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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 06:22

Une réelle satire sociale


Par Nicole Bourbon

Les Trois Coups.com


Guignol fait partie du patrimoine de tout bon « gone » ou « fenotte » (garçon ou fille) qui se respecte. En bonne Lyonnaise (je suis quand même née à la Croix-Rousse, bastion canut), je ne déroge pas à la tradition. J’ai bien sûr en mémoire tous les spectacles auxquels j’ai assisté, enfant, notamment au parc de la Tête-d’Or.

Mais celui auquel je viens d’assister renoue avec les origines de cette marionnette qui fut loin d’être créée pour les enfants. Avec Les embiernes recommencent, c’est toute la tradition lyonnaise irrévérencieuse qu’Émilie Valantin a ressuscitée avec talent à l’occasion du bicentenaire de Guignol.

Qui ne connaît cette marionnette, même en dehors de Lyon ? Son visage rond aux pommettes saillantes, son regard malicieux souligné par des sourcils arqués, son petit nez retroussé, son demi-sourire et ses fossettes ? Son habit marron à boutons dorés et nœud papillon rouge ? Son chapeau mou de cuir noir, enfoncé jusqu’aux sourcils, ne laissant dépasser à l’arrière qu’une longue natte enrubannée ? (Cette natte, appelée salsifis, « sarsifis » dans la bouche de Guignol, avait pour but d’éviter, chez les canuts, que les cheveux ne se prennent dans les fils des métiers à tisser.)

Il a tellement dépassé les frontières lyonnaises que l’on dit couramment « faire le guignol », et que, à la télévision, une célèbre émission satirique s’appelle « les Guignols de l’info ». Les doubles sens hardis de la Redingote ou la vision truculente de l’alcoolisme de notre Gnafron régional, les allusions à l’actualité sociale ou politique, en font évidemment un spectacle pour adultes. Mais c’est bien mon plaisir enfantin que j’ai retrouvé, et la salle avec moi, qui, ravie, est entrée dans le jeu, en répondant aux marionnettes comme le font les enfants.

« Les embiernes recommencent » | © C. Ganet

Je vais essayer de faire partager mon émerveillement. Le décor, d’abord, superbe. Des immeubles canuts qui, tournant sur eux-mêmes, laissent voir soit leur extérieur, soit leur intérieur, selon les scènes. Les textes ensuite. C’est impertinent, drôle, percutant, moderne et plein de verve. Les trois pièces choisies – la Redingote, Croissez et multipliez et la Pépie – nous parlent d’amour, de politique, des difficultés des petites gens. C’est un régal pour les amateurs de patois lyonnais, car Guignol, c’est avant tout, un « aquecent ». À la fois traînant et chantant, il mélange des termes de la Croix-Rousse et des mots français dont l’orthographe est des plus « fantaisistes » et auquel l’accent du personnage confère une connotation comique indéniable.

Et le plaisir de retrouver tous les personnages habituels : Gnafron, compagnon indocile, nez rouge dû à un certain penchant pour le beaujolais, voix de stentor. Madelon, la « fenotte » de Guignol, femme sans coquetterie, vêtue d’une robe de laine recouverte d’un tablier, portant une simple coiffe par-dessus ses cheveux gris. Et tous les autres, le Rapiat, le Propriétaire, tout un petit monde qui, sous des effets comiques, se livre à une réelle satire sociale.

Et, surtout, la maîtrise des marionnettistes qui savent insuffler vie à leurs petits personnages et, malgré le peu de latitude que donne la gaine, les faire bouger, attraper des objets, se coucher, courir, danser, les rendre expressifs alors que leurs traits sont figés. À voir l’affluence que l’on peut constater au parc de la Tête-d’Or certains après-midi, avec tous les amateurs du spectacle des embiernes (les embarras), notre ami Guignol a encore de beaux jours devant lui et peut continuer encore longtemps à faire rire les petits gones et les grands gones que restent les Lyonnais ! 

Nicole Bourbon


Les embiernes recommencent, d’Émilie Valantin

Compagnie Théâtre du Fust

Avec : Franck Adrien, Gaston Richard, Jean Sclavis, Pierre Saphores, Émilie Valantin et Élie Granger au piano

Lumières : Gilles Richard

Marionnettes et décors : Émilie Valantin

Réalisation marionnettes et accessoires : Émilie Valantin et l’atelier du Théâtre du Fust

Réalisation décor : Jean-Luc et Élodie Maire

Théâtre des Célestins, salle la Célestine • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon

www.celestins-lyon.org

Réservations : 04 72 77 40 40

Du 10 au 28 décembre 2008 à 20 h 30, dimanche et jeudi 25 décembre 2008 à 16 h 30, relâche le lundi et mercredi 24 décembre 2008

Durée : 1 h 30

18 € | 15 € | 10 €

Attention : spectacle conseillé à partir de 12 ans

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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