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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 14:13

Un conte finlandais
au Théâtre Jean-Vilar


Par Ilène Grange

Les Trois Coups.com


Trois comédiens valsent tour à tour sur la scène du Théâtre Jean-Vilar, entre les fils de leurs marionnettes, les tiges de leurs figurines et leur costume distendu. Une danse adroite, qui tente de gommer les frontières du plateau, et les destinations. Cette adaptation du roman « le Meunier hurlant » d’Arto Paasilinna propose un carrefour artistique pluriel d’où partent des chemins vers la Finlande. Le charme de l’ailleurs et l’univers des légendes scandinaves nous entraîne.

Dans une contrée du nord de la Finlande, un meunier vient de s’installer. Il se nomme Gunnar Huttunen et a une taille disproportionnée vis-à-vis de ses voisins. Le metteur en scène a choisi de matérialiser tous les autres protagonistes du village par des marionnettes de différentes petites tailles pour illustrer le décalage entre les caricatures que sont les villageois et le côté franc et massif du meunier, que presque tout le monde rejette.

Pourquoi ? Parce que ce meunier est un personnage singulier, solitaire et à moitié sauvage. Il ne peut, en effet, réprimer des pulsions organiques qui le poussent à hurler dans les bois, à imiter les cris des animaux, et des éléments comme l’eau ou le vent. Il terrorise ses congénères et devient bien vite l’objet des quolibets d’abord, puis des craintes malveillantes des paysans bien-pensants de la contrée. On le taxe de fou dangereux, et il est interné en asile, d’où il s’échappe, dans des circonstances saugrenues. Il finit par se terrer dans la forêt et par ne plus être qu’une rumeur, ancrée dans les légendes locales. Il s’est fondu dans le monde sauvage, tout est rentré dans l’ordre des choses.

© Cie Tro-héol

L’interprétation du personnage principal est très expressive, son timbre de voix est souligné, ses gestes imposants, et sa tenue en scène fruste et maladroite. Cela crée une étonnante empathie avec le public qui est telle que les discriminations subies par ce personnage nous sont insupportables. Nous prenons bien vite en pitié cette créature balourde qui hurle dans la campagne, sans rien demander à personne d’autre que la liberté d’agir à sa guise, sans ennuyer quiconque, isolé dans son moulin. Les autres personnages, par la caricature de la marionnette, sont présents pour appuyer cette humiliante sensation de mise au banc du héros : tous les villageois s’illustrent par des comportements de crainte qui les poussent à la lâcheté, à la délation. Ils dogmatisent, ils rejettent la singularité et la simplicité de Gunnar, sa marginalité.

Au centre de la scène, un écran diffuse fréquemment des images de paysages finlandais, qui viennent se superposer aux ombres des acteurs, des marionnettistes, pour brouiller les repères de l’espace. J’ai regretté que le travail de vidéo et de photographie ne soit pas plus affiné, car, ici, les images ne servent qu’à donner une jolie toile de fond à l’intrigue. Par ailleurs, le dynamisme des changements de volume, avec la succession des protagonistes de tailles différentes, illustre par le biais d’un intrigue simple la démesure des hommes, la petitesse des gens enfermés dans leur médiocrité et la grandeur simple des marginaux. Cette problématique est un peu simpliste, mais fait toujours mouche, en tout cas. Servie par un ton qui tient du conte, elle remplit sa fonction initiatique et peut très bien s’adresser à un public d’enfants. Ce spectacle est pluriel, au carrefour de la vidéo, du théâtre d’objets et du jeu d’acteur, ce qui est un choix risqué. Mais on ne perd jamais le nord, si l’on peut dire, car le travail proposé est précis, techniquement propre, et certaines propositions (surtout en matière de marionnettes) sont puissantes et inventives.

Quoi qu’il en soit, Ce spectacle est réjouissant, onirique, et titille notre imaginaire. Il donne envie aussi de se pencher sur l’univers scandinave. Mais il ne bouleverse pas, peut-être à cause de son aspect légendaire, qui ôte un peu de surprise. Néanmoins, le parti est pris et assumé par une excellente compagnie de marionnettistes, et le souvenir en reste très agréable. 

Ilène Grange


Le Meunier hurlant, d’après Arto Paasilinna

Compagnie Tro-héol • 22, route de Kergoat • 29180 Quéménéven

Théâtre Jean-Vilar • 155, rue de Bologne • 34080 Montpellier

04 67 40 41 39

http://theatrejeanvilar.montpellier.fr

Les mercredi 14 janvier 2009 à 15 heures et vendredi 16 janvier 2009 à 21 heures

13 € | 10 € | 4,5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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