianchi
Travail chorégraphique : Virginia Heinen
Maison de la poésie • passage Molière au 157, rue Saint-Martin • 75003 Paris
Réservations : 01 44 54 53 00
Métro : Rambuteau - Les Halles
Du 28 janvier au 15 février 2009, du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche 1er février 2009 à 17 heures, dimanche 8 et 15 février 2009 à 16 heures
Durée : 1 heure
20 € | 15 € | 10 €
Tournée :
– Le 10 mars 2009 à La Coupole • 2, croisée des Lys • 68300 Saint-Louis
– Le 12 mars 2009 • Le Grillen • 19, rue des Jardins • 68000 Colmar
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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