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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 10:46

Inclassable


Par Sarah Irion

Les Trois Coups.com


Le dernier spectacle de Latifa Laâbissi, présenté au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d’automne, est annoncé comme étant de la danse. Pourtant, « Histoire par celui qui la raconte » ressemble davantage à une performance poétique qu’à de la danse.

Tout commence dans le noir. Pendant un long moment – d’ailleurs trop long –, nous sommes plongés dans une pénombre à travers laquelle on ne distingue rien, pas même les silhouettes des acteurs, qu’on entend marcher sur scène. Et, tout à coup, une femme pousse un cri, un long cri inhumain qui pourrait être celui d’un animal, et qui vous glace le sang. Puis, peu à peu, surviennent d’autres cris : on devine une deuxième femme, et un homme. Pendant vingt minutes, le spectateur est dans une position nouvelle : il ne regarde pas, mais écoute. On sent les individus se déplacer, on les entend boire de l’eau, comme si on les espionnait. Tout la salle se concentre, essayant de deviner où les acteurs se trouvent. Puis ils se rencontrent, l’homme et les deux femmes. Ils se retrouvent face à face dans le noir et, à en juger par leur cri commun, ils ont peur. C’est à cet instant que la lumière apparaît.

Sur le plateau, il y a juste une enceinte et deux micros, avec un casque. Des morceaux de toile beige sont suspendus. Ils touchent presque le sol sur les côtés de la scène, et sont de plus en plus courts, comme s’ils formaient un chemin plus clair dans une forêt.

C’est quand la lumière arrive que l’on comprend mieux le titre de cette création, Histoire par celui qui la raconte. La première à la raconter est une femme vêtue d’une peau, comme au temps de la préhistoire. Un flot de paroles sort de son corps : « la femme de Cromagnon » joue avec le micro telle une slameuse d’aujourd’hui. Ses paroles nous font rire, mais aussi réfléchir. Qui est cette femme qui prend forme à travers chaque mot ? Une personne parmi tant d’autres, mais avec ses petites différences, qui nous touchent. Ensuite, chacun raconte un morceau de vie, tous trois vêtus de peau et de fourrure. Mais c’est l’homme qui éclaire la pénombre qui a envahi le plateau au début : « le son est à l’origine de l’humanité ». Le fait d’entendre seulement nous fait ressentir un manque, et crée donc un désir chez l’autre : voir. C’est exactement cela : au bout de vingt minutes dans le noir, chacun voulait voir, regarder, admirer les acteurs.

Il y a aussi des moments de poésie qui racontent une histoire, sans paroles. Les trois acteurs prennent des pauses, créant ainsi des instantanés vivants, et donnent l’impression au spectateur de feuilleter un album photo. Latifa Laâbissi dit admirer Godard et sa construction du cinéma par montage d’images. On assiste ici à une reconstruction de l’histoire humaine par des images, des sons, des mots, des positions, ajustés d’une manière sensible, qui fait appel à des souvenirs intimes, à des réactions aux cris, aux images. Le petit garçon qui court sur le plateau et se bat silencieusement contre des monstres imaginaires raconte son histoire, mais aussi notre histoire à tous. Ce spectacle n’est pas un spectacle de danse, mais ce n’est pas du théâtre non plus. C’est juste une belle invitation au voyage, qu’il faut suivre sans hésiter. 

Sarah Irion


Histoire par celui qui la raconte, de Latifa Laâbissi

Conception et réalisation : Latifa Laâbissi

Interprétation : Jessica Batut, Siméon Fouassier, Latifa Laâbissi, Robert Steijn

Conception scénographique : Nadia Lauro

Création lumière : Yannick Fouassier

Création son : Olivier Renouf

Travail vocal : Dalila Khatir

Centre Pompidou • place Georges-Pompidou • 75004 Paris

Réservations : 01 44 78 12 33

http://www.centrepompidou.fr

Du 10 au 13 décembre 2008 à 20 h 30

Durée : 1 heure

14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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