Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 16:15

Polar absurde

 

C’est de cette manière que Serge Lalou, metteur en scène, définit « Page 157 » : un polar absurde. Drôle de définition. Drôle de définition pour une pièce plutôt indéfinissable, qui oscille légèrement entre théâtre et cinéma. « Page 157 » nous plonge dans un univers énigmatique, dans l’univers intrigant d’un dénommé Phil Légaré.

 

Cette pièce signe surtout la première apparition au théâtre – plutôt réussie – de Wilfried Romoli, danseur étoile du ballet de l’Opéra national de Paris. Wilfried incarne le rôle de Phil, un type sombre et mystérieux, au chômage depuis trois ans et récemment quitté par sa femme. Le danseur irradie la scène par sa grâce, sa présence. Son corps est extrêmement souple, réfléchi, contrôlé. Mais c’est un danseur qui sait aussi poser sa voix, être dans le rôle.


Ce que je regrette, c’est qu’il n’y ait pas eu de réelle évolution dans son personnage. On aurait aimé qu’il se dévoile au fil de la pièce, qu’il nous montre plusieurs visages. Mais cela n’est peut-être pas le parti pris du comédien, mais celui du texte ou du metteur en scène. Quoi qu’il en soit, Phil est sur la même cadence du début à la fin.


Grâce au superbe travail de Laure Lepelley (scénographe) et de Jeanne Lapoirie (lumières), nous avons réellement l’impression de pénétrer dans l’intimité de Phil, dans son petit appartement sans fenêtre, unique lieu de l’action. Les murs du théâtre sont recouverts d’images représentant un canapé, une bibliothèque… recréant ainsi à merveille l’intérieur chaleureux d’un appartement. Cela contraste avec une lumière de projecteurs très froide et qui donne un effet sombre, mystérieux, en accord avec le personnage de Phil.


Cette ambiance obscure permet également au frigo de se démarquer du reste du décor. Grand bloc lumineux, côté cour de la scène, c’est un personnage à part entière. Cassé depuis plusieurs jours, le frigo de Phil se met à lui envoyer des télégrammes. Mais c’est aussi et surtout de là que va sortir Héroïne, personnage échappé d’un best-seller policier. Situation pour le moins étrange. Phil reçoit ensuite chez lui une femme qui vient lui faire passer un entretien d’embauche. Enfin, sa voisine vient lui emprunter son aspirateur.



Phil se retrouve perdu au milieu de ces trois femmes. Réalité et fiction se mêlent et s’emmêlent : Héroïne se prend d’affection pour Phil et veut vivre avec lui dans la réalité, la femme de l’emploi se transforme en véritable enquêtrice et la voisine a l’impression de vivre dans un roman. Ces trois comédiennes, trois personnalités, savent s’imposer et occuper le plateau. Toutes les trois ont un jeu juste, efficace et pétillant.


Il y a aussi quelques touches d’humour, discrètes et bien placées. On en voudrait plus. Notamment avec l’enquêtrice, qui, je trouve, aurait pu être beaucoup plus loufoque. La comédienne Agathe Berman aurait pu pousser bien plus loin dans l’excentricité. On a l’esquisse du personnage, mais on a envie, on a besoin qu’elle en fasse plus. Qu’elle ouvre son jeu, qu’elle fasse de grands gestes, qu’elle parle plus fort… Bref, qu’elle soit plus théâtrale. Même remarque pour les autres, d’ailleurs.


C’est précisément cela qui donne un aspect cinématographique à cette pièce. L’atmosphère est très intime, les comédiens jouent comme pour une caméra. En outre, des noirs se succèdent souvent, à quelques secondes d’intervalle, servant d’ellipses à l’histoire, comme si l’on passait d’une séquence à une autre. Malgré tout, les comédiens transmettent bien le texte. Ils jouent ensemble, s’écoutent, et c’est agréable. 


Tatiana Djordjevic

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Page 157, d’Emmanuel Dupuis et Bruno Dallaporta

Mise en scène : Serge Lalou

Assistante à la mise en scène : Valérie Berman

Avec : Agathe Berman, Karine Huguenin, Claire Lise, Wilfried Romoli

Costumes : Valérie Berman

Décors : Laure Lepelley

Lumières : Jeanne Lapoirie

Musique originale et son : Baptiste Houssin

Théâtre Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

Du 17 novembre 2008 au 28 janvier 2009 les lundi et mardi à 21 h 30

Durée : 1 h 20

20 € | 15 € | 5 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher