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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 17:08

Quand les marionnettes
font leur cirque


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Le festival MAR.T.O. s’est achevé en beauté au Théâtre de Vanves avec « Capharnaüm », une reprise des courts dialogues entre clown et objets « marionnettiques » présentés initialement en lever de rideau dans chaque salle des Hauts-de-Seine, où la manifestation s’est déroulée durant un mois. Un bouquet final réjouissant.

Cette 9e édition du festival MAR.T.O. (Marionnettes et théâtre d’objets pour adultes) a été particulièrement riche. À Antony, Bagneux, Clamart, Fontenay-aux-Roses, Malakoff et Vanves, on a pu voir des spectacles d’une rare puissance. Les Aveugles, la derrière création de Bérangère Vantusso, qui poursuit son questionnement sur notre désarroi face à l’inconnu, à l’inconcevable présence de l’homme sur terre, a ouvert la manifestation avec éclat.

Après Maeterlinck, Montaigne : du castelet au grand écran, le Sous-Marin jaune a investi avec insolence les Essais. C’est sans complexe que la marionnette s’empare de la littérature ou nous raconte les horreurs de notre temps. Tandis que l’inoubliable Kamp a traité du plus grand génocide de l’histoire, Court-miracles nous a parlé de monstruosité, d’héroïsme et de lâcheté à propos de la Grande Guerre. Du camp d’extermination au camp de rescapés.

Un autre spectacle, à la fois humoristique et cruel, a suivi, mais à la sauce manga cette fois-ci, avec Beastie Queen, encore du théâtre d’objets où tous les coups étaient permis (compagnie Aïe aïe aïe oblige !). Pour Arm, une recherche autour des nains de jardins, Mireille et Mathieu, à juste titre surnommés les « Punks du théâtre de marionnettes », ont, pour leur part, trituré des objets habilement recyclés.

Pour ce festival de haute tenue, cette thématique plutôt sombre a été traitée avec plus ou moins de gravité. Que les regards soient froids ou implacables, que l’humour ou la tendresse s’en mêlent ou pas, les positions des uns et des autres sont justes et signifiantes, les gestes toujours précis et les démarches intéressantes. La marionnette et le théâtre d’objets ne se suffisent pas de techniques éprouvées (de manipulation, mais aussi d’acrobatie ou d’autres arts circassiens). Ils gagnent à être servis par une vraie dramaturgie.

La diversité des esthétiques constitue un autre atout de taille, comme les figurines hyperréalistes d’Hotel Modern qui nous sidèrent littéralement, ou encore les étranges créatures du Boustrophédon, ces mutants qui survivent aux côtés de miraculés au corps amputés, la chair à canon. Ces créations, comme les cinq autres au programme, révèlent à elles seules la formidable créativité des formes animées qui peuvent aussi bien saisir le réel à bras le corps que manipuler la matière sensible de façon moins féroce.

Capharnaüm permet justement de clore cette programmation protéiforme exigeante sur une note plus légère. Depuis six ans, le festival débute en effet par des propositions singulières et ludiques destinées à mettre en appétit. Alain Gautré a alors rassemblé les courts numéros de clowns présentés en lever de rideau dans chaque salle pour en faire un spectacle. Intelligemment mis en scène, le plat prend ici une consistance roborative.

L’occasion nous est donc offerte de retrouver ou de découvrir de jeunes marionnettistes qui se sont essayés à la technique du clown. À l’issue d’un stage, des élèves sortants de la 7e promotion de l’École nationale supérieure des arts de la marionnette de Charleville-Mézières (E.S.N.A.M.) ont accepté de reprendre leur clown pour en faire un spectacle. Bobby Latex, Cyanolite, Greta, Neutrogena, Shnark, Spoutnik et Zonga sont tous très attachants, drôles bien sûr, mais aussi incroyablement performants dans cet art qui ne leur est pas si étranger.

Comme le précise bien Alain Gautré, « travailler à la fois clown et marionnette demande une dissociation permanente pour en assumer les enjeux respectifs. Ces arts voisins s’orchestrent comme une partition pour deux instruments : certaines techniques sont communes, mais il faut jouer simultanément un personnage fortement typé et des formes animées. Le but étant de se confronter à la double nécessité de faire rire et de faire rêver ». Double défi bel et bien relevé par ces jeunes qui ont vraiment plusieurs cordes à leur arc, comme ces deux clowns qui rivalisent d’ingéniosité pour sculpter toutes sortes de ballons sous les yeux fascinés des petits et des grands.

Dans son personnage de grand dadais, Yoann Pencolé est particulièrement doué. Il transforme sa table de petit déjeuner en terrain d’aventure avec un brio inégalé. Il déclenche l’hilarité. La jeune femme qui redonne vie à un gant abandonné maîtrise, elle aussi, une gamme très large d’expressions. C’est absurde et émouvant. La mise en scène exploite les talents de chacun : la qualité du regard pour l’une, l’inventivité des grimaces pour l’autre, la souplesse corporelle pour la majorité.

Après avoir fait connaissance avec les petits travers, les désirs, les angoisses de chacun, la créativité explose littéralement dans les duos, comme dans cette salle d’attente, où les tissus, qui servent à l’un pour sa rage de dents et à l’autre pour soutenir son bras meurtri, se transforment sous nos yeux pour renverser la situation. Un bouquet, qu’il soit composé d’une branche d’arbre ou d’une rose, devient prétexte à un autre numéro d’amour vache. Une feuille de papier et un crayon suffisent à un clown pour dialoguer avec les esprits. Et c’est à mourir de rire ! Un symbole, une photo, un ou deux objets plantent le décor. Grâce à une paroi, le petit groupe assure les transitions avec rigueur, ménageant un rythme soutenu. Dans la joie et un joyeux bazar comme l’indique son titre, Capharnaüm. Car, comme chacun sait, il suffit de peu pour qu’un clown se prenne les pieds dans le tapis ou tombe dans le panneau.

Quand les marionnettes font leur cirque, cela donne donc un réjouissant bric-à-brac de clowns confrontés à des objets bien identifiés mais parfois encombrants. Cette équipe à l’énergie débordante a du talent à revendre. Ils n’ont pas fini de nous épater. Ce spectacle a déjà été réservé pour une quarantaine de dates en tournée dans l’Est et en Belgique. À suivre, donc… 

Léna Martinelli


Capharnaüm

Institut international de la marionnette • 7, place Winston-Churchill • 08000 Charleville-Mézières

03 24 33 72 50

institut@marionnette.com

http://www.marionnette.com

Mise en scène : Alain Gautré

Assistante à la mise en scène : Juliette Belliard

Avec : Yngvild Aspeli, Mila Baleva, Polina Borisova, Perrine Cierco, Cécile Doutey, Yoann Pencolé, Pierre Tual

Musique : Pierre Bernert

Décor : Alain Tatinclaux

Conseiller ballons : Sigrid Lachapelle

Théâtre Jean-Arp • salle Panopée • 11, avenue Jacques-Jézéquel • 92170 Vanves

Réservations : 01 41 33 92 91

Dans le cadre du festival MAR.T.O.

Samedi 13 décembre 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 15

16 € | 12 € | 8 €

Tournée (sélection de dates)

– 20 décembre 2008 • La Comédie / Reims • www.lacomediedereims.fr

– 16 janvier 2009 • La Salamandre / Vitry-le-François (51) • www.scenelasalamandre.fr

– 18 et 19 février 2009 • Théâtre Salmanazar / Épernay (51) • www.theatrelesalmanazar.fr

– 21 mars 2009 • festival Les Giboulées / Strasbourg (67) • www.theatre-jeune-public.com

– 2 avril 2009 • Manège / Reims (51) • www.manegedereims.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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