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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 17:44

Gentleman Marlon

 

Rien n’est plus joyeux que d’aller au théâtre le 31 décembre, surtout pour assister au one-man-show comique « Solo » de Ged Marlon ! Une raison supplémentaire s’il en fallait : en ces temps de crise, bien des théâtres ne font pas flamber les prix. Le public ne s’y est pas trompé : la salle affiche complet, et les groupes d’amis, les familles et les solitaires arrivent au Petit Montparnasse, où toutes les places bénéficient d’une très bonne visibilité, pour déguster la dernière – de la saison parisienne – de Ged Marlon avant qu’il ne parte en tournée.

 

La palette de jeu et la connivence de Ged Marlon avec le spectateur se sont probablement forgées dès ses débuts dans le théâtre, quand il découvre le spectacle de rue avec une troupe d’amis, le Théâtre de la Marguerite, à Antibes. Survient, en 1978, sa rencontre avec Farid Chopel, donnant naissance au spectacle les Aviateurs, repris en 1995 au Théâtre Michel.


Il coécrit, met en scène ou joue de nombreux spectacles comiques, burlesques et visuels, parallèlement à son travail de comédien au théâtre et au cinéma. Entre autres choses, citons son one-man-show au Splendid, en 1990, avec le musicien Reinhardt Wagner, sous le regard complice de Jean-Michel Ribes, qu’il retrouve quelque temps après comme metteur en scène lorsqu’il interprète Brèves de comptoir.


En 2000, il crée au Théâtre du Rond-Point Un simple froncement de sourcils avec Luis Régo et Grégoire Œstermann, pièce reprise au Théâtre Montparnasse en 2004 avec Hubert Saint-Macary. En 2007, il interprète le rôle de Patrick dans la comédie marseillaise À la vie, adaptée du film de Robert Guédiguian par Jean-Louis Milesi, qu’il jouera à nouveau au Théâtre Mouffetard, à Paris, du 13 mai au 27 juin 2009.


Dans son one-man-show Solo, le comique Ged Marlon choisit la sobriété, parle de lui pour parler des autres, et fait confiance au contenu tacite du discours. Ce style s’accompagne d’une gestuelle parfaite et d’une maîtrise du temps redoutable.


Sur un joli plateau où domine une esthétique en noir et blanc de lignes, formes et volumes, l’artiste fait son entrée, en commençant par se moquer de son propre personnage, de son entrée en scène, de ses chaussures, de ses vêtements, de sa calvitie…


Les tableaux s’enchaînent sur des thèmes variés. En voici un échantillon. Détournement ou inversion du discours politique actuel, dans un sketch qui pourrait s’appeler « si l’on veut résorber la dette extérieure, dormons plus ! » et qui commence ainsi : « Un Français sur trois a du mal à s’endormir, et un sur deux à se réveiller. Après, il ne faut pas s’étonner de l’état de la France […] Remarquez, parmi ceux qui ont du mal à se réveiller, les deux tiers ont du mal à s’endormir… ».


Vient un fameux sketch désopilant où « M. Marlon » (prononcer Marlone) explique les pièges à éviter dans la dégustation d’un plateau de fruits de mer, pour répondre à la demande de conseil d’un dénommé M. Flandrin (on peut y voir un clin d’œil à la pièce de théâtre de Pierre Debauche, Flandrin acteur, acteur qui devient fou à cause du mauvais état de la planète).


Puis voilà Ged Marlon dans la peau du chasseur, le doigt sur la détente, qui vise et tire sur tout ce qui bouge, avant de conclure : « La chasse, c’est la détente ». Il poursuit : « Nous sommes tous des animaux. Donc on les aime. Il reste quelques divergences sur le temps de cuisson. ».


Et quand il parle des femmes ? Il les aborde exclusivement en chantant, dévoilant une voix de crooner et rappelant : « Évidemment, je ne me prends pas pour un chanteur, mais enfin ça ne m’a pas empêché de faire un C.D.… ».


Une bonne dose de dérision. Une balade surréaliste chez les tourteaux en thalasso ou les goujons pas couillons… Mais aussi un humour parfois teinté de noirceur, où l’ombre d’une société qui pourrait devenir folle, et qui est déjà devenue folle par le passé, n’est jamais très loin.


Ged Marlon s’exprime sobrement, jusqu’à sous-entendre les mots : il préfère nous les faire visualiser plutôt que de les prononcer tous, comme dans des « textes à trous ». Il remplace un mot par un mime, un échange de regards ou un silence, provoquant un suspens pendant lequel le spectateur complète la phrase dans sa tête. Et le sketch continue, ce qui crée un effet de temporalité rythmée : on joue avec le temps, on l’attend, il passe vite.


Facétieux, Ged Marlon nous piège aussi, nous poussant à la devinette d’un nom là où il n’y a rien à deviner. Ces ruses sont rendues possibles par le fait que l’acteur bouge et bouge bien, désarticulant savamment bras et poignets et jonglant avec ses pieds. Ainsi le corps ponctue le texte, et parfois l’écrit pour lui.


L’an dernier, son one-man-show lui a valu le prix de la S.A.C.D. (Société des auteurs et compositeurs dramatiques). Le spectacle part maintenant sur les routes de France : il passe peut-être à côté de chez vous, profitez-en ! 


Françoise Siri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Solo

Conception et réalisation : Marie Nicolas et Ged Marlon

Avec : Ged Marlon

Théâtre du Petit-Montparnasse • 31, rue de la Gaîté • 75014 Paris

01 43 22 77 74

Du 28 août 2008 au 31 décembre 2008

Dates et lieux de tournée :

– 17 mars 2009, chapiteau des Tréteaux de France à Montrouge (92)

– 2 avril 2009, espace Michel-Simon à Noisy-Le-Grand (93)

– 28 avril 2009, salle Jacques-Brel à Pantin (93)

– 7 mai 2009, salle communale à Onex en Suisse

– 11 mai 2009, Théâtre de Neuilly-sur-Seine (92)

– 1er juin 2009, festival Aux actes citoyens à Tromblaine (54)

– 2 octobre 2009, Théâtre Claude-Debussy à Maisons-Alfort (94)

– 3 octobre 2009, salle Gérard-Philipe à Lisses (91)

– 2 décembre 2009, espace Simone-Signoret à Vitry-le-François (51)

– 3 décembre 2009, Théâtre de Chaumont (52)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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