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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 20:33

Un grand désert narratif


Par Ingrid Gasparini

Les Trois Coups.com


Diling-Diling ! Une Mère Noël transgenre bat le rappel et distribue du vin chaud à l’entrée du Théâtre Marigny. L’idée est fort bonne et plutôt sympathique à l’image d’Édouard Baer, l’ex-enfant terrible de Canal+, qui présente son dernier spectacle « Looking for Mr Castang ». Mais la reprise prometteuse de ce qui s’annonçait être un voyage musical et spatio-temporel se transforme vite en un patchwork décousu. Les numéros, poussifs et sans saveur sont comme ce petit vin de Noël : ça se boit, mais attention à l’overdose de cannelle !

Luigi est un chef de troupe foutraque et un comédien hâbleur un peu auteur à ses heures (ça vous rappelle quelqu’un ?). À la fin d’une représentation, il est approché par l’un des plus gros magnats d’Hollywood pour jouer dans son prochain film « Tout pète à Bagdad ». Mais le nabab disparaît sans explication aucune et Luigi se lance dans une course poursuite effrénée, qui l’amènera aux quatre coins du monde. Cette fuite en avant apparaît très vite comme un prétexte pour croiser de drôles de personnages : un sage africain, un télé-évangéliste survolté, un dompteur de lune, un petit chien et son ostéopathe, et même Fernandel !

C’est brouillon. Sans doute parce que les numéros viennent s’empiler sans lien logique avec l’histoire. On a l’impression que le travail d’écriture se limite à un scribouillage improvisé sur les transitions et qu’il ne s’agit que d’une tentative de remplissage entre deux sketchs. L’aspect artificiel de cette démarche hautement assumée finit par lasser, et on a très rapidement le sentiment d’être pris en otage de cette logique. Pour résumer, Baer nous vend le florilège de sa tribu, les meilleurs gags et imitations de ses potes, avec en bonus une tirade d’Atmen Kelif en Cyrano. On cherche encore le rapport avec l’histoire.

L’idée était pourtant fort bonne : égrener des numéros de music-hall dans le canevas d’un road-movie sauce yankee. Le souci est que l’humour décalé de Baer finit par attaquer la crédibilité de l’histoire. Les comédiens préfèrent souvent commenter l’action plutôt que de la vivre. Ainsi le dandy coupe net un de ses confrères et lui jette un : « Est-ce que tu peux jouer plus juste… On est dans le VIIIe arrondissement quand même… ». Cet humour distancié a tendance à déprécier le jeu des comédiens et finit par désagréger l’attention du spectateur.

Quant à la mise en scène, elle s’enlise dans sa volonté d’utiliser des artifices à bon marché en clignant de l’œil. Le décor, volontairement bas de gamme, est composé de malles géantes de magicien sur roulettes. Un système de double fond permet aux comédiens de faire des entrées fluides et de changer de paysage en un claquement de doigts. Eux-mêmes n’y croient pas.

Évidemment, les rires fusent de temps à autre. Comment résister à la faconde illuminée de ce bateleur des temps modernes ? La séance de kiné canin et les bains de foule désespérés d’une rock star pathétique viennent compléter ce tableau avec allégresse. Bien sûr, on rit. Les gags potaches et les chansons parodiques forment même quelques rares oasis dans ce grand désert narratif. Édouard Baer, me semble-t-il, aime parler pour ne rien dire. Avec ce spectacle, il confirme cette tendance et nous livre un pâle bout-à-bout de sketchs de télévision. 

Ingrid Gasparini


Looking for Mr Castang, de et avec Édouard Baer

Mise en scène : Édouard Baer

Avec : Édouard Baer, Christophe Meynet, Alka Balkir, Fred Tousch, Atmen Kelif, Sylvain Granjon, Gérard Daguerre, Patrick Boshart, Adriana Pegueroles, Diane Bonnot, Arnaud Aymard, Saïdou Abatcha, Abdou, Solange Meurthelle

Théâtre Marigny • carré Marigny • 75008 Paris

Réservations : 0 892 222 333

Du 16 décembre 2008 au 10 janvier 2009, du mardi au vendredi à 20 h 30 et le samedi à 17 heures et 21 heures

Durée : 2 h 15

29 € | 39 € | 49 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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