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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 00:16

Une comédie surprenante

 

C’est au Théâtre du Petit-Gymnase qu’a débuté le 28 décembre 2008 la pièce « Nous sommes une femme ». La salle est pleine, l’ambiance plutôt chaleureuse. Le public est prêt pour une comédie, il va falloir les faire rire. Et c’est effectivement ce qu’ils vont faire pendant une heure et dix minutes. Mais ce n’est pas tout, car le spectacle nous réserve encore bien des surprises.

 

La pièce commence sur un son : une femme aiguise son couteau. L’ambiance est sombre : quelques chandelles, un décor uniquement de noir et de rouge. C’est la première surprise : l’humour s’annonce grinçant. Le quiproquo de l’histoire est simple : Claude et Sacha, deux femmes, s’étant donné rendez-vous par Internet, pensaient toutes deux rencontrer un homme. Se trouvent alors face à face deux femmes que tout oppose. Claude, très sombre, à l’humour un peu sinistre, et Sacha, la petite midinette un peu niaise. Pour notre plus grand plaisir, le jeu des deux comédiennes accentue l’aspect cliché de leurs personnages. Mais, alors qu’on s’attendrait à un face-à-face brune-blonde classique, la situation est telle qu’on se demande si ça ne va pas se terminer carrément par un meurtre.


En tout cas, on se laisse prendre au jeu, car les répliques sont efficaces. En outre, les deux comédiennes, Séverine Delbosse (alias Claude) et Charlotte Matzneff (alias Sacha), tiennent impeccablement leur rôle. Grâce à elles, le spectateur oscille entre rire et inquiétude, la tension est palpable.


Peu à peu, on comprend que la question posée est la suivante : lorsqu’on confronte deux solitudes, que se passe-t-il ? Car la pièce parle bien de cela : la solitude. Si les deux femmes décident de passer la soirée ensemble, c’est avant tout pour ne pas être seules. D’ailleurs, la critique sociale est toujours très présente, et le spectateur est clairement visé. C’est effectivement un miroir face à notre propre solitude et à la manière de la tromper qui nous est tendu.



Le metteur en scène se sert des clichés. Ces clichés nous dirigent, comme dans la vie, vers un jugement trop hâtif. En réalité, peu importe le mode de vie choisi : à l’intérieur de chacun, il y a une part de rêve et d’espoir. Ici, le rêve est représenté par l’homme de la pièce, Camille.


Magicien et chanteur, ce personnage apporte une dimension poétique à la comédie. Lorsqu’il arrive, les deux femmes changent totalement de comportement. Comme si son arrivée enclenchait un bouton « séduction » : l’une ôte sa veste, l’autre devient plus douce. Ce judicieux retournement nous fait ressentir combien nous pouvons nous montrer ridicules lorsque nous cherchons à séduire.


Thierry Batteux a une présence étonnante. On comprend immédiatement qu’il est le mâle tant attendu. On sait qu’il bouleversera les deux femmes et qu’elles voudront le garder. Il est en effet beau et charmant. On se doute bien qu’il va tenter de nous séduire et, par esprit de contradiction, on n’a pas envie de se laisser prendre. Pourtant, il lui suffit de chanter et le public est sous son charme. Même si c’est un peu facile, ça reste efficace. C’est une des autres surprises de la pièce. Car si l’on prévoyait de rire, cette dimension poétique n’était pas pressentie et ajoute une forte note d’originalité.


Enfin, le texte caustique en fait une très bonne comédie. La mise en scène précise, où tout semble millimétré, joue clairement avec les idées reçues. Beaucoup de vérités dérangeantes, du rire et de la magie : de quoi séduire bien des spectateurs. Seul petit bémol : alors qu’on s’attend à plus de cruauté, la pièce reste assez gentillette. Car, si l’affiche nous annonce une comédie « psychosomatique », on a plutôt affaire à une comédie sentimentale. Qu’importe ! On passe assurément un bon moment. 


Lévy Blancard

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Nous sommes une femme, de Charlotte Matzneff et Jean-Philippe Draguerre

Le Grenier de Babouchka, compagnie de spectacle vivant • 5, rue de Visien • 92400 Courbevoie

01 47 88 99 17

info@legrenier.asso.fr

http://www.legrenier.asso.fr/

Mise en scène : Jean Philippe Daguerre

Avec : Séverine Delbosse, Charlotte Matzneff et Thierry Batteux

Décor : P. Batteux et J.-F. Coquery

Lumières : Simon Gleizes

Théâtre du Petit-Gymnase • 38 , boulevard Bonne-Nouvelle • 75010 Paris

Réservations : 01 42 46 79 79

Les samedi et dimanche à 18 heures, du 28 décembre 2008 au 15 mars 2009 (relâche exceptionnelle le 18 janvier 2009)

Durée : 1 h 10

18 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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