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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 17:46

Courez-y !


Par Maud Sérusclat

Les Trois Coups.com


Ce soir-là à Lyon, la grande salle du Théâtre des Célestins réservait à son public un spectacle de choix et fort attendu. Il s’agissait d’un duo de choc, composé des talentueux et non moins célèbres Jacques Gamblin et François Morel, qui interprétaient « les Diablogues » de Roland Dubillard, qui a d’ailleurs reçu le molière du Meilleur Auteur pour cette pièce en 2008. Du lourd, donc. Et je n’ai pas été déçue !

Pour ceux d’entre vous qui ne connaîtraient pas la pièce, une petite explication de texte s’impose. Tout le monde s’accorde à dire qu’un « dialogue » est l’échange, entre plusieurs interlocuteurs, d’une suite de répliques. Synonyme possible : discussion, conversation. Un « diablogue » fonctionne de la même façon, sauf qu’il met en scène le moment précis où la conversation débloque, déraille, délire. Le « diablogue » devient alors le double absurde du dialogue.

Nous avons tous vécu ces instants surprenants, voire poétiques, au cours desquels – on ne sait comment ça nous vient – nous employons des métaphores et autres circonlocutions obscures pour éclaircir nos propos, parce qu’on s’est rendu compte que l’autre, celui à qui l’on s’adresse, ne nous comprend pas. Tenez : par exemple, pour expliquer ce qu’est « la montagne » à quelqu’un qui vient du littoral, vous n’hésiterez pas, comme Dubillard, à la comparer à un « tas de baleines anguleuses » qui regorge de « coins ». Évidemment.

Les Diablogues étaient à l’origine des sketchs radiophoniques et ont été adaptés à la scène en 1975. Il s’agit donc de plusieurs conversations folles qui traitent de divers sujets du quotidien comme les médicaments, la musique, la géographie ou l’art. Tous très bien écrits, ces dialogues insolites ne se contentent pas d’être drôles, ils sont subtils et surprenants. Les mots rebondissent alors qu’on ne s’y attend pas, ils fusent çà et là, et n’atterrissent pas où on l’imagine, à la manière d’une balle de ping-pong énergiquement lancée. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le spectacle s’ouvre sur ce sketch.

« les Diablogues » | © Philippe Delacroix

Mais une suite de sketchs, si drôles soient-ils, ne suffit pas à mon sens à faire un spectacle. Les Diablogues le sont pourtant et pas des moindres. Car Anne Bourgeois, metteuse en scène, a opéré un choix judicieux et très cohérent parmi les dialogues, et elle est parvenue ainsi à souligner un aspect essentiel de la pièce. Ces conversations incongrues sont aussi (et surtout !) l’occasion de réfléchir sur le monde, nos mots, nos ego et nos douces angoisses existentielles.

Et, pour jouer cette partition délicieuse, qui d’autre que ces deux comédiens au charisme fou, à l’univers particulier et au talent reconnu ? Gamblin et Morel sont extraordinaires, ils confrontent leur vision du monde avec humour et tendresse. Ils nous communiquent leur complicité avec une grande générosité. Ils n’hésitent pas à explorer tous les registres du comique et ne manqueront pas de vous faire mourir de rire.

Ce soir, les Diablogues que j’avais lus sont devenus un très beau spectacle. C’est-à-dire un spectacle simple, sans artifice de mise en scène ou trouvaille signifiante particulière. Un spectacle rare parce que sa poésie repose presque uniquement sur un vrai beau texte et sur le jeu de deux grands acteurs qui, s’ils glosent dans la pièce sur l’ennui de l’existence, sauront vous faire sentir pendant une heure trente qu’elle sait parfois être douce et légère. Ça valait bien un Molière ! 

Maud Sérusclat


Les Diablogues, de Roland Dubillard

Mise en scène : Anne Bourgeois, assistée de Marie Heuzé

Avec : Jacques Gamblin et François Morel

Costumes : Isabelle Donnet

Décor : Édouard Laug

Lumières : Laurent Béal

Son : Jacques Cassard

Directeur technique : Pascal Araque

Régisseur lumière : Guy Bourboulon

Régisseur son : Guillaume Duguet

Régisseur plateau : Sébastien Struck

Coproduction : Théâtre du Rond-Point Paris, Félix Ascit, Les Productions de l’Explorateur, La Coursive, scène nationale de La Rochelle

Théâtre des Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon

Réservations : 04 72 77 40 00

www.celestins-lyon.org

ou courrier@celestins-lyon.org

Du 7 au 18 janvier 2009 à 20 heures, dimanche 18 janvier à 16 heures et le samedi 17 janvier à 16 heures et 20 heures, relâche le lundi

Durée : 1 h 30

De 7,50 € à 32 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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