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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 11:24

Sobriété virtuose


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


Luc Bondy reprend aux Bouffes-du-Nord, dans le cadre du Festival d’automne, « la Seconde Surprise de l’amour » de Marivaux, déjà présentée l’an dernier aux Amandiers à Nanterre. Plus de vingt ans après « le Triomphe de l’amour » du même auteur, le plus européen des hommes de théâtre donne une véritable leçon de mise en scène, dans un spectacle qui tient toutes ses promesses.

Ce Festival d’automne finit sur un mode hivernal, mais il est encore possible de se faire plaisir en allant assister aux ultimes représentations de l’une des plus subtiles comédies de Marivaux. Soit une marquise et un chevalier. Elle est veuve, affublée de deux gêneurs : un prétendant et un pédant. Lui : un amant délaissé qui ne croit plus à l’amour et qui cherche auprès d’elle le réconfort de l’amitié. S’ensuivent tous les malentendus que l’on imagine et qui nous tiennent en haleine deux heures durant.

Contrairement à ce que l’on voudrait parfois nous faire croire, pas besoin d’une débauche de moyens pour réussir une mise en scène. Une robe noire, un portique lumineux, trois marches d’escalier, au sol deux diagonales. Ce marivaudage est traité avec un vrai sens de l’épure. Vu du balcon, les acteurs se déplacent comme sur un échiquier, pour une partie dirigée d’une main de maître, avec ses vainqueurs et ses vaincus.

On est au dix-huitième siècle, ou dans les années soixante, ou aujourd’hui. Peu importe : on est hors du temps. Jeu des amours-propres, narcissisme, peur de l’autre ou de son propre désir : sentiments de toujours, qu’analyse Marivaux avec une lucidité sans faille. On a l’impression que c’est cet intemporel des sentiments humains que Bondy a voulu représenter avec cette mise en scène géométrique, à la logique aussi rigoureuse et implacable que le texte.

« la Seconde Surprise de l’amour »
© Raphaël Pierre@Festival d’automne

Tout cela serait un peu glaçant et figé sans les valets qui, bien sûr, puisque c’est une comédie, s’aiment aussi et manipulent leurs maîtres. Bondy excelle dans la précision des déplacements. Symétrie des entrées et des sorties parfaitement orchestrées : Lisette et Lubin circulent, légers, bondissant, virevoltant autour de leur maître, qui eux semblent figés, perdus dans le labyrinthe de leurs sentiments. Ou comme hésitants, suspendus, sur le seuil de l’amour.

Dans cette pièce, les femmes ont le beau rôle. Marie Vialle convainc dans le rôle de la marquise, mais pas autant qu’Audrey Bonnet dans celui de Lisette, presque parfaite. Quant aux personnages masculins, tout en frisant parfois la caricature, ils sont irrésistibles de drôlerie, notamment  Micha Lescot qui réinvente le rôle du chevalier en dandy dégingandé et éternel adolescent.

Une certaine lenteur surprend au moment du dénouement. La nuit tombe, le cache-cache amoureux a pris fin, la cruauté nonchalante des aristocrates a éconduit les deux gêneurs. Les lignes tracées au sol se brouillent, comme la ligne de démarcation entre amitié et amour. « Je ne croyais pas l’amitié si dangereuse », constate la marquise. Le jeu est fini, l’amour a vaincu, les deux héros semblent K.-O. « Allons, de la joie ! », les rappelle à l’ordre Lubin. 

Fabrice Chêne


La Seconde Surprise de l’amour, de Marivaux

Mise en scène : Luc Bondy

Avec : Pascal Bongard, Audrey Bonnet, Roger Jendly, Roch Leibovici, Micha Lescot, Marie Vialle

Dramaturgie : Dieter Sturm

Assistanat à la mise en scène : Sophie Lecarpentier

Décor et lumière : Karl-Ernst Herrmann

Son : André Serrès

Costumes : Moidele Bickel

Maquillages, coiffures : Cécile Kretschmar

Collaboration artistique : Geoffrey Layton

Accessoires : Yann Dury

Coordination technique : Éric Proust

Production : Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E.

Théâtre des Bouffes-du-Nord • 37, boulevard de la Chapelle • 75010 Paris

Métro : La Chapelle

Réservations : 01 46 07 34 50

www.bouffesdunord.com

Du 25 novembre au 20 décembre 2008 à 21 heures, le samedi à 15 h 30 et 21 heures, relâche dimanche et lundi

Durée : 2 heures

20 € | 15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Igor Uibo 28/05/2009 22:39

Fabrice Chêne commence par afficher sa connaissance pour le moins réduite du théâtre de Marivaux. Il y a plein de pièces de l'auteur qui sont infiniment plus subtiles que "La seconde surprise". "La double inconstance", "Les fausses confidences", "Le jeu de l'amour et du hasard", "L'île de la raison", etc.
Mais bon, le propos est ici ailleurs: Bondy ne met pas en scène Marivaux, c'est-à-dire le servir, il fait "son" Marivaux et le résultat est consternant. Passons sur les "gags" et autres "trucs" saugrenus et totalement inutiles car n'apportant rien au spectacle, mais je n'ai jamais vu de mise en scène d'une pièce de Marivaux aussi barbante, ennuyeuse, lambine, voire vulgaire par moments. Et les rapports de classe si essentiels chez Marivaux sont totalement escamotés. Une marquise qui rampe sous une servante, s'accroche à ses jambes, c'est une idiotie (parmi d'autres). Les comédiens ne sont pas en cause, ils font ce qu'on leur dit de faire, mais il faut dire que le chevalier en grande saucisse vautrée et inconsistante donne envie de fuir!
Igor

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