Vendredi 19 décembre 2008 5 19 /12 /Déc /2008 17:21

Tennessee Williams revisité !

 

Hier soir au Théâtre des Marronniers de Lyon, on pouvait voir une représentation de la pièce qui a rendu Tennessee Williams célèbre en 1945, « la Ménagerie de verre ». Pièce de la cruauté par excellence, la Compagnie Le Songe d’une planche à vif nous en réservait une mise en scène surprenante et très rythmée.

 

La Ménagerie de verre raconte une histoire de famille terrible. Cela se passe aux États-Unis dans les années trente. Le père, travaillant à la Compagnie du téléphone s’est spécialisé dans les « longues distances ». Comprenez qu’il a fui sans laisser d’adresse et qu’il n’a envoyé qu’une carte postale en seize ans. Il a laissé ses deux enfants, Laura et Tom, entre les mains de leur mère Amanda, totalement détruite par l’échec de sa vie et littéralement terrifiante avec sa progéniture. Elle est folle, pour ne pas dire hystérique. Elle vit dans le souvenir de ce qu’elle a été, avant de le rencontrer lui, avant qu’ils existent eux.


Sous prétexte de leur permettre de vivre mieux qu’elle, elle les pousse, les secoue, les tiraille, les violente sans cesse. Tom rêve de partir, mais il fait son devoir et travaille dans l’entrepôt proche de chez eux, pour entretenir sa famille. Laura est une enfant fragile, « infirme ». Elle souffre d’un handicap que sa mère lui reproche de ne pas « compenser ». Elle est trop timide pour étudier et pour oser franchir le seuil de la maison. On lui cherche donc un mari, non sans peine, car elle semble dépourvue de « charme » selon sa propre mère. Ce trio infernal, rongé par les dévorants liens familiaux, rappelle par moments le théâtre de Lagarce, ou de Koltès.


Cette tragédie moderne aurait pu être pesante, on aurait pu passer une mauvaise soirée. Pourtant la pièce a été jouée de façon fraîche et légère, sans pour autant perdre son sens. Voilà le fruit d’un travail de mise en scène audacieux.


© Michel Cavalca


En effet, les trois jeunes comédiens sur le plateau intimiste du petit Théâtre des Marronniers ont été plus que surprenants. D’abord parce qu’ils ont inventé une mise en scène décapante. Ils s’échangent les rôles au fil de la pièce avec finesse et humour. Notez qu’il est assez drôle de voir une mère folle à lier mesurant 1,90 m en robe pailletée se caresser la barbe en plein repas de famille. Un quatrième personnage intervient au moyen d’un écran de télévision, nonchalamment posé au centre de la scène.


Cet écran montre d’abord une vidéo des animaux du parc de la Tête-d’Or, de « la ménagerie » que les Lyonnais connaissent bien. Puis elle se transforme en personnage à part entière. Je trouve souvent ce genre d’effet artificiel et ennuyeux. Cela n’a pas été le cas ce soir parce que le montage vidéo est pertinent et drôle, et que le comédien qui apparaît à l’écran est tout aussi méritant que les trois autres. Car c’est la force de ce spectacle. Les jeunes comédiens de la Compagnie Le Songe d’une planche à vif sont incroyables.


Ils sont jeunes, ils sont frais, ils sont beaux, ils sont inventifs et, surtout, ils sont bourrés de talent. Ils sont capables de jouer tous les rôles, de varier les registres, d’être drôles et tragiques. Ça peut en agacer certains. Tout comme le côté un peu festif du spectacle, ça a parfois des allures de spectacle de fin d’année. Moi, j’ai été séduite par leur audace, par leur exigence de qualité malgré des moyens modestes et par le fait qu’ils ont su me communiquer leur plaisir d’être là, ensemble, ce soir. Ce sont de grands jeunes comédiens qu’il faut aller voir. Décidément, le Théâtre des Marronniers ne me réserve cette année que des bonnes surprises ! 


Maud Sérusclat

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Ménagerie de verre, de Tennessee Williams

Compagnie Le Songe d’une planche à vif

Mise en scène : Grégoire Blanchon, puis Alexia Chandon-Piazza et Clément Bondu

Avec : Leïla Anis, Thierry Jolivet, Clément Bondu, Grégoire Blanchon

Scénographie et son : Benjamin Gilbert

Lumières : Grégoire Cutzach

Régie : Xavier Davoust

Théâtre des Marronniers • 7, rue des Marronniers • 69002 Lyon

Réservations : 04 78 37 98 17

www.theatre-des-marronniers.com

Du 10 au 23 décembre 2008 à 20 h 30, le dimanche à 17 heures, relâche les 15 et 16

Durée : 1 h 10

14 € | 11,50 €| 10 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 3 commentaires
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Commentaires

Après la belle page que nous avons écrite ensemble Vincent, je vois que la qualité des Trois Coups va permettre à mes amis du Conservatoire d'en écrire d'autres aussi belles... Preuve une fois de plus de la qualité du journal...

Pour avoir vu le spectacle, je suis entièrement d'accord avec la critique, et si j'avais dû la faire, j'aurais tenu les même propos... Vincent, vous qui connaissez ma plume et mon ton direct, vous comprenez donc que je suis content de partager ce moment de vérité et d'intégrité avec vous, toute l'équipe des Trois Coups...

Bravo à toi Greg pour ta mise en scène, et bravo à tous, vraiment tous, pour le bonheur que vous nous donnez sur tous les plateaux du monde, car qu'ils soient de Théâtre ou de vie, c'est toujours la générosité qui vous définit.

Bises mon Grégoire, un grand salut amical à vous Vincent, et à très bientôt à tous...

Très sincèrement,

Arnaud.

Et allez vois La Ménagerie de Verre, ils le méritent, tous !
Commentaire n°1 posté par Arnaud AGNEL le 28/12/2008 à 23h50
Bien sûr, pas de souci.
Grégoire
Commentaire n°2 posté par Grégoire Blanchon le 24/12/2008 à 18h54
Bonjour.
Merci pour cette merveilleuse critique.
j'en suis très touché.
Si je puis juste me permettre, mon nom est Blanchon et non Planchon... pas de lien avec Roger.
Merci.
Salutations.
Grégoire
Commentaire n°3 posté par Grégoire Blanchon le 24/12/2008 à 18h25
Merci infiniment Grégoire.
J'ai rectifié la graphie de votre nom.
Si vous le permettez, je vais faire figurer votre appréciation dans notre livre d’or.
Bien à vous,
Vincent Cambier
Réponse de Les Trois Coups le 24/12/2008 à 18h45

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