Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 13:56

Dream a little dream

 

Il y a ceux qui ont vu la pièce, ceux qui ont visionné le film, et enfin ceux qui découvriront au Vingtième Théâtre ce petit bijou de Jonathan Harvey, dans une mise en scène honorable de Kester Lovelace. Malgré les petites imperfections d’une adaptation qui gagnera à se roder, « Beautiful Thing » comporte du charme, de l’émotion, du bonheur… Alors, ne boudons pas notre plaisir en le dégustant. Et laissons-nous aller à rêver devant ce conte de fée urbain.

 

C’est une bien belle pièce que nous donne à voir Kester Lovelace, pour la première fois en France, sur une traduction originale de Pascal Crantelle, après une création au Bush Theatre de Londres en 1993, adaptée en téléfilm par l’auteur lui-même en 1995.


Certains spectateurs trouveront peut-être que le jeu des acteurs manque de rythme et de talent. Mais c’est faire bien peu de cas du potentiel d’une adaptation qui peut s’affirmer, se roder et surtout du choix – pertinent – du metteur en scène de confier les rôles des trois jeunes adolescents Leah, Ste et Jamie à de jeunes comédiens (un peu inexpérimentés mais qui restent touchants dans leur rôle d’ado pressé et maladroit), à côté de plus aguerris. Les pointilleux trouveront parfois quelques gênes dans une traduction qui a transposé pourtant dans un français aux accents argotiques toute la verve et l’humour so british du texte original (mais comment traduire « River Queen » ?).


Cette pièce nous replonge dans l’ambiance des années 1990, avec la touche nostalgique apportée par la musique des Mamas & Papas, dans une mise en scène très fidèle à Hettie Mac Donald, qui monta la première pièce et réalisa le téléfilm. Ainsi la plupart de ceux qui verront cette pièce ne viendront pas en terrain inconnu tant l’adaptation londonienne et surtout le film ont ravi le public.


© Matthieu Salas


À Thamesmead, une morne banlieue du sud-est de Londres, deux copains découvrent les premiers émois adolescents : Jamie (Matila Malliarakis) est coincé entre le collège qu’il sèche (surtout le football) et une mère omniprésente qui collectionne les copains ; Ste (Ivan Cori) est un garçon plus discret, plus sage aussi, mais qui peut difficilement cacher qu’il est le souffre-douleur de son père et de son grand frère, alcooliques et violents.


Révélation d’un corps à apprivoiser (l’un est un adolescent battu), de la sexualité, mais aussi de sa propre étrangeté quand Ste et Jamie découvrent leur attirance mutuelle… cette pièce est bien moins légère et fleur bleue qu’il n’y paraît. Elle fait primer l’élan amoureux sur les catégories qui classent les êtres en fonction de leur orientation sexuelle et ne fait pas de la différence quelque chose de monstrueux.


Elle offre enfin deux superbes rôles à Tadrina Hocking et Aude-Laurence Clermont. Tadrina Hocking campe une Sandra drôle par ses expressions mal à propos, serveuse vulgaire et superficielle, qui se révèle une mère de grande sagesse, pleine de délicat respect pour son fils Jamie et pour celui qu’il aime. Aude-Laurence Clermont incarne leur jeune voisine Leah, marginale, expulsée du lycée, droguée, qui se prend pour Cass Elliot et fait du gringue appuyé à tous les hommes qui passent. De loufoque voire délirante, elle se révèle la plus sûre alliée des deux amoureux, dépassant sa déception de ne pas être aimée de Ste.


La présente interprétation a su faire de cette pièce un huis clos, loin des grands ensembles bétonnés du film : tout se joue sur le palier de trois appartements, où le monde extérieur n’entre que par échos, où tous se croisent, se supportent et finalement se rencontrent. Et ce n’est plus sur une place publique mais sous une boule disco que se conclut la scène finale : les deux couples (celui de Jamie et Ste, et celui – solidaire – de Sandra et Leah) s’enlacent, indifférents au mépris ou à l’assentiment de leur public. Tant il est vrai que le bonheur a raison de se moquer des persifleurs. 


Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Beautiful Thing, de Jonathan Harvey

Mise en scène : Kester Lovelace

Assistante à la mise en scène : Amandine Raiteux

Traduction : Pascal Crantelle

Avec : Aude-Laurence Clermont (Leah), Ivan Cori (Ste), Tadrina Hocking (Sandra), Simon Hubert (Tony), Matila Malliarakis (Jamie)

Scénographie et communication graphique : Samuel Aden, Anthony Fabre

Costumes : Stéphane Puault

Lumières : Richard Brousse

Dramaturgie : Joëlle Aden

Bande-son : Mehdi Bourayou

Préparation physique et vocale : Marion Denys

Assistante costumière : Céline Curutchet

Accessoiriste : Kim Albracht

Vingtième Théâtre • 7, rue des Plâtrières • 75020 Paris

Réservations : 01 43 66 01 13

Du 9 janvier au 1er mars 2009, du mercredi au samedi à 21 h 30, dimanche à 17 h 30

Séances scolaires les 30 janvier et 6 février 2009 à 14 h 30

22 € | 17 € | 12 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher