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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 16:58

« Les Archers », une revue intempestive

à Marseille

 

Voilà une revue à fort tempérament ! Son nº 15 (déjà…) placé sous le signe du tam-tam par la préface de Richard Martin devrait combler ceux qui ont le rythme de vivre dans la peau.

 

Par temps de crise, ça a plus de prix qu’on ne croit de parcourir ces pages venues comme les acrobates d’un cirque qui dit le monde et son contraire. Parions que dans quelques siècles, si la terre en réchappe, des universitaires plancheront sur cette livraison de mots venus en automne 2008 de Marseille.


Oui, Marseille l’insaisissable est ici la source d’influence sans doute (un jour, promis, nous publierons un traité de marseillitude…), la première invitée, sûrement, à la faveur de trois poèmes inédits d’Axel Toursky, l’auteur de Ma destinée sachève à laube. C’est en effet le nom de ce poète, collaborateur régulier des Cahiers du Sud, qui fut choisi à sa mort en 1970 pour baptiser poétiquement ce théâtre si singulier, si atypique, logé dans des quartiers oubliés de la Belle-de-Mai pour mieux faire vivre la culture populaire. Or c’est bien le Théâtre Toursky qui abrite depuis près de dix ans la Revue des archers. Ainsi la boucle est-elle bouclée. Juste retour pour celui qui évoque les « totems dressés dans un hurlement de flèches ».


Marseille, ici, c’est aussi cette nouvelle saisissante de Jacques Lovichi, Rats, qui nous invite à un étrange aller-retour, dialogue fantastique entre le descendant du duc de Richelieu et les rongeurs aux yeux rouges. Lovichi n’a pas son pareil pour se faufiler entre Germain Nouveau et Alexandre Dumas. Et Marseille, comment ne pas la sentir à portée de cette mer où passe Edwige « sur les rochers, ses sandales à la main », dont on suit le destin dans la prose précise et souple, tout à la fois, que nous livre Françoise Donadieu ?


La Revue des archers posera évidemment des problèmes à ceux qui veulent établir des murs, classifier les parties du corps, ceux qui vous somment de choisir entre fromage ou dessert comme un choix de société… Elle est résolument bariolée, adepte des forts contrastes. En témoigne l’écart entre Requiem pour un miroir, le monologue extravagant de Jean-Pierre Cramoisan aux accents rabelaisiens, à la verve de tous les instants, à qui l’on doit également la peinture de couverture du numéro, et les abrupts poétiques des drailles de Jean-Louis Kerangueven. Ou encore la distance apparente entre le lyrisme communicatif de Dominique Larrieu (« j’ai usé mes yeux sur la ligne d’horizon ») et les insolites habitations langagières du personnage de Bran chez Dominique Sorrente (« La table n’était pas vraiment dans son assiette, ce soir-là »).


Quand Yves Broussard donne de la sobriété et de l’ellipse dans Debout dans la distance, on découvre avec un égal plaisir l’ample méditation sur les éléments de Laurence Millereau dans Chacun un davantage (« Et la lune me dit : je suis la Bienveillante »).


On notera aussi comme une évidence que la Revue des archers bouscule à souhait les frontières. Si le nuage de Tchernobyl ne s’est pas gêné, il y a vingt-deux ans maintenant, comment imaginer que la poésie ne donne pas le change ? Encore faut-il du discernement dans le choix des textes et des auteurs, ce qui est le cas ici. Preuve que le tempérament trempé et l’esprit de curiosité et de culture internationale peuvent faire bon ménage en la matière.


L’auteur chinois Cai Tian-xin, déjà remarqué dans le monde anglo-saxon, commence à peine à être lu en français, grâce aux traductions d’Anne-Marie Soulier ; l’écrivain belge Rose-Marie François poursuit une œuvre ample et exigeante. Andrea Moorhead, qui anime la revue Osiris, est une voix américaine ouverte à la poésie en langue française. Teric Boucebci œuvre assidûment en Algérie, notamment avec la revue 12 × 2 qui fait figure d’exception de l’autre côté de la Méditerranée. Autant de proximités que la Revue des archers a su nouer, qui nous rappellent que ce Marseille-là a le goût des rencontres d’un pays à l’autre.


Dans le feuilleton métaphysique d’Henri-Frédéric Blanc, le rédacteur en chef de la revue, on peut lire : « Le mystère est plus cru sous le soleil ». Eh bien, oui, allons-y. Il y a une belle collection de mystères dans ce nº 15, qu’on peut lire en piochant yeux fermés, comme en marche arrière, et même en se tenant sur un pied…


Rien de tel que la Revue des archers pour nous rappeler au désordre salutaire, en somme.

Valérie Brantôme


Recueilli par

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Revue des archers, nº 15

Éditions Titanic-Toursky • 16, promenade Léo-Ferré • 13003 Marseille

Courriel : revuedesarchers@gmail.com

Diffusion distribution : Difpop • 21, ter rue Voltaire • 75011 Paris

Tél. 01 40 24 21 31

Abonnement pour deux numéros : France 25 euros, étranger 35 euros

Prix du numéro : 15 euros

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Publié par Les Trois Coups - dans Livres | Revues | D.V.D.
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