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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 16:22

Noël et la magie du mythe

 

Ce n’est certainement pas un hasard si le « Mahabharata », grande légende indienne mise en scène et interprétée par Massimo Schuster, affiche complet en cette veille de fêtes…

 

Le Mahabharata, le plus grand poème épique jamais conçu par l’homme, participe, tout comme l’Iliade et l’Odyssée, de ces textes fondateurs qui relient un peuple à un passé mythique. Le Mahabharata, composé quelques siècles avant l’ère chrétienne est, avec le Ramayana, un des textes fondateurs de l’hindouisme. Dieux, héros, personnages mystérieux et emblématiques y racontent le mystère des origines, du pouvoir, du sacré.


Les mythes sont, depuis des millénaires, inhérents à l’équilibre de nos sociétés, à la cohérence de nos représentations collectives. Essentiellement, le mythe permet à l’homme de se représenter la justice, puisqu’il renvoit à son origine divine, sacrée. Il établit des interdits, définit les modes autorisés d’exercice de la violence, consacre des formes de pouvoir. Il fournit à chacun la matière concrète d’un imaginaire puissant, qui donne sens et vérité à chaque étape de la vie humaine. Il fournit également la matière d’un savoir encyclopédique, des connaissances sacrées et profanes.


En Inde, ces mythes sont restés présents au cœur de la société et de l’imaginaire collectif, et ne semblent pas faiblir face aux contradictions apportées par les modes de vie modernes et occidentaux. Pour preuve, le succès démentiel de la version télévisée en plusieurs épisodes du Mahabharata… En revanche, imagine-t-on les Français suivre une saga sur la guerre de Troie ou sur la vie de Jésus, à la place de Plus belle la vie ?


Le succés du Mahabharata de Massimo Schuster, à l’approche des fêtes, laisse pourtant à entendre que le besoin de sacré et de merveilleux est toujours aussi vivace. Dans un monde instable, déshumanisant, nombreux sont ceux qui cherchent la rassurante sécurité du mythe pour redonner sens et sûreté à notre monde.



Massimo Schuster, comédien, auteur, metteur en scène mais aussi marionnettiste, fait appel depuis plusieurs années au travail du formidable peintre et plasticien Enrico Baj. Dans les années cinquante, il fut une des figures de l’avant-garde, proche du peintre Yves Klein. Il fut également collaborateur de Man Ray, Marcel Duchamp, Pierre Alechinski, Hervé Di Rosa…


Pour le Mahabharata de Schuster, il a produit une série de vingt-quatre marionnettes aux lignes cubistes et dépouillées, qui interrogent la représentation du pouvoir et du sacré, soulignent le décalage ironique entre la dérision et l’héroïsme. Les fils de fer, boutons, fourchettes et autres matériaux de récupération forment des marionnettes jamais identiques. Elles évoquent le bric à brac des greniers, les bricolages de l’enfance, lorsqu’un simple bâton pouvait entraîner des jeux sans fin.


Schuster les manipule très peu, va à l’essentiel, s’inquiète surtout de l’occupation de l’espace. Un choix assumé, une volonté de souligner le pouvoir d’expression de la marionnette. Schuster entretient avec celle-ci un rapport d’égalité, il ne cherche pas à la plier à sa volonté, mais seulement, avec grand respect, à lui laisser l’espace pour exister. Notons que Schuster propose également une version contée, sans marionnettes, du Mahabharata avec le Grand Conte indien.


Massimo Schuster n’est rien moins qu’un très grand conteur, maîtrisant le souffle et la poésie du texte, incarnant ses personnages avec la plus grande délicatesse et, toujours, la distance nécessaire. Il offre une représentation étrange et décalée des personnages et des péripéties du Mahabharata. Mais son travail ne pourrait-il pas être un point de départ, une piste pour oser s’emparer un peu plus violemment du mythe, pour le dépecer, le renverser, l’interroger jusque dans ses profondeurs et ses moindres détails, mettre en question sa violence ?


Nous avons besoin des mythes, car nous ne pouvons vivre sans donner du sens et de la valeur à notre monde, sans établir la notion de justice. Mais le théâtre a aussi pour ambition de recréer et d’interroger en permanence l’imaginaire des mythes, afin de donner aux hommes la ferveur du lendemain, et pas seulement celle des jours passés… 


Diane Launay

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Mahabharata et le Grand Conte indien

Théâtre de l’Arc-en-Terre • 14, boulevard Boisson • 13004 Marseille

04 91 34 19 39 | télécopie 04 91 34 21 67

contact@arc-en-terre.org

Adaptation, mise en scène : Massimo Schuster et Francisco Niccolini

Jeu : Massimo Schuster

Marionnettes : Enrico Baj

Éclairages : Bertrand Mazoyer

Régie générale : Silvio Martini

Consultant sanskritiste : Gilles Schaufelberger

Consultante indianiste : Nora Schuster Kholi

Production Théâtre de l’Arc-en-Terre

Théâtre Sorano • 35, allées Jules-Guesde • 31000 Toulouse

Réservations : 05 34 31 67 16

www.theatresorano.com

Mahabharata, le 16 et 18 décembre 2008 à 20 heures

Le Grand Conte indien, le 17 décembre à 20 heures et le 19 décembre 2008 à 21 heures

Durée : 1 h 30

19 € |9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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