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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 22:53

Une femme, une parole, une certitude

 

C’est à un « Stabat mater » un peu particulier que nous convie Anne Conti à la Maison de la poésie, à Paris, en ce début d’année. Le « Stabat mater » est un poème latin médiéval chanté, souvent considéré comme l’expression classique d’une forme de piété, empathique et émotive, caractéristique de la fin du Moyen Âge. Il évoque la souffrance de Marie lors de la crucifixion de Jésus-Christ. Ici, il s’agit d’un « Stabat mater » moderne, parole de femme traitant de la guerre et des souffrances profondes qui y sont liées, mais aussi de la colère et de la détermination. Un cri sans bruit, une parole sourde, la justesse est au rendez-vous. Les mots s’ouvrent à nous et font éclore leur sens plein d’espoir.

 

Stabat mater furiosa, c’est tout d’abord la pénombre. Une pénombre d’apparence tranquille, d’où sort un corps de femme. Tout simplement, on vient nous parler au micro. Stabat mater furiosa, c’est tout d’abord une voix qui se fait entendre, des mots qui viennent à nous dans la plus grande des simplicités. Comme un geste anodin. Une parole emmerge de l’obscurité comme la lumière de l’espoir vient poindre dans les moments de grande souffrance.


Puis la lumière se fait sur cette femme qui nous parle. Ce qu’elle nous dit n’est pas concret et pourtant ô combien réel. Ses mots pénètrent en nous avec la plus grande évidence sans aucune résistance. Cette poésie, celle de Jean-Pierre Siméon, nous atteint comme un langage universel. On écoute. On écoute parce qu’on sait nous parler. Elle sait nous parler, cette femme. Certes, les mots sont bien choisis. Mais elle sait. Elle sait être. Elle sait être là. Être là avec cette nécessité de se faire entendre. De faire entendre sa prière. Parce que ce qu’elle a à nous dire est plus important que tout. Et elle le sait. Elle le sent. Elle le porte avec elle. Elle, ce n’est autre que la comédienne Anne Conti. Incroyable présence, entièrement au service du texte de Jean-Pierre Siméon.


Un texte qu’elle a su porter au-delà d’elle-même. Et par des choix de mise en scène et par des élans d’interprétation, entièrement assumés. Sur cette scène dénudée, et structurée comme pour un concert, Anne Conti nous donne à voir et à entendre toute la nécessité et l’engagement de la non-violence. Ses partis pris de conception et de mise en scène nous offrent une incroyable intensité de sa parole et de son engagement. Elle nous fait entendre, et nous ne pouvons plus faire autre chose que d’écouter. L’écoute la plus profonde. Ses choix et son interprétation sont justes face aux propos qu’elle a choisis de porter sur une scène.


Enfin, cette musique, qui s’immisce par moments comme pour élargir la portée de sa parole, est elle aussi tout simplement à propos. D’ailleurs, ce Stabat mater est si justement opportun aujourd’hui et trouve un écho tellement profond dans l’actualité internationale ! Anne Conti nous ravit par son énergie, si pertinemment offerte à une noble parole. Nous ne pouvons que l’accueillir avec la plus grande évidence au fond de notre âme. Les mots sont vrais et la cause est forte. Ce Stabat mater est bien construit, avec un parti pris très contemporain, intéressant et bien mené. 


Angèle Lemort

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Stabat mater furiosa, de Jean-Pierre Siméon

Compagnie In extremis • 25, rue Kléber • 59260 Hellemmes

inextremis59@voila.fr

www.in-extremis.eu

Conception : Anne Conti

Direction d’acteur : Patricia Pekmezian

Avec : Anne Conti, Rémy Chatton (cordes) et Vincent Le Noan (percussions)

Son : Rémy Chatton

Musique : Rémy Chatton et Vincent Le Noan

Lumière : Stéphane Zuliani

Costumes : Catherine Lefebvre

Maison de la poésie • passage Molière au 157, rue Saint-Martin • 75003 Paris

Réservations : 01 44 54 53 00

www.maisondelapoesieparis.com

Du 8 janvier au 1er février 2009, du mercredi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures, grande salle

Durée : 1 heure

20 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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