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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 18:25

Ils ont des résultats : tuons-les !


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Que devient le Studio-Théâtre d’Asnières ? Certains se souviennent peut-être du communiqué alarmant que cette compagnie nous fit parvenir en décembre dernier [voir ici]. Qu’en est-il aujourd’hui ? Pour le savoir, nous sommes allés à Asnières. Jean-Louis Martin-Barbaz étant cloué au lit avec une grippe carabinée, nous avons rencontré son codirecteur Hervé Van der Meulen. Nous prenons un café dans le hall du Studio-Théâtre tapissé d’affiches et de photos de ses nombreux spectacles passés et actuels. Fabrice Melquiot y côtoie Virginia Woolf, Labiche, Tchekhov et Howard Barker (« la Griffe »).

Les Trois Coups : Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous arrive ?

Hervé Van der Meulen : La D.R.A.C. (direction régionale de l’action culturelle) de Paris - Île-de-France menace de nous « dé-conventionner » par étapes. Notre subvention, déjà maigre au regard du nombre de gens qui travaillent ici, de nos 50 000 € annuels, passerait ainsi progressivement à zéro d’ici à 2012.

Les Trois Coups : Pour quelle raison ?

Hervé Van der Meulen : Au motif que les experts (jury d’une vingtaine de personnes représentant la profession, la presse et le public) n’ont pas aimé nos dernières réalisations : la Cerisaie et les 30 Millions de Gladiator, lesquelles ont pourtant reçu un très bon accueil.

Les Trois Coups : Qu’est-ce qu’on vous reproche ?

Hervé Van der Meulen : D’être « ringard ». Ce n’est pas formulé ainsi mais, entre les lignes, on sent qu’on fait figure de dinosaures ! Songez que nous prônons un théâtre accessible et de qualité : première faute. Que nous associons à cette entreprise un vrai centre de formation des jeunes comédiens : deuxième faute. Que depuis quinze ans nous avons créé dix emplois permanents administratifs et techniques, donné chaque saison du boulot à une cinquantaine d’intermittents et à vingt-cinq apprentis comédiens sous contrat (c’est-à-dire payés) : troisième faute. Et puis, qu’avec tout ça, notre audience augmente chaque année…

Les Trois Coups : Donc vos recettes.

Hervé Van der Meulen : Donc nos recettes bien sûr, mais pas en nous tournant les pouces ! En partant en tournée, en allant jouer dans les théâtres d’arrondissement (Silvia-Monfort, Théâtre-14), au Festival de Cormatin en Bourgogne, que nous avons créé dans une grange, où nous jouons chaque été devant plus de 10 000 personnes (voir photo) : quatrième faute. Et cela sans augmenter pour autant nos tarifs, qui restent les mêmes depuis trois ans. Alors que, vous l’avez sûrement remarqué, les prix tant des prestations que des fournitures eux, s’envolent ! Quel prix croient-ils que coûte, aujourd’hui, une simple ampoule de projecteur, nos « experts » ?! Ou l’impression et l’envoi des circulaires, des programmes, des dossiers et ainsi de suite ? Or, la place pour un lycéen reste, chez nous, à 8 € ! Cinquième faute. On nous reproche sans doute aussi d’avoir tissé un large réseau d’amis du Studio-Théâtre bien au-delà des limites d’Asnières, mais là encore grâce à un travail de fourmi en milieu scolaire, associatif et universitaire, à des partenariats avec d’autres structures, notamment le Théâtre de l’Ouest-Parisien de Boulogne-Billancourt : sixième faute. D’avoir doté d’ailleurs le conservatoire de cette ville d’une section théâtre, toujours grâce à l’énergie de notre équipe.

Festival de Cormatin (plus de 10 000 spectateurs)

Les Trois Coups : Vous avez l’air très remonté.

Hervé Van der Meulen : Parce que nous sommes victimes d’une injustice. Contrairement à ce que croient les experts, nos spectacles prennent des risques. À commencer par celui d’être compris. Je ne pense pas avoir, le moins du monde, édulcoré Labiche, bien au contraire. On vient me chercher des poux dans la tête parce que j’ai ajouté des parties chantées au texte et que, d’après le rapport, ce ne serait pas « pertinent ». Alors que Labiche lui-même avait proposé, à l’époque, à Offenbach de le mettre en musique ! Nous, plus modestement, nous avons demandé à Alain Jacquon, tout de même directeur du conservatoire régional de musique et concertiste de renom, de composer des airs joués en direct par des musiciens professionnels et chantés par ceux d’entre nous qui avaient une formation. Tous ces airs furent travaillés, dirigés par un chef de chœur et un chorégraphe. Tout le monde a trouvé ça très bien, sauf les experts. Même déception, vraie ou feinte, devant la Cerisaie, que Jean-Louis (Martin-Barbaz) a monté autant avec sa tête qu’avec son cœur. Jean-Louis est un grand tchekhovien, c’est presque le répertoire qui lui convient le mieux. Tout le monde a salué son travail.

Les Trois Coups : Même nous. J’ai sous les yeux l’article de Johanna Boudoux : « Tous font et défont la Cerisaie avec un égal talent, rare dans une troupe, surtout si nombreuse ! » Dix-sept, si je me souviens bien ? En 2008, on croit rêver.

