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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 01:54

À propos d’« Œdipe »


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Les Trois Coups : Parlez-moi d’abord de la fondation de la compagnie du Troisième-Œil.

Philippe Adrien : Le travail de Bruno Netter date de vingt ans, puisqu’il est devenu aveugle au début des années quatre-vingt. J’ai dû le rencontrer en 1987, deux ans après la création de sa compagnie. Il était venu faire à La Tempête, dans la petite salle, un spectacle à partir du Livre de Job. C’est pour ce spectacle qu’il a inventé le principe de cette compagnie, constituée en partie d’acteurs handicapés. C’était un petit peu étrange parce que j’accueillais tout de même un metteur en scène aveugle ! Les comédiens de ce premier évènement, le Livre de Job, sont à peu près ceux qui jouent aujourd’hui dans la compagnie. Parmi ce groupe de bancals, comme dit Bruno Netter, on a un garçon qui peut être considéré comme autiste…

Les Trois Coups : C’est le jeune homme qui apparaît à la fin d’Œdipe ?

Philippe Adrien : Oui oui, c’est lui.

Philippe Adrien © Lot

Les Trois Coups : Il était bien ! J’étais très impressionnée…

Philippe Adrien : Il est absolument magnifique. Et il n’est pas là pour faire de la figuration ! Il est là pour dire un texte magnifique, qu’il interprète de manière remarquable !

Bruno Netter est venu me trouver un jour et m’a dit : « Je voudrais jouer Argan du Malade imaginaire ». L’expérience d’avoir accueilli la compagnie m’avait permis de connaître les comédiens, de les voir jouer, et je m’étais dit qu’un jour j’aimerais bien les mettre en scène. Il y avait à l’époque un comédien qui, hélas, est décédé. Deux d’entre eux, des garçons qui avaient continué dans le Malade imaginaire et dans le Procès sont partis. C’étaient deux garçons très touchés… handicapés moteurs. Il y en avait un qui tombait tout le temps et l’autre qui était très noué, une sorte d’hémiplégie. Ils étaient très fragiles. Sergio Malducca et Pierre Delmère. C’étaient de très belles personnes, qui sont parties. En dehors de ça, ce sont les mêmes. Probablement parce que trouver du travail en tant que comédiens, dans ce genre de situation, n’est pas simple. Et puis il faut dire que les valides sont solidaires de ce groupe d’acteurs handicapés. À cet égard, ce sont aussi à peu près les mêmes.

Les Trois Coups : C’est la question que j’allais vous poser.

Philippe Adrien : Parfois on est embarrassé parce qu’un tel n’est pas libre ou veut faire autre chose, alors on engage un remplaçant. Comme dans certaines troupes, la Comédie-Française pour ne citer qu’elle, les sociétaires ont accueilli des pensionnaires, qui sont à leur tour devenus sociétaires. Le garçon qui joue Œdipe jeune a commencé comme remplaçant dans le Procès et, de fil en aiguille, il s’est mis à créer des rôles, dans Don Quichotte par exemple.

Donc, c’est ça en gros l’histoire du Troisième-Œil. Quand Bruno est venu me trouver pour jouer Argan, au bout d’une demi-heure de discussion, j’ai fini par lui dire : « Écoute, je pourrais peut-être le mettre en scène ». Voilà. Ce que j’avais vu sur le plateau m’avait tellement épaté ! Je vous parlais de Sergio : dans Job, il jouait un messager. L’entrée en scène était déjà un effort dantesque pour lui, mais quand il devait dire son texte, on avait l’impression qu’il se l’arrachait littéralement. La première fois que Sergio a lu le rôle de Purgon dans le Malade imaginaire, les gens ont applaudi !

Le petit que vous avez vu hier, Stéphan Guérin, a appris le texte en deux jours. Comme il ne peut pas lire, je lui avais fait une cassette. Je pense que c’était ses parents qui l’aidaient à apprendre les textes. Il le faisait comme un perroquet. Absolument parfait, mais, côté interprétation, je me disais que c’était pas très fort. J’ai donc eu l’idée de lui enregistrer le texte, de la façon la plus parlée possible, la plus simple. Il a pris le texte, il s’est enfermé dans mon bureau, et en deux après-midi, c’était fait ! Dans le spectacle, il le restitue à peu près comme je le lui ai transmis.

Propos recueillis par

Lise Facchin

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