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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 16:41

L’épure d’un geste


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


C’est à une expérience aux confins de la danse que nous a convié Raimund Hoghe au Théâtre de la Cité-Internationale. Servi par l’interprétation remarquable d’Emmanuel Eggermont, sa relecture du « Prélude à l’après-midi d’un faune » nous a transportés dans un univers poétique, mystérieux et emprunt d’une mélancolie secrète.

Après Sacre-The Rite of Spring (2004), Swan Lake, 4 Acts (2005) et Boléro Variations (2007), l’Après-midi constitue une nouvelle étape dans la recherche de Raimund Hoghe d’une danse qui allie à la simplicité la plus épurée la plus grande intensité possible. Le choix de la musique de Debussy et des Lieder de Gustav Mahler tirés de Die Kindertotenlieder et de Rückertlieder se révèle à cet égard particulièrement adapté : méditatifs, profonds, fluides, ils se prêtent à merveille au déploiement d’un corps qui part en quête de son propre mystère.

D’abord alongé sur scène, Emmanuel Eggermont semble peu à peu explorer, avec un sérieux dont seuls les enfants qui s’amusent sont capables, toutes les possibilités de son corps. Mouvements de bras, torsions du buste, déhanchements légers. Mains qui caressent le sol. Dans cette lenteur majestueuse et toujours mesurée, chaque geste prend alors un relief saisissant, comme si c’était la première fois qu’il s’effectuait sous nos yeux. Quelque chose d’aussi anodin qu’écarter les doigts nous frappe par sa beauté. Et le rythme du souffle devient partie intégrante de la danse.

© Rosa-Frank.com

Cet exercice aurait pourtant était vain si cette clarté, cette pureté n’avaient renvoyés qu’à elles-mêmes : nous n’aurions alors eu à faire qu’à une brillante démonstration de narcissisme scénique. Mais, tant grâce à la musique de Debussy et Mahler que par les interventions de Raimund Hoghe lui-même, qui montait sur la scène à intervalles réguliers pour y déplacer deux petits verres de lait, elles se déployaient dans une atmosphère de plus en plus mystérieuse. Pourquoi ? Vers quoi faisaient signe tous ces gestes ? À travers ce rituel étrange, l’espace de la scène trouvait sa structure et la chorégraphie son rythme, mais en même temps un abîme s’y creusait : comme si quelque chose d’essentiel y manquait. L’absente de tout bouquet dont parlait Mallarmé ?

Verra-t-on dans la séquence finale, quand le bossu et l’éphèbe se déplacent en miroir pour se retrouver face à face, le fin mot de l’énigme ? Ou se contentera-t-on de cette recherche du corps par lui-même, de la quête intime du mystère insondable de la présence ? Être vivant, debout, sous le soleil apollinien d’un après-midi estival ? Je ne trancherai pas. J’écrirai simplement, pour conclure, que le moment que j’ai passé en compagnie de Raimund Hoghe et d’Emmanuel Eggermont m’a marqué. Et là est sans doute la preuve de leur éclatante réussite. 

Vincent Morch


L’Après-midi. Un solo pour Emmanuel Eggermont, de Raimund Hoghe

Production : Cie Raimund-Hoghe

Coproduction : Festival Montpellier danse 2008 ; Théâtre Garonne (Toulouse) ; Theatre im Pumpenhaus Münster

Coréalisation : Théâtre de la Cité-Internationale ; Festival d’automne à Paris

Conception et chorégraphie : Raimund Hoghe

Danse : Emmanuel Eggermont

Collaboration artistique : Luca Giacomo Schulte

Lumière : Raimund Hoghe, Amaury Seval

Son : Frank Strätker

Musique : Claude Debussy, Prélude à l’après-midi d’un faune et autres, Gustav Mahler, Lieder

Théâtre de la Cité-Internationale • 17, boulevard Jourdan • 75014 Paris

Réservations : 01 43 13 50 50

Du 15 au 20 décembre 2008 à 20 h 30, relâche le mercredi

Durée : 1 h 15

21 € | 14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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Anonyme 20/12/2008 17:24

Voici un billet remarquable, sensible et profond, digne d'un quotidien national, alors que Libération et Le Monde ont été d'une médiocrité affligeante...Merci!

Les Trois Coups 20/12/2008 17:43


Merci infiniment.
Vincent Cambier


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