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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 17:23

Non à la liquidation
de la mémoire ouvrière !


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Le 7 novembre 2008, le Toursky à Marseille accueillait « Carmenseitas » d’Edmonde Franchi. Cette pièce retrace avec chaleur et respect la vie des cigarières de la Manufacture des tabacs dans le quartier de la Belle-de-Mai à Marseille. L’auteur réussit un tableau très émouvant tout en réalisant une œuvre de salut public.

Carmenseitas est construit comme une enquête documentaire pour (re)mettre au jour cinquante ans de vie à la Manufacture. C’est une investigation de la mémoire ouvrière pour en empêcher sa liquidation. La recherche opiniâtre des témoins est le corollaire de ce sauvetage mémoriel. À cet égard, il faut féliciter l’auteure d’avoir tenu tête à tous les vents contraires.

Emonde Franchi évite dans son écriture et dans son interprétation tous les pièges : vulgarité, simplisme réducteur, discours théorique ennuyeux, militantisme outrancier, romantisme béat de la travailleuse, qui auraient pu ternir Carmenseitas et en diminuer la portée. Au contraire, on lui sait gré de mettre sa vitalité débordante au service de la cause ouvrière, passablement oubliée aujourd’hui (les ouvriers, ça n’existe plus ?), du combat politique des femmes au travail, dures à la tâche et à la lutte, du sens collectif actuellement moribond.

À ce sujet, la pièce est aussi un coup de gueule douloureux et fraternel vers les jeunes générations, dorénavant plutôt démobilisées et grignotées par l’individualisme. Ainsi, Carmenseitas est d’abord une ode au courage, à l’humanisme, à l’espoir. En tout cas, pan ! dans le mille ! Par les temps politiquement corrects qui courent, ça requinque sec un spectacle de cette trempe.

La mise en scène d’Agnès Régolo est réglée comme du papier à musique. Cette femme-là a le sens du rythme et de la direction d’acteur chevillé au corps. Elle a le don d’éliminer le gras pour ne garder que la chair et le nerf.

Concernant les comédiennes, Hélène Force et Catherine Lecocq sont épatantes de crédibilité et d’humanité. Edmonde Franchi, elle, est une force qui marche. Sa présence convaincante est ourlée de truculence et de lucidité. Quant à Tania Sourseva, elle éclabousse le spectacle de son naturel et de sa sobre générosité. Cette femme est comme une évidence sur le plateau : elle l’habite comme si elle avait arpenté ce terrain et labouré ce terreau-là depuis toujours. 

Vincent Cambier


Carmenseitas, d’Edmonde Franchi

Mise en scène : Agnès Regolo

Arrangement musical, direction chant : Alain Aubin

Avec : Hélène Force, Edmonde Franchi, Catherine Lecoq, Tania Sourseva

Scénographie : Érick Priano

Costumes : Virginie Breger

Lumière : Richard Psourtseff

Son : Frédéric Peau

Théâtre Toursky • 16, promenade Léo-Ferré • 13003 Marseille

www.toursky.org

Réservations : 0820 300 033

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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