Hervé Van der Meulen : Et pourtant non, vous ne rêvez pas. Ni nous ! Tout cela a bien sûr un coût. Il n’y a pas de « petit rôle », ni pour Tchekhov ni pour nous. Seulement, si on veut des bons comédiens, même dans les petits rôles, il faut les payer. C’est tout. C’est pour ça aussi que les spectateurs reviennent, ensuite, voir des choses moins évidentes. Parce qu’ils ont confiance. C’est ainsi que Nathalie Fillon a pu créer sa pièce Alex le grand. Qu’on aura cette année deux créations de jeunes compagnies : un Pinter dans une mise en scène d’Alexandre Zeff et un Mouawad dans une mise en scène d’Igor Mendjiski, tous deux anciens élèves du studio. Moi-même, je vais créer Vaches noires de Daniel Besnehard en coproduction avec le Nouveau Théâtre d’Angers, qui viendra aussi à Asnières.

« La Cerisaie » | © Philippe Guérillot

Les Trois Coups : Vous n’êtes apparemment pas les seuls à souffrir de restrictions. Rien que pour l’Île-de-France, on parle de baisses allant de 7 % à 70 % pour plus de 200 compagnies.

Hervé Van der Meulen : Oui, sauf que là, c’est 100 % qui sont programmés ! À moyen terme, ce qui est prévu c’est que le Studio-Théâtre d’Asnières devienne le problème de la mairie, de la région, des Hauts-de-Seine, du rectorat, bref de qui on voudra sauf de la D.R.A.C., pourtant notre partenaire naturel ! Nous n’ignorons pas les difficultés rencontrées par l’État. Mais là, on parle de survie. Sans son aide, c’est toute notre entreprise qui n’est plus viable. Alors qu’elle répond à des demandes. Des dizaines de milliers de spectateurs, qui nous suivent, encore une fois.

Les Trois Coups : Il a été question, dans certains cas, de « geler » les décisions pendant un an, pour voir.

Hervé Van der Meulen : C’est le pire de ce qui pourrait nous arriver ! Ce gel interromprait tous les cursus, les contrats de partenariat que nous avons avec les autres tutelles : l’Éducation nationale, le ministère du Travail, des postes fixes de jeunes qui arrivent à terme, etc. Sans parler du nombre et de la taille des spectacles, qu’il faudrait revoir. Ce serait une véritable catastrophe. La municipalité d’Asnières nous soutient, et pas seulement son nouveau maire Sébastien Pietrasanta (P.S.). Lors du dernier conseil municipal : 27 voix sur 27 se sont exprimées en notre faveur, toutes sensibilités confondues. Mais enfin, il ne serait pas juste, ni « normal », qu’une structure régionale de notre rayonnement ne soit pas du tout aidée par l’État ! Une compagnie de théâtre, ce n’est pas une entreprise « comme une autre ». Encore moins quand elle s’est dotée d’une véritable école de théâtre, qui débouche sur des vrais emplois. Tout le contraire de l’habituel « miroir aux alouettes » que la D.R.A.C. dit « vouloir combattre » ! Je me dis parfois qu’on devrait même nous citer partout en exemple. Au lieu de ça, on veut au contraire nous voir disparaître. Pourquoi ?

« les Trente Millions de Gladiator » | © Lot

Les Trois Coups : Je vois sur la liste des gens qui ont signé la pétition en faveur du Studio-Théâtre : Marie-Christine Barrault…

Hervé Van der Meulen : C’est la nouvelle présidente des Amis du Studio.

Les Trois Coups : Ariane Ascaride… Susana Lastreto… C’est assez large comme éventail de sensibilités.

Hervé Van der Meulen : Oui, je vous le répète, c’est unanime : tout le monde trouve aberrant cet abandon en cours de route d’une expérience qui marche ! Cela va de Hugues Gall, ancien directeur de l’Opéra de Paris, personnalité plutôt de droite, à Pierre Joxe ancien ministre de Mitterrand. Beaucoup de gens ont signé parce qu’ils voient dans ce qui nous arrive le symbole d’un malaise.

Les Trois Coups : Oui, je vois entre autres Alain Françon du Théâtre national de la Colline, Laurent Terzieff, Laurent Pelly du Théâtre national de Toulouse, Nicolas Briançon, Daniel et William Mesguich, Richard Martin du Théâtre Toursky à Marseille, Étienne Bierry, Gérard Caillaud, Jean-Christian Grinevald, Colette Nucci du Théâtre 13, Serge Lipszyc, Marie-Lise Fayet du Théâtre Victor-Hugo de Bagneux, François de Mazières maire de Versailles, Gilles Guillot du Théâtre du Barouf, Fabio Alessandrini… Beaucoup de gens du Français aussi : Sylvia Bergé, Dominique Costanza, Judith Chemla, Christian Blanc, Christian Cloarec, Madeleine Marion, Claude Mathieu, Hervé Pierre, Catherine Salviat, Michel Vuillermoz… Vous en êtes à combien ?

Hervé Van der Meulen : Près de 3 500.

Les Trois Coups : Ça commence à faire beaucoup de monde.

Hervé Van der Meulen : En effet, et ce n’est pas fini. Nous en recevons chaque jour des dizaines. D’ailleurs, ceux de vos internautes qui voudraient les rejoindre peuvent encore le faire. Je les en remercie par avance.

Les Trois Coups : Et moi je vous remercie de nous avoir reçus.

Propos recueillis par

Olivier Pansieri


Comment les joindre :

www.studio-asnieres.com

Par téléphone : 01 47 90 95 33 (du lundi au vendredi de 10 heures à 13 heures et de 14 heures à 18 heures, ou sur répondeur)

Par courrier : Studio-Théâtre • 3, rue Edmond-Fantin • 92600 Asnières

Par courriel : info@studio-asnieres.com

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