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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 16:32

Une gourmandise


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Présente tout au long de cette saison au théâtre L’Élysée, la compagnie Les Sept Sœurs nous dévoile ces jours-ci une autre de ces nombreuses facettes avec « Réalisme », d’Antony Neilson, dans une drôle et talentueuse mise en scène signée Catherine Hagreaves. « Réalisme » ou comment rire avec le pire de soi, avec le quotidien vu de l’intérieur.

Réalisme est la tentative d’appréhender la banalité et le quotidien dans ce qu’ils ont de plus insoupçonné, c’est à dire leur caractère drôle jusqu’à en devenir jouissif. Le principe est simple : Réalisme ne nous conte rien d’autre que la journée d’un homme qui se réveille à l’issue d’une soirée visiblement arrosée et qui décide de ne rien faire. Voici en substance le sujet de cette pièce consacrée aux pérégrinations mentales de Frédéric Bévérina, dit « Fred », personnage principal, antihéros par excellence, que l’on suit et auquel on s’identifie le temps d’une pièce en forme de journée.

Si le réalisme ne se trouve pas à l’intérieur de la boîte crânienne de notre protagoniste, il se manifeste peut-être dans le décor qui n’est autre que l’intérieur d’un appartement ban(c)al, le mien, le vôtre, celui d’un jeune  célibataire avec un lave-linge qui trône au centre, un canapé, table et chaises, bouilloire… objets du quotidien qui constituent autant d’éléments d’un tout. Ce réalisme est pourtant apparent, car viennent s’ajouter au mobilier de nombreux éclairages provenant du téléviseur, des diverses entrées et sorties qui s’allument ou clignotent, donnant parfois à la scène des airs du film Poltergeist.

Réalisme est bien évidemment une comédie, qui loin de se contenter d’être drôle, témoigne d’une pertinence rare. Les scènes d’humour s’enchaînent, elles sont composées de moments un peu potaches et de répliques de tous les jours, qu’on se surprend à dire ou à penser. Le réalisme bascule très vite dans le surréalisme lorsqu’on aborde la vie intérieure du personnage emplie de moments de vie fantasmés, rêvés. Touche-à-tout, cette mise en scène fait également la part belle à la musicalité sous forme de véritables zappings musicaux où se côtoient des classiques de la publicité, mais également sous forme d’un spectacle chorégraphié (rappelant les shows de Britney Spears ou de Madonna), durant lequel les comédiens deviennent de véritables sex-symbols.

Les sept interprètes présents sur scène jouent de leurs particularités et incarnent tour à tour avec justesse le bon pote un peu loser sorti des années 1980, bombers Waikiki, jean clair, baskets Pump, nuque de rigueur. La mère compréhensive, quant à elle, est l’incarnation parfaite de la morale. Il y a aussi les amis, l’homosexualité latente, les petites amies officielles ou officieuses. Ces divers portraits faits de clichés se succèdent dans un univers que l’on a déjà l’impression d’avoir vu et surtout vécu. Les glissements du réel à la fiction sont continus et on ne sait jamais trop si ces portraits existent ou bien s’ils sont sortis de l’esprit de Fred, en proie à un désordre intérieur.

Telle est la force de Réalisme : le quotidien, ce qu’il a de reconnaissable, ce à quoi on ne cesse de s’identifier, appréhendé au niveau le plus juste, le plus navrant aussi. En effet, Fred est un peu chacun de nous, partagé entre les liberté individuelles et les lois antitabac, peu certain de comprendre les tenants et aboutissants de l’actualité géopolitique… un peu beauf à certains moments, capable de passer une journée à manger des Choco pops en pyjama. Pourtant cette journée mentale que nous vivons à ses côtés semble plus agitée que n’importe quelle journée qui se voudrait exceptionnelle.

Ainsi, on peut dire de cette mise en scène de Réalisme qu’elle est semblable à une gourmandise dont on ne se lasse pas. On savoure ce spectacle pendant plus d’une heure trente, on se désole au moment des applaudissements et on se dit qu’on aimerait revoir cette pièce dès le lendemain pour rire une nouvelle fois du quotidien. 

Élise Ternat


Réalisme, d’Antony Neilson

Traduction et mise en scène de Catherine Hargreaves

Compagnie Les Sept Sœurs

Contact : 04 78 30 66 96

chargreave@numericable.fr

Avec : David Bescond, Frédéric Beverina, Estelle Clément-Bealem, Laure Giappiconi, Thomas Poitevin, Florent Vivert

Scénographie : Kim Lan N’Guyen-ti

Lumière : Fabrice Guilbert

Son : Louis Dulac

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Tram-métro : Guillotière

Réservations : 04 78 58 88 25

Du 13 au 17 et du 20 au 24 janvier 2009 à 19 h 30

Durée : 1 h 40

10 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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