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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 22:24

L’indomptable Divine


Par Ingrid Gasparini

Les Trois Coups.com


Quoi de plus approprié qu’un opéra au Théâtre de l’Œuvre pour évoquer le destin fou de la grande Sarah Bernhardt ? Alain Marcel signe ici un livret tout en démesure et tente péniblement de ressusciter la Divine. Grosse ombre au tableau, les soixante personnages de la pièce sont interprétés par le seul Jérôme Pradon, qui malgré d’incroyables déploiements d’énergie, semble s’y perdre. Nous aussi.

Un joli petit écrin rouge à deux pas de la place Clichy. Un tout petit théâtre pour une saga musicale forcément ambitieuse puisqu’elle titre fièrement l’Opéra de Sarah, avant l’Amérique. Le rideau se lève sur des murs bleu nuit, nus et patinés. En arrière-scène, un large piano à queue nargue l’assistance. L’espace est savamment découpé par une série de tabourets disposés ça et là. Noirs et capitonnés comme le silence qui précède les premiers éclats de voix : « Boké lèze ! Boké lèze ! ». C’est la bonne nourrice de la grande Sarah qui ouvre le bal en breton. On sent déjà que ça va être long.

Ce premier opus nous propose de suivre le destin bouillonnant de la grande tragédienne, sur une période courant de 1844 à 1880, ou plus exactement de sa naissance à sa conquête de l’Angleterre. Qui était donc Sarah Bernhardt ? Une fille de courtisane délaissée par sa mère, la petite protégée de Dumas père, la pistonnée du Conservatoire entrée au Français par l’intervention du Saint-Esprit et l’appui du duc de Morny. Ou simplement une personnalité hors du commun, qui mettait à terre hommes et femmes dès qu’elle ouvrait la bouche. Hamlet, Phèdre, la reine de Ruy Blas, aucun rôle ni aucun auteur qui ne lui eût résisté. Et pourtant, sous le masque mondain et vorace de la séduction, affleurent déjà les hésitations d’une femme qui ne maîtrise plus vraiment son image.

« l’Opéra de Sarah » | Jérôme Pradon

La matière brute est vertigineuse. L’entreprise impossible. Il y a une part d’inconscience dans ce projet-là. On aimerait tellement que ça marche. Mais la densité du livret finit par noyer le spectateurs dans un flot d’anecdotes d’importance inégale. L’effet catalogue de la narration devient pesant et, malgré le soutien d’une partition musicale originale, l’attention se désagrège lentement. Alain Marcel raconte plus qu’il ne montre, un parti pris tout à fait étonnant quand on regarde ses adaptations et mises en scènes passées (Peter Pan, Kiss Me Kate !, My Fair Lady). On est ici dans un traitement qui se situe à des années lumière des grands spectacles de Broadway. Tout y est sobre, jusqu’aux arrangements qui semblent s’inspirer des harmonies impressionnistes ou symbolistes d’un Ravel ou d’un Debussy.

Mais le choix le plus improbable concerne encore la distribution. Pourquoi attribuer les soixante rôles à un seul et même comédien ? On saluera ici la performance et la prise de risque de Jérôme Pradon, qui s’en sort finalement assez honnêtement. Jonglant entre les parties chantées, parlées et ses déplacements multiples, incarnant à la demande George Sand, Oscar Wilde, Victor Hugo ou Sarah… On partage son épuisement et on comprend qu’il ne lui reste que si peu d’énergie pour juste interpréter. Celle qu’on surnommait la « Voix d’or » est donc jouée par un homme. Savoureuse ironie, quand on sait le plaisir avec lequel elle endossait les plus grands rôles masculins. Mais, ici, ça ne passe pas. Le timbre est haut et l’attitude un brin forcée. La Divine est de ces femmes qui ne se laissent pas facilement dompter. 

Ingrid Gasparini


L’Opéra de Sarah, avant l’Amérique, d’Alain Marcel

Mise en scène et réalisation : Alain Marcel

Avec : Jérôme Pradon et Damien Roche (au piano)

Lumières : Laurent Béal

Son : Hervé Lombard

Arrangements musicaux : Damien Roche

Collaboration artistique : Grégory Antoine

Théâtre de l’Œuvre • 55, rue de Clichy • 75009 Paris

Réservations : 01 44 53 88 88

Du 20 janvier au 30 avril 2009, les mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 21 heures, et le dimanche à 15 h 30

Durée : 2 heures

De 19 € à 47 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Kathleen Hyden-David 05/09/2009 00:20

A propos de l'article d'Ingrid Gasparini sur l'Opéra de Sarah, je dirais simplement :Est-il possible de se tromper à ce point ?!!!

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