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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 16:48

En passant par la banlieue…

 

Certains metteurs en scène choisissent de raconter les histoires de dramaturges comme Shakespeare, Molière… D’autres se tournent vers une littérature moins connue du grand public et réussissent parfois à révéler sur la scène des auteurs talentueux. Ainsi, le metteur en scène Habeb Naghmouchin nous invite au Théâtre de la Boutonnière à découvrir « Boumkœur », le premier roman de l’écrivain Rachid Djaïdani, paru aux éditions du Seuil en 1999. C’est avec intelligence et poésie que l’auteur nous propose de regarder la banlieue sous un angle différent. Car, si celle-ci fait beaucoup parler d’elle pour des raisons qui ne la glorifient pas forcément, le spectacle de Rachid Djaïdani donne envie de la reconsidérer et surtout de continuer à l’écouter.

 

Dans une petite salle carrée qui ressemble plus à un garage aménagé en salle de sport qu’à une salle de théâtre, nous nous asseyons et attendons que les acteurs entrent sur le ring. Toutefois, ils ne vont pas mener un combat contre les spectateurs ni contre eux-mêmes. En revanche, ils vont se livrer à une lutte pour le droit d’exister. En effet, pour les deux personnages, ce droit fondamental passe par la liberté d’exprimer leurs rêves et leurs drames personnels, se voulant ainsi les porte-parole de toute une génération.

 

Car si Yazid, le plus jeune, sait bien que son histoire n’intéresse personne, il est certain qu’en écrivant celle de son quartier, il fera fortune. Cette idée est mal vue par les autres jeunes, qui lui tournent le dos sous prétexte qu’ici personne n’a besoin de jouer l’intellectuel. Pourtant, « Yaz » a envie d’y croire. C’est pourquoi il accepte le pacte de son seul ami, Grézi. Ce dernier doit livrer au jeune écrivain en herbe les petites histoires du quartier afin d’alimenter son récit. En contrepartie, lorsque l’argent coulera à flots grâce au succès du roman, Grézi empochera la somme nécessaire pour réaliser son rêve, c’est-à-dire partir à Los Angeles. Mais la réalité revient vite au galop, et les rêveurs tombent de selle en abandonnant derrière eux les illusions d’une vie rêvée.

 

© Lot 

 

Les protagonistes de Boumkœur utilisent la violence verbale et gestuelle. Néanmoins, celle-ci est libératrice et non pas destructrice. Aussi, cette langue qui est propre aux jeunes de banlieue, que Yaz et Grézi représentent, est une manière non pas de bafouer la langue française, mais plutôt d’être reconnu, d’exister par rapport à autrui et de s’exprimer d’une autre façon.

 

De cette manière, Rachid Djaïdani, arrive à donner au texte la respiration nécessaire au traitement du sujet. Et ce, grâce au balancement permanent entre langage poétique, qui fait penser au slam, et langage sans fioritures de la cité. Cet alliage confère à la pièce un ton à la fois léger et grave, efficace pour toucher un large public. En outre, pour interpréter ces personnages, il fallait deux acteurs à la hauteur du défi afin d’éviter la caricature. Tony Mpoudja et Salim Kechiouche réussissent facilement à nous transporter au-delà des murs de la capitale.

 

En tout cas, si tous les jeunes ont des rêves, si tous essaient de les réaliser, certains ont plus de facilités à les effleurer puis à les concrétiser. Sous la plume de Rachid Djaidani et sous les yeux des spectateurs, Yaz et Grézi prennent vie afin de nous rappeler que pas très loin de Paris toute une population demande à se faire entendre et à avoir une place pour, comme les autres, jouir des plaisirs de la vie loin de la peur et de la violence. Un spectacle d’actualité qui fait réfléchir sans pour autant être moralisateur. En un mot, un spectacle à ne pas manquer. 

 

Emily Lombi

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Boumkœur, de Rachid Djaïdani

Mise en scène : Habib Naghmouchin

Assistante à la mise en scène : Cédric Mérillon

Avec : Tony Mpoudja et Salim Kechiouche

Création costumes : Cécile Naghmouchin

Création lumière : Julien Kremesky

Graphisme : Vincent Pesci

Diffusion : Didier Moreau

Théâtre de la Boutonnière • 25, rue Popincourt • 75011 Paris

Réservations : 01 48 05 97 23

Du 6 au 31 janvier 2009 à 20 h 30, relâche les dimanche et lundi

Reprise :

Du 23 mars au 7 mai 2010, du mardi au samedi à 20 heures, relâche exceptionnelle le 1er mai 2010

Durée : 1 h 30

19 € | 10 € | 15 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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