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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Différences, changement et réflexion
C’est dans un petit théâtre du XVIIIe arrondissement, Le Lavoir moderne parisien, que Vincent Byrd Lesage lit le fameux discours de Barack Obama, « De la race en Amérique ». Il est dirigé par José Pliya, directeur de la scène nationale de Guadeloupe, L’Artchipel. Réflexion et interrogations sont garanties.
Dimanche après-midi, lorsqu’on pénètre dans la salle du Lavoir moderne parisien, on a évidemment en tête l’investiture de Barack Obama, qui a lieu mardi 20 janvier 2009. Mais revenons à Paris, ce n’est pas le vrai Obama que l’on va voir, mais la lecture en français de son discours de Philadelphie, « De la race en Amérique ». Discours qui lui a valu d’être comparé à Martin Luther King. Discours durant lequel il a été interrompu dix-sept fois par les applaudissements. C’est donc un discours mythique que l’on va entendre.
Une voix off nous remet en mémoire le contexte, et la raison de ce discours : en réponse aux attaques des médias concernant les paroles provocantes du révérend Wright, ami et pasteur du candidat qu’est encore Obama en 2008, ce dernier écrit lui-même un discours qu’il lit à Philadelphie, le 18 mars 2008. La mise en scène est très épurée : un pupitre, sur lequel est posé un micro, est situé sur le devant de la scène, au milieu. Derrière, il n’y a aucun décor, mais des lumières bleues, rappelant la couleur du parti démocrate américain, éclairent le mur vide.
Entre alors le « faux » Barack Obama, l’acteur Vincent Byrd Lesage. Il s’installe derrière le pupitre, et commence à lire le discours. José Pliya lui a demandé de ne pas le mémoriser, même si cela arrivera naturellement après plusieurs représentations. L’acteur est habillé comme Barack Obama, costume noir, chemise blanche et cravate bleue. Assez étrangement, peut-être est-ce le cadre qui la crée, mais on remarque une légère ressemblance avec le 44e président des États-Unis. De plus, il est métis, et, détail amusant, né le même jour qu’Obama, le 4 août 1961. Les projecteurs sont braqués sur lui, tandis qu’il lit le discours, de manière très calme.
© Éric Guyenon
Au début, on est un peu étonné. Il commence calmement, mais il va peut-être le lire comme Obama, faire ses envolées lyriques propres au nouveau président, jouer sur l’émotion de l’auditoire… Mais non. Vincent Byrd Lesage lit « De la race en Amérique » d’une voix posée, doucement mais sûrement. Les temps de pause qu’il prend sont bienvenus pour nous laisser réfléchir à ses paroles.
Mais, peu à peu, à mesure que l’acteur nous parle du problème de vivre avec l’autre, de vivre ensemble malgré les différentes couleurs de peau, les différentes cultures ou les différentes religions, l’image de Barack Obama surgit. Vincent Byrd Lesage fait les mêmes gestes qu’Obama : il se tourne vers sa droite et vers sa gauche, comme si le public était tout autour de lui, comme pendant les meetings de l’ancien candidat démocrate. Il tient le pupitre de ses deux mains, comme s’il voulait l’arracher plutôt que s’appuyer dessus. À travers ses mots français, qui sortent doucement mais sûrement de sa bouche, l’acteur laisse Obama nous envahir. On le voit presque sur la petite scène de ce théâtre parisien, avec sa verve, ses gestes, et l’espoir que sa voix porte.
Et c’est sûrement là que réside la force de la lecture dirigée par José Pliya. Lui et Vincent Byrd Lesage ne voulaient pas imiter Obama – autant aller voir la vidéo du discours sur You Tube –, mais véhiculer le message présent dans son discours. Faire naître des interrogations chez les spectateurs. Réfléchir sur les États-Unis, mais également sur la France, puisque le discours est lu en français, à Paris. Et, comme l’a montré le débat qui a eu lieu après la lecture, l’objectif est atteint. La lecture nous permet de mieux entendre les messages portés par le texte, qui ont un sens universel et qui dépassent l’homme même qui a écrit ce discours. La mise en scène très sobre n’évoque pas du tout les shows d’Obama, mais nous offre un espace propice à la réflexion et à l’imagination. José Pliya et Vincent Byrd Lesage nous offrent une lecture qui nous interroge, nous pousse à réfléchir à la question du « vivre ensemble », et nous touche. ¶
Sarah Irion
Les Trois Coups
De la race en Amérique, de Barack Obama
Traduction : Gilles Berton, Vincent Byrd Lesage et François Clémenceau
Direction : José Pliya
Avec : Vincent Byrd Lesage
Lavoir moderne parisien • 35, rue Léon • 75018 Paris
Réservations : 01 42 52 09 14
Vendredi 9, samedi 10 janvier 2009 à 19 h 15, dimanche 18 janvier 2009 à 15 h 30
Du dimanche 25 janvier au lundi 23 février 2009, à 15 h 30 les dimanches et 19 h 15 les lundis
Le mardi 20 janvier 2009 à 18 h 30 au Théâtre du Rond Point • 2 bis, avenue Franklin-Roosevelt • 75009 Paris (entrée libre)
Durée : 40 minutes
10 €
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