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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 13:57

« Debout, bande de morts ! »


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


Le festival Théâtre en Cies touche à sa fin au Centre Wallonie-Bruxelles. Il s’achève en beauté avec « Kiwi », de et mis en scène par Daniel Danis, jusqu’au 13 décembre 2008. Tout ce qui fait ce spectacle est constitué d’essences très différentes, mais si subtilement et intelligemment mariées que nous rencontrons alors une œuvre d’art, vivante.

Kiwi est une fille de douze ans, abandonnée par ses parents puis par le vieil oncle et sa femme qui l’avaient recueillie. Il ne fait pas bon être pauvre quand les jeux Olympiques sont organisés dans sa ville, c’est dérangeant, ça fait pas propre. « Il faut se débarrasser de la racaille ». Kiwi se fait adopter par une grande famille verte, composée d’enfants qui lui ressemblent et qui s’attribuent un nom de fruit, ou de légume, afin d’oublier tout ce qui est « avant ». Ils sont trente à rêver de s’offrir une grande maison où il ferait bon vivre ensemble. Pour cela, il faut de l’argent, alors on mange peu et on vole, on va faire « la chose » avec des « messieurs de l’autre monde » dans « la maison noire », et on économise ! Pour la vie un peu en rose, on sniffe de la colle, on prend des cachets, on crache pour ne pas pleurer, pour ne pas mourir, et surtout on se marie avec un autre enfant. Comme ça, on trompe la solitude.

Daniel Danis aime les enfants perdus, leur profonde blessure et leur espoir tenace, leur fragile tendresse, leur courage inégalable. Avec Kiwi, comme dans sa pièce le Pont de pierres et la Peau d’images, on retrouve des personnages très jeunes qui ont déjà été détruits, et pourtant tendus comme une évidence vers une quête naturelle de bonheur. Une certitude enfouie qui les tient debouts. Le langage de ces personnages semble simple et naïf, mais de leurs mots assemblés surgit une poésie immense. Au détour d’une jolie formule décrivant les pires horreurs, sans recours au cru ou à l’agressif (dans le verbe, j’entends !), l’imaginaire du spectateur ou du lecteur imprime des images d’une violence puissante, et marquante. En même temps qu’il est touché par la douceur des mots et des idées. Chacun s’approprie la poésie et bâtit ses propres icônes.

© Anne Ransquin

Il en est question, justement, d’images, dans la mise en scène ! Voilà pourquoi je parlais d’essences différentes : un texte poétique, d’une pureté qui semble se suffire, porté à la scène avec des instruments ultra-modernes, de la haute technologie. Technologie et poésie ? Oui. Daniel Danis définit son spectacle comme un « théâtre-film ». Le plateau porte deux écrans, sur lesquels sont projetés des images appartenant à la mémoire commune (bidonvilles, petite fille souriante dans un bordel, maisons de campagne, clochards…), ou des images orientant le propos du texte avec une nouvelle poésie. Mais la plupart du temps, ce sont les comédiens que l’on voit filmés. Il s’agit de séquences préfilmées ou des captations en direct, saisies par le chef opérateur Stéphane Nota à l’aide d’une caméra aux rayons infrarouges, la scène étant dans l’obscurité.

Nous voyons peu les comédiens « en vrai », mais on suit leur parcours qui s’achemine en direct, devant nous par le biais de l’image et de leurs voix. Marie Delhaye et Baptiste Amann sont d’une sobriété éclatante. L’obscurité, parfois teintée d’une lampe de poche sur leurs visages, et le cadrage serré, nous permettent d’inventer des lieux ou… le temps qu’il fait. La musique permanente (de Jean-Michel Dumas) nous guide, encore, et nous laisse entrevoir un univers humide, glaçant, jusque dans la fête. C’est une très belle forme que ce Kiwi théâtre-film, aux multiples langages, d’une rare universalité. 

Claire Néel


Kiwi, de Daniel Danis

Compagnie Daniel-Danis

06 21 65 57 04 | 0032 (0) 487 222 911

vanessa@danieldanis.org

www.danieldanis.org

Conception et mise en scène : Daniel Danis

Éditeur et agent théâtral : L’Arche

Avec : Marie Delhaye et Baptiste Amann

Vidéaste, montage et traitement des images en direct et préfilmées : Cécile Babiole

Composition, musicien électroacoustique en direct : Jean-Michel Dumas

Chef opérateur : Stéphane Nota

Conseiller au projet et auteur des images documentaires : Benoît Dervaux

Régie vidéo : Emmanuel Debriffe

Photos : Krista Boggs

Centre Wallonie-Bruxelles • 46, rue Quincampoix • 75004 Paris

Réservations : 01 53 01 96 96 ou www.cwb.fr

Du 11 au 13 décembre 2008 à 20 heures

Durée : 1 h 20

10 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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