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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 01:38

Jeux de mots

 

C’est en brodant autour de l’interjection expressive « ah ! » que Bernard Azimuth investit le Café de la gare et mène tout son spectacle. Passant ainsi d’un sketch à l’autre tout en gardant ce fil conducteur, le comédien joue avec les rouages de la langue française pendant une petite heure. Et ce, pour le plus grand plaisir des spectateurs enjoués.

 

Bernard Azimuth entre en scène sous les applaudissements des spectateurs. Visiblement, notre comédien est très attendu ce soir. Tout à fait à l’inverse de l’accueil que lui avaient réservé ses amis la semaine précédente. En effet, le personnage nous explique qu’il avait longuement hésité avant d’aller chez ses amis vendredi dernier. Finalement, ayant essuyé un refus de Bernard, ils ne s’attendaient guère à le voir débarquer l’heure suivante, tout guilleret, à leur porte. Désappointés, un « ah ! » s’ensuit. Un mauvais « ah ! ». Pas celui que l’on émet face à une bonne surprise.

 

Jusque là, tout est joyeusement confus, à l’image du personnage plus ou moins étrange qui va de-ci de-là avec comme seul lien logique les mots. Le trébuchement des mots, les jeux de mots. Car, on l’a vite compris, notre artiste est un passionné de mots. Il s’en amuse, il cherche les subtilités, les failles, les nuances, les résonnances.

 

Prenant même Rimbaud en référent, il se fait lui aussi visionnaire et réinvente la langue à sa guise. En d’autres termes, mais en écho aux Voyelles du poète carolomacérien, Bernard crie haut et fort : « les consonnes, on dégage ! ». En somme, nul besoin des consonnes, elles nous embêtent beaucoup, non ? C’est, en tout cas, ce que pense Bernard, et il ne tarde pas à le démontrer de façon humoristique en éludant les consonnes de son récit. Au-delà d’un résultat comique et des plus absurdes, c’est aussi l’occasion de donner une belle leçon de diction à tout comédien.

 

Pour peu qu’il frôle la redondance, Bernard Azimuth est rapidement entraîné vers une autre direction. De ce fait, il prend toujours soin de guider le spectateur afin ne pas le perdre en cours de route.

 

Ainsi, nous avons droit à un bulletin météorologique comme nous en voyons rarement à la télévision. C’est-à-dire allègrement décalé comme son auteur. Ceci n’est qu’un exemple parmi les diverses séquences proposées tout au long du spectacle. Chaque rencontre, chaque anecdote qui a amené le personnage à la porte de ses amis est prétexte à un aparté musical de mots. Mais toutes ces ritournelles ne sont pas là simplement pour divertir. Elles nourrissent un débat sous-jacent sur l’art de communiquer.

 

Toutefois, Bernard est un homme un peu en marge, un inventeur, un jongleur de mots qui joue jusqu’à en tirer la substance la plus cocasse. Pourtant, malgré un sujet atypique et une facilité à manier la langue, le comédien est quelquefois à la limite du cabotinage et manque de précision. Mais cette lacune n’empêche pas les spectateurs de passer un moment de délectation en compagnie de Bernard Azimuth.

 

En somme, le corps du spectacle fait corps avec le personnage. C’est-à-dire en quelque sorte ce que l’on pourrait appeler un beau « désordre ordonné ». Même si parfois cela semble alambiqué, cela redevient pourtant vite sensé. Si bien que le spectateur n’est pas dérouté et peut savourer ce moment de légèreté. Toutes les clés nous sont livrées petit à petit, et c’est ainsi que se trame l’histoire en nous fournissant à rebours tous les indices afin de pouvoir nous éclairer. Car, Bernard ne se perd jamais dans ses parenthèses lexicales. 

 

Emily Lombi

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Ah !, de Bernard Azimuth

www.bernardazimuth.com

Mise en scène : Patrick Dray

Avec : Bernard Azimuth

Café de la gare • 41, rue du Temple • 75004 Paris

Lundi 19 janvier 2009

Durée : 1 h 20

22 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